‹ La SulammiteChapitre 4 sur 44 · PARA · texte numérisé non relu

PARA

de la Bible, l'interprétation allégorique. Mais l'opinion contraire était si générale qu'il fut condamné comme hérétique sur ce point, aussi bien que pour ses opinions sur la personne de Jésus-Christ, par le second concile de Constantinople (553), plus de cent ans après sa mort,

La plupart des rélormateurs, si l’on excepte Luther, paraissent avoir conservé l'interprétation allégorique traditionnelle, en écartant naturellement celle qui voyait dans la Sulammite le type de la vierge Marie. Et, quand Sébastien Châtillon osa renouveler l'opinion de Théodore de Mopsueste, en ajoutant que le Cantique des Cantiques devait être exclu du canon comme immoral, que « Salomon, quand il fit le chapitre vir [de ce livre], était en folie et conduit par mondanité et non par le Saint-Esprit », il fut banni de Genève par le Grand-Conseil.

La même opinion fut adoptée, plus tard, par Grotius et quelques autres théologiens arminiens, plus tard encore par Semler et Jean David Michaelis. Mais, s'ils montrèrent clairement l'impossibilité de l'interprétation allégorique, ces divers auteurs ne parvinrent pas à prouver qu'avec l’interprétation littérale le Cantique des Cantiques püt être justifié du reproche d'immoralité.

Ce n’est qu’à partir de la publication du livre du pasteur hanovrien J. C. Jacobi (1771) que le sphinx commence enfin à livrer son secret. Le Cantique des Cantiques justifié des reproches qu’on lui adresse, tel est le titre de ce mémorable ouvrage, qui fit pour ce poème à peu près ce qu’avaient fait, peu auparavant, les Conjectures d’Astruc pour le Pentateuque. Le premier, Jacobi comprit, ce qui paraît si évident aujourd’hui à la plupart des interprètes, que, bien loin d'aimer Salomon, la Sulammite repousse avec énergie toutes ses avances. Il eut le tort de croire qu'elle était mariée et que son mari avait été amené avec elle à la cour de Salomon. Mais l’idée essentielle et féconde

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qu’il avait le premier mise en avant fut adoptée depuis lors par la plupart des commentateurs, en Allemagne, en Hollande, en Angleterre, en France, et c’est en suivant cette voie qu’on devait arriver enfin à la solution du problème.

Ce système d'interprétation est désigné sous le nom d’hypothèse du berger, parce que les expressions qu’emploie la Sulammite en parlant de celui qu’elle aime prouvent que c’est un berger.

Mais les auteurs qui adoptent cette hypothèse sont loin de s’accorder dans les détails. Les uns font apparaître le berger sur la scène dès les premiers actes, dans le palais même de Salomon, ce qui est bien peu vraisemblable, D’autres ne le font apparaître, et avec raison, qu’au dernier acte; mais ils se heurtent, eux aussi, à une grande difficulté, que nous expliquerons plus loin.

Aussi, jugeant, non sans raison, que, sous l’une ou l’autre de ces formes, l'hypothèse du berger offre des diffcultés insurmontables, quelques commentateurs récents la repoussent et reviennent à l’idée que la Sulammite aime Salomon. Cette hypothèse, qu'on peut appeler l’hypothèse ‘du roi, a été développée par M. Delitzsch en 1851 et adoptée par MM. Zôckler (1868) et von Orelli (dans l’Encyclopédie de Herzog, 2° éd., 1879). Mais elle vient se briser, nous le montrerons tout à l’heure, contre des difficultés bien plus sérieuses encore que celles qu’on oppose à l’hypothèse du berger.

Enfin, rebutés par les obscurités que présente ce livre, plusieurs auteurs du siècle dernier et du nôtre, parmi lesquels nous nous bornons à mentionner Herder (1778), de Wette, Bleek et M. Reuss, ne croient pas possible de l’expliquer comme un drame, et le considèrent comme un recueil de poésies distinctes, sans lien entre elles, — soit d’un même auteur, soit même d'auteurs différents.

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Ajoutons que l'interprétation allégorique a été encore défendue par Rosenmüller (1830), Keil, Hengstenberg (1853), et que M. Godet a trouvé moyen de la superposer, sous une forme nouvelle, à l'hypothèse du berger.

Tels sont les principaux systèmes d'interprétation appliqués au Cantique des Cantiques. Dans la discussion à ‘laquelle nous devons maintenant les soumettre, nous commencerons naturellement par celui qui nous paraît s’écarter le plus de la vérité, c’est-à-dire par celui qui méconnait le caractère dramatique du poème. Nous discuterons ensuite l'hypothèse du rot et les diverses formes qu'a revêtues jusqu'ici l’Aypothèse du berger, en réservant pour la fin celle qui, à notre avis, offre le moins de difficultés et d’invraisemblances.

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