‹ La SulammiteChapitre 8 sur 44 · V, 435 VI · texte numérisé non relu

V, 435 VI

(5) vit, 5. Les pronoms suffixes doivent être lus au féminin, non au masculin.

CS à Met

2. Le caractère dramatique de ce poème n’est pas moins évident que son unité. Il résulte clairement de ce que c’est tantôt une jeune fille qui parle (1), tantôt un chœur de jeunes femmes, les filles de Jérusalem, qui disent nous (2), tantôt un homme, un roi, Salomon (3), tantôt sa nouvelle épouse (4), tantôt d’autres personnages (5), une fois des frères s’entretenant ensemble de leur jeune sœur (6), tantôt enfin le fiancé de la jeune fille (7). Comment expliquer tout cela en dehors de la supposition dramatique ? La forme dialoguée est visible à chaque page; mais comment la méconnaître en particulier, dans la scène du mariage, où l’on voit apparaître le palanquin de Salomon, entouré de soixante soldats armés, Salomon lui-même et sa nouvelle épouse, à laquelle il adresse les compliments les plus flatteurs et les plus tendres, qui lui répond et à laquelle 1l répond à son tour (8)?

Comment la méconnaître encore aux chapitres v, vi et vI1 ?

— Je vous en conjure, filles de Jérusalem,

Si vous trouvez mon bien-aimé..…,

Que lui direz-vous ?

Que je suis malade d'amour.

— Qu'est ton bien-aimé de plus qu’un autre, ô belle tale femmes, : Qu’est ton bien-aimé de plus qu’un autre, que tu nous adjures ainsi?

— Mon bien-aimé est blanc et rose, etc., etc.

Tel est mon bien-aimé, filles de Jérusalem.

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Ms 12 bar Les. v, 2 88 wvr, 1ls.: vu, 11 ss; virr, GS, 14: CRD robe 0er 1 y, TL

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(5) 111, 6 SS.; vil, 5.

(6) vit, 85.

CA AVITE, 0, 13.

DEN AARES

— Où est allé ton bien-aimé, Ô belle entre les femmes, Où s’est tourné ton bien-aimé, que nous le cherchions avec toi? — Mon bien-aimé est descendu à son jardin, etc.

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— Tu es belle, mon amie, etc.

— Reviens, reviens, la Sulammite,

Reviens, reviens, que nous te regardions.

— Pourquoi regardez-vous la Sulammite ?...

— Que tes pas sont beaux, fille de prince! etc.

Et à la fin du poème :

— O toi qui habites ces jardins.., Fais-moi entendre ta voix.

— Fuis, mon bien-aimé, et ressemble à un chevreuil. Sur les monts embaumés.

En présence de pareils passages, la forme dramatique du poème peut-elle être sérieusement contestée ?

3. Il nous reste à montrer que le Cantique des Cantiques ne peut avoir eu, dans la pensée de son auteur, qu'un but moral. L'intention d’un auteur se voit généralement à la fin de son œuvre. Or, quelle est la conclusion du poème ? La jeune fille qui parle ou à laquelle Salomon ou les filles de Jérusalem, c’est-à-direles femmes de son harem, s’adressent dans la plupart des scènes dont il se compose, revient enfin à la maison paternelle, appuyée au bras de celui qu'elle aime. Et que lui dit-elle ?

Mets-moi comme un sceau sur ton cœur, Comme un sceau sur ton bras.

Car l’amour est fort comme la mort...

Ses ardeurs sont des ardeurs de feu,

Une flamme de Jéhovah.

M ia De grandes eaux ne pourraient éteindre l'amour, Et des fleuves ne l’engloutiraient pas.

Quand un homme donnerait tout son bien pour l’amour, On ne ferait que se moquer de lui (1)!

Un peu plus loin, elle s'adresse à ses frères en ces termes :

Je suis un rempart...

Alors j'ai été à ses yeux (aux yeux de Salomon) Comme une femme qui trouve la paix,

c'est-à-dire évidemment, qui sait se faire respecter.

Qui ne sent qu’un poète qui termine ainsi son œuvre ne peut pas s'être complu, dans tout ce qui précède, à tracer des tableaux érotiques et sensuels? Si cependant il en trace quelques-uns, ce qui n’est pas douteux, c’est qu’il avait besoin, pour le but qu’il se proposait, de mettre dans la bouche de quelqu'un de ses personnages (de Salomon et des femmes de son harem) le langage de la sensualité. Nous verrons plus loin qu'il a voulu montrer par là combien est odieux l’amour sensuel et factice du polygame, et combien noble et admirable l’amour pur et vrai, qui rend une simple et faible jeune fille capable de résister à toutes les tentations et à tous les dangers.

Relisez aussi le récit de la visite matinale du jeune berger à celle qu'il aime ; écoutez en particulier son chant d'amour, qui semble vouloir rivaliser avec celui du rossignol : É

Mon bien-aimé prit la parole et me dit :

« Lève-toi, mon amie, ma belle, et viens-t’en. Car voici l'hiver est passé,

La pluie a disparu, s’en est allée,

(y vin, 6 ss.

ÆAG

Les fleurs se montrent sur la terre,

Le temps des chansons est venu,

Et la voix de la tourterelle s’est fait entendre dans notre pays. Le figuier a poussé ses fruits,

Et les vignes en fleur ont répandu leur parfum. Lève-toi, mon amie, ma belle, et viens-t’en.

Ma colombe dans les retraites du rocher,

Dans le creux de la roche escarpée, Montre-moi ton visage,

Fais-moi entendre ta voix,

Car ta voix est douce,

Et ton visage gracieux » (1).

Connaissez-vous dans aucune littérature rien d'aussi frais, d'aussi suave, d'aussi idéal? Jugez donc si le poète de génie, qui a su trouver de tels accents pour peindre le véritable amour, a pu se complaire dans les allusions voluptueuses, dans les licencieuses descriptions des scènes suivantes.

Enfin, dans le récit du songe, qui vient immédiatement

après, la Sulammite raconte que, séparée de celui qu'elle aime, elle a rêvé qu’elle se levait pour le chercher et qu'après l'avoir longtemps cherché en vain, elle l'avait enfin trouvé et amené... Où? Dans la maison, dans la chambre de sa mère (2).

De même aussi plus tard elle désirerait pouvoir l’amener à la maison de sa mère (3). Et c’est encore là qu’au dernier acte, le jeune berger la ramène en effet (4).

Proïfanes, qui avez souri de l’amour ardent et naïf de la Sulammite, reconnaissez votre erreur et faites amende

(1) u, 8 ss.

(3) vin, À et 2.

(4) vin, 5ss.

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