‹ La Suprématie de l'AngleterreChapitre 24 sur 83 · VALEUR · texte numérisé non relu

VALEUR

ii 0RTAT1ONS PAR IÈJB B»

en liv. st.

en \x\ . st.

ISBÏEN 1 in 1880 en liv. st.

liv. s.

o.o s. or»

Un des traits qui donnent le plus d'espérance et de satisfaction dans le commerce d'exportation du Royaume- Uni est l'accroissement pendant les dernières aimées des exportations non classées à l'avance aux tableaux, et des exportations supplémentaires. Cet accroissement peut sans doute être accepté comme mesure et preuve de la création de nouvelles petites industries. De 1856 à 1877, nos exportations sous le premier en-tête ont passe de 1 3 millions sterling -, 37 millions sterling; ou autremen! dit, elle- se sont élevées de H p. 100 seulement du total en 1856, à I!» p. 100 du total en IS77. Les importations supplémen-

taires se sont accrues dans le même intervalle de 38 à 84 millions sterling.

D'après l'opinion de M. Newmarch, ces deux augmentations indiquent nettement un commerce vigoureux et inventif, dans lequel la création incessante d'industries nouvelles élargit sans cesse les classifications et les catégories du passé.

De nombreux pessimistes s'effrayent grandement du déclin d'une certaine portion de notre commerce avec des pays qui ont appris depuis longtemps à subvenir à leurs propres besoins et qui, ce qui est de la plus grande importance pour arriver au but, possèdent toutes les ressources nécessaires. Ces alarmistes semblent oublier que de nouveaux marcbés s'ouvrent incessamment à l'initiative anglaise, que nous possédons dans nos propres colonies un champ susceptible d'une extension presque indéfinie, et qu'une grande partie du monde reste encore en dehors de la sphère de notre influence commerciale. De nombreuses régions tempérées de la terre attendent encore la culture. Lue carrière illimitée s'ouvre encore à l'emploi des capitaux, au développement des ressources minérales et autres, à l'extension et au reliement des railways, dans des régions à peine connues h la civilisation européenne. On peut objecter que ces régions ne s'ouvriront que lentement et difficilement au progrès, si même elles s'ouvrent un jour. Mais ceux qui font cette objection semblent oublier combien est récente la croissance de notre énorme commerce avec nos colonies du Nord-Amérique et de l 'Australie, et peut-être est-il utile de leur rafraîchir un peu la mémoire sur ce point. Dans chacune des années 1840 et 1883, les exportations de produits anglais ont été :

Pour les colonies de l'Amérique

, ,]" ^ord 2. 847. 000 li v. st. 9.155.0001iv.st.

Colonies australiennes 1 .939.000 24.216.000

<:up de Bonne-Espérance 384.000 i..ij0.000

,'"1' anglaise r, 023.000 31.874.000

l32 SUPRÉMATIE DE L'ANGLETERRE.

Ainsi, pour ces quatre marchés, l'accroissement de nos exportations pendant les quarante années qui se terminent en 1880 a dépassé G60 p. 100. Autrement dit, la valeur de notre commerce est devenue huit fois plus grande; ou bien, sous une autre forme, elle s'est accrue tous les cinq ans de 100 p. 100, par rapport à l'année 1840. L'accroissement de la quantité, si on la distingue de la valeur déclarée, a été plus grand encore.

Nous sommes loin de prétendre que les chiffres qui indiquent la croissance récente de notre commerce colonial s'appliquent également à notre commerce avec les autres nations. Pour ce dernier, en effet, dans quelques cas au inoins, nous avons perdu du terrain aussi bien absolument que relativement. Mais au total nous sommes en progrès; ce progrès peut être suivi très clairement sur les tableaux de notre appendice, où sont inscrites les valeurs réelles de nos importations et de nos exportations de 1840 a 1883. On y voit que, entre 1854 et 1883, la proportion de la valeur de nos importations, par tète de la population du Rovaume-Uni, a passé de 5 1. 10 sh. 2 d. à M 1. 19 sh. 9 d.; soit une augmentation de 100 p. 100. Pour notre commerce d'exportation les chiffres correspondants sont 3 1. 10 sh. 2 d. en 1854, et G 1. 14 sh. 8 d. eu 1883, ce qui fait encore un accroissement de tout près de 100 p. 100.

Mais cette méthode de calcul elle-même ne saurait faire comprendre d'une manière suffisante l'étendue réelle de notre progrès, car c'est un des faits les plus notoires que dans l'intervalle entre les deux périodes dont nous parlons les prix de vente de nos articles manufacturés ont subi une réduction considérable, en sorte que la même valeur, en 1883, représente une bien plus grande quantité de transactions qu'en 1854; nous pouvons citer un ou deux exemples. Le fer en barres du Staffordshire méridional, dont dous exportons des quantités considérables, se vendait a un prix moyen «le II I. U> sh. eu 1854, tandisque, ,mi 1883, son prix moyen est juste ta moitié .!«• ce chiffre En conséquence une valeur égale en 1883 représente le

douille d'affaires. Le prix moyen du fer d'Ecosse en gueuse, dont nous exportons aussi de grandes quantités, était de 79 sh. 9 d. en 1854 et seulement de 46 sh. 9 d. en 1883, en sorte que, ici encore, la moyenne des prix était plus élevée de 72 p. 100 en 1854. L'abaissement des prix est tellement semblable pour ebacun des divers articles d'exportation qu'il est probablement exact d'affirmer que, si la valeur de nos exportations, par tête de notre population, s'est accrue de 1(30 p. 100 dans cet intervalle, l'accroissement du volume ou de la quantité a été tout près du double, soit 200 p. 100.

Une conclusion plus ou moins défavorable à la solidité de la position commerciale de l'Angleterre a été souvent mise en avant parce que ses importations dépassent ses exportations. Mais c'est là une erreur bien souvent exposée et réfutée. Aussi nous contenterons-nous de faire ici trois remarques seulement sur ce sujet :

1° Le commerce britannique a toujours eu, comme caractéristique plus ou moins marquée, que la valeur des importations a dépassé celle des exportations, et il en est et en sera toujours ainsi d'une façon sensible pour tous les pays manufacturiers, par comparaison avec les pays purement agricoles ou producteurs de matières premières, parce que la tendance des manufactures qui réussissent est d'encourager un haut prix du travail, et de rendre ainsi plus profitable d'importer le blé et les matières premières en général que de les produire.

2° Tandis que les comptes rendus des importations sont habituellement complets, ceux des exportations sont extrêmement incomplets, puisqu'ils ne tiennent aucun compte de:

(a) Les profits sur les placements à l'étranger, autrement dit les revenus faisant retour à l'Angleterre ;

(b) La valeur des frets à l'extérieur, qui sont compris dans les totaux de nos importations, et créent ainsi une différence importante, qu'il faudrait retrancher pour établir une juste balance.

3° Le commerce de l'Angleterre est sur ce point dans les

Ci', SUPRÉMATIE DE L'ANGLETERRE.

mêmes conditions que celui des principaux pays du monde, qui présentenl Ions, en balance annuelle, un excédenl nominal «les importations sur les exportations.

C'est une erreur généralement admise quoique pernicieuse, de supposer que le commerce de l'Angleterre avec toutes les nations étrangères est plus grand comme quantité el comme valeur que celui de toute autre nation rivale. Il s'en faut bien (jifil en soil ainsi. A dire vrai, l'Allemagne t'ait un commerce d'exportation plus considérable que celui de l'Angleterre avec le plus grand nombre des nations européennes, par exemple la Russie, la .Norvège, la Suède, le Danemark, la Hollande et la Belgique. La France exporte plus que nous en Belgique, en Italie et en Espagne; et il faut signaler que, tandis que les exportations de ces pays ont progressé, nous avons relativement perdu du terrain. En 1872, nos exportations en Hollande étaient près de deux fois celles de la Prusse; en 1882, les exportations de la Prusse dépassent de beaucoup celles de l'Angleterre. Naguère les exportations d'Angleterre en Italie n'étaient que d'un million et demi sterling au-dessous de celles delà France, en 1882 les exportations de l'Angleterre ne s'étaient pas sensiblement accrues, tandis que celles delà France s'étaient augmentées jusqu'à dépasser les nôtres de 3 millions sterling] 2. En 1871 nos importations en Russie étaient environ COp. 100 de celles de l'Allemagne, en 1881 elles ne sont plus que 49 p. 100. En 1873, l'Angleterre exportait en Norvège et en Suède beaucoup plus que l'Allemagne ; en 1882 ces pays ont reçu de l'Allemagne plus que de l'Angleterre. La baisse de notre commerce avec la Belgique est encore plus alarmante; en 18721a valeur des marchandises anglaises que recevaitla Belgique dépassait de plus de 2 millions sterling celle des marchandises allemandes; en 1882, la Belgique recevait de l'Allemagne pour 1 million sterling I 2 de plus que de l'Angleterre. El même, en dépil du traité trop vanté avec la France, nous n'avons pas réussi à maintenir la supériorité relative de nus importations chei "'Ile.

En 1872 l'importation d'Allemagne en France s'était élevée à 54 p. 100 de celle de l'Angleterre ; en 1882 elle a été de 65 p. 100. Si nous passons enfin aux Etats-Unis, nous voyons que tandis que 40 p. 100 de l'importation totale venaient de notre pays en 1872, le pour cent des importations anglaises en 1882 n'est plus que d'environ 26 ; en même temps l'Allemagne a augmenté sou exportation aux Etats-Unis de 10 millions de dollars, la France de 15 millions de dollars, la Belgique d'environ 16 millions de dollars, et la Hollande d'à peu prés 6 millions de dollars, tandis que la valeur des importations anglaises diminuait de 53 millions de dollars. La situation n'est pas meilleure si nous examinons les statistiques de notre commerce avec les nouveaux marchés, qui avaient fait naître de meilleures espérances. De 1873 à 1882, il y a eu un déclin absolu de nos exportations au Chili, tandis que celles de l'Allemagne et de l'Italie ont augmenté. Nos exportations en Chine n'ont donné qu'un très léger accroissement (3 millions de taels) de 1872 à 1882, tandis que celles des Etats-Unis ont septuplé, celles du continent européen ont sextuplé, et crllcs du Japon ont presque doublé.

Il convient que les manufacturiers et les marchands anglais examinent sérieusement comment et par quels moyens les autres nations ont ainsi progressé à notre détriment, quels sont par exemple les produits reçus par les Etats-Unis, de la France et de l'Allemagne, que l'Angleterre ne puisse fournir, et surtout quels sont ceux qu'ils reçoivent de ces pays rivaux en quantités toujours croissantes. L'examen des tableaux des importations aux Étatsl nis fournit une réponse catégoriqueà toutes ces questions. Ces tableaux montrent que sur l'importation reçue par I Amérique en marchandises de toute espèce, dont le total s'élève en gros à une valeur de 667 millions 1/2 dé dollars • mi 1884), environ 2ii millions 1/2 ont été reçus de la Grande-Bretagne et de ses dépendances; 7i millions 1/2 de l.i France et des possessions françaises; et 65 millions de l'Allemagne ; et on constate, ainsi que nous l'avons dit

plus haut, que la France et l'Allemagne augmentent toutes deux leur part proportionnelle du total. Analysons-nous de plus près chaque article, noua trouvons que la France et l'Allemagne ne remportent pas tant sur nous pour nos principaux produits manufacturés, que pour les marchandises que l'Angleterre ne peut pas produire, ou bien ne s'est pas encore appliquée à produire. Les Etats-Unis n'importent plus maintenant les mômes quantités relatives d'articles de luxe et d'articles de nécessité qu'il y a un demi-siècle ou même vingt ans. L'Amérique, comme nous l'avons vu ailleurs, devient, ou même est devenue, un pays fort riche. Avec la richesse viennent la satisfaction des goûts, et des habitudes de luxe. Le mobilier d'un simple squatter dans sa hutte, sur son défrichement, diffère de celui d'un grand propriétaire de mine ou d'un railway-kincj , qui loge dans la cinquième avenue, autant que les deux situations sociales peuvent différer. Aussi constatons-nous que c'est presque entièrement en produits indigènes et en articles de luxe que la France et l'Allemagne prennent le pas sur l'Angleterre. Ainsi la liste de trente articles de cette sorte, formée d'après les tableaux officiels du commerce étranger des Etats-Unis en 1884, montre que la France et l'Allemagne ont fourni ensemble 140 p. 100 de plus que l'Angleterre à nos cousins transatlantiques; la valeur officielle des importations pour chaque pays est celle-ci :

Fiance 13.500.000 dollars.

Allemagne ' 11.300.000 —

Angleterre 10.631.000 —

Puis encore les Etats-Unis sont de grands importateurs de soieries et de vins, et aucun de ces deux articles ne l'ait partie de la liste qui donne les résultats ci-dessus. En 1884 les importations de vins français et allemands ont atteint une valeur de 2 millions de dollars, taudis que les importations de cette nature venues d'Angleterre ne se

sont pas élevées même au douzième de eelle \aleur. Il D*esi

pas du tout certain que l'Angleterre ne puisse pas arriver à tenir tête à l'Allemagne pour la fabrication des soieries, mais cette industrie a toujours été indigène sur le sol français, il n'est donc pas étonnant que la France envoie aux Etats-Unis une plus grande quantité de soieries que l'Allemagne et l'Angleterre réunies; mais il n'est pas du tout aussi naturel d'admettre que l'Allemagne contribue de 30 p. 100 de plus que l'Angleterre à cette importation ; c'est pourtant ce qui a lieu.

Ces observations s'appliquentà chacun des trente articles de luxe dont nous parlons. Pourquoi la France envoiet-clleaux Etats-Unis des gants pour une valeur dix fois plus grande que ne le fait l'Angleterre? Pourquoi l'Allemagne fournit-elle en poupées vingt fois la valeur de ce qu'envoie l'Angleterre? Quel motif peut empêcher l'Angleterre de faire concurrence à la France dans la fabrication et l'exportation des parfums, des fleurs artificielles, de l'orfèvrerie, des boutons de toilette, des corsets, perles, éventails, ornements en bronze, etc.? Pourquoi les Allemands envoientils en Amérique des instruments de musique pour une valeur de 1,295,000 dollars, et les Anglais pour 60,000 seulement? Et pourquoi les Allemands ont-ils une telle supériorité pour les eaux minérales, les couleurs au goudron et la vaisselle d'argent qu'ils ont en quelque sorte banni les Anglais du marché américain pour la fourniture de ces articles? Quelque explication que l'on puisse donner de tous ces faits, la réponse ne saurait probablement appuyer les criailleries des partisans de la réciprocité et des protectionnistes. Toutes les nations du continentont, comme nous-mêmes, établi des industries spéciales à l'aide de soins infinis et continuels pour satisfaire les exigences des acheteurs. Leurs artisans sont devenus supérieurs en. habi- Leté et en aptitude, en ce qui concerne ces industries spéciales, comme nos propres ouvriers en ce qui regarde les cotonnades et les lainages. Puis d'autres industries comme le commerce de la sardine en France, et l'industrie des eaux minérales et des couleurs au goudron en Aile-

magne, se sont plus ou moins implantées à l'aide de ressources locales spéciales, ei l'Angleterre n'est pas tellement dénuée de ressources semblables, qu'elle doive envier celle des autres. Mais on peut affirmer d'une manière général»1 et avec la plus entière confiance que, en ce qui concerne les industries qui sont pratiquées en grand, l'Angleterre reste facilement première [facile prineeps). Comme preuve, prenons l'industrie des lainages. On peut dire qu'il y a des raisons spécialespour que l'Angleterre excelle dans la fabrication du fer et de l'acier, ou bien encore dans les industries du cuivre, de l'étain ou du plomb. Chacun de ces produits est particulièrement indigène sur le sol anglais. Mais pourquoi l'Angleterre a-t-elle approvisionné les Etats- Unis, en 188i, en lainages dont la valeur égalait celle des exportations similaires de la France et de l'Allemagne réunies? Ces marchandises n'étaient pas, pour la plupart, fabriquées avec des laines anglaises, mais avec des laines étrangères; et ces laines sont tout aussi bien à la disposition des autres pays qu'à celle del'Angleterre, tandis que d'autre part il n'est, en Europe du moins, pas d'autre pays qui paye le travail aussi cher. Les motifs qui ont permis à l'Angleterre de garder la primauté pour les lainages et les cotonnades sont très analogues à ceux qui ont mis les nations continentales en état de faire vivre ces petites industries considérables dont nous venons de parler. Aucune nation ne peut espérer d'être toujours la première dans toutes les industries. Le climat, le sol, les produits naturels, le génie, le caractère de la nation et bien d'autres circonstances variables, déterminent par leur réunion ce qui doit être spécial à chacune d'elles.

Les faits précédents doivent être placés eu regard de l'énorme accroissement de noire commerce colonial, sur lequel nous avons déjà appelé l'attention, et prouvent incontestablement (pie l'Angleterre n'a pas de monopole, ni même de suprématie assurée sur les marchés neutres. Le terrain qu'elle a perdu, tout important qu'il soit, n'est

presque rien en comparaison de celui qu'elle a gagné. Mais

elle est continuellement avertie que sa position commerciale unique ne peut être maintenue qu'à l'aide de la vigilance, de l'énergie et des soins les plus extrêmes; qu'elle est attaquée « corps à corps » sur tous les marchés neutres, par des rivaux toujours attentifs à saisir toutes les chances d'assaillir sa position, et qui, dans bien des cas, ont déjà enlevé ses avant-postes. Jusqu'à quel point l'Angleterre est déjà préparée et se prépare encore à lutter contre ses rivaux, c'est ce que nous examinerons ailleurs.

Eu étudiant, l'avenir du commerce anglais, nous pouvons tirer une leçon instructive d'une comparaison entre les situations relatives de nos diverses colonies d'Australasie, parce que nous sommes ainsi mis à même d'apprécier le niveau que quelques-unes d'entre elles ont atteint, et ce que les autres ont encore à faire pour y arriver. En 1882 l'Australie occidentale avait 31,798 milles carrés de territoire par 1000 habitants ; dans Victoria la superficie n'était que de 97 milles pour ce même chiffre. L'Australie occidentale exportait des marchandises pour une valeur de 0l,59 par mille carré, tandis que les exportations de Victoria étaient de 143 \ 03. L'Australie occidentale n'avait que 0,031 habitants par mille carré de territoire ; Victoria en avait 10,311. Les cinq autres colonies australiennes prenaient position entre ces deux extrêmes. Qui pourrait dire à quelle époque la superficie moyenne de 1049 milles par 1,000 personnes pour toute l'étendue des colonies australasiennes sera réduite à la moyenne des 97 milles de Victoria? Et qui aura l'audace de prédire l'époque où la moyenne de 10,311 habitants par mille carré de territoire de cette dernière colonie prendra la place de 0,953 habitants par mille carré, qui est la moyenne pour la superficie totale des colonies australiennes en 1882?

Le gouvernement anglais a récemment nommé une Commission royale « pour s'enquérir de l'étendue, de la nature et des causes probables de la dépression qui existe depuis quelques années dans les diverses branches du coin-

merce ei de l'industrie ». II y a quelques motifs de croire qu'une portion assez considérable de la communauté espère

cl compte que cette enquête aura pour résultat L'imposition de droits ayant pour but d'exclure les marchandises étrangères des marchés anglais, et probablement aussi de donner spécialement à l'industrie agricole les moyens de lutter avec plus de succès contre la concurrence des blés américains. Pour atteindre ces deux buts on a inondé le pays d'une littérature protectionniste, sous le nom, qui ne la déguise guère, de /air trade, commerce loyal. Les fermiers anglais demandent à grands cris un droit sur les céréales. L'artisan anglais semble disposé à croire que si les articles manufacturés de l'étranger étaient absolument exclus, il serait, de quelque façon mystérieuse, mis hors de peine. Les libre-échangistes les plus convaincus et les plus patients ont des motifs sérieux d'être mécontents de la situation actuelle des choses. Le premier ministre (1) a lui-même fait entrevoir très nettement que si le pays désire un retour aux droits protecteurs, dans de certaines limites, le gouvernement ne mettra aucun obstacle sérieux à cette mesure. Le libre-échange est mis en question en ce moment plus qu'il ne l'a jamais été. La crise peut produire des résultats importants, et il est nécessaire que nous examinions son caractère, sa portée et ses tendances.

Le premier caractère qui frappe quiconque étudie la dépression actuelle du commerce est sa ressemblance générale, dans ses traits essentiels, avec les crises antérieures, qui ont passé et ont été suivies par un « élan » de prospérité encore plus marqué que la dépression; le second c'est que, bien loin d'être limitée au Royaume-Uni, cette dépression s'étend presque sur le monde entier.

11 n'est pas nécessaire de discuter la première de ces considérations; c'est un fait évident et reconnu.

Quant à la seconde, il est intéressant île comparer la

(1) Lord Salisbury.

situation de l'Angleterre libre-échangiste avec celle des Etats-Unis d'Amérique, grandement protégés, et nous serons ainsi mis à môme de voir à quel point le libreéchange a causé du tort à l'une, et jusqu'où la protection a préservé l'autre.

L'examen des comptes rendus du Bureau de commerce montre que les exportations de produits anglais ont atteint leur valeur maximum en 1872, où elles montèrent a plus de 256 millions sterling 1/4. Cette somme présentait un accroissement de 33 millions sur l'année précédente, et elle était arrivée à ce total extraordinaire, non pas tant en conséquence d'une plus grande quantité d'exportations, que par suite d'un accroissement considérable de valeur. Mais à partir de 1873, l'accroissement se transforma en un mouvement continu de décroissance, qui se réfléchit dans la diminution de la valeur déclarée du total de nos exportations et aussi dans chacun des articles de ce total. Celte tendance a la baisse fut arrêtée un instant en 1880, quand la valeur officiellement déclarée de nos exportations offrit un accroissement de 24 millions st. sur l'année précédente. En 1881 , il y eut un nouvel accroissement d'environ 1 million, et en 1882 une autre augmentation de plus de 7 millions, en sorte que, de 1879 à 1882, la valeur déclarée de nos exportations s'est accrue exactement de 50 millions sterling. Jusque-là, il n'existe certainement aucun symptôme de décadence. En 1883 nos exportations présentèrent une décroissance sur 1882, d'un peu plus d'un million 1/2, et en 1884 une autre diminution de plusieurs millions sterling. Celte dernière semble avoir eu lieu surtout dans nos exportations de fer et d'acier, en raison de la réduction de la consommation de fer pour les railways dans le monde cntier, mais toute personne qui a étudié l'histoire des applications du fer est bien convaincue que ce ne peut être qu'un ralentissement temporaire.

Si maintenant nous en venons aux tableaux d'exportations des Etats-Unis, nous constatons que les deux ou trois dernières années do dépression ont affecté le commerce de

ce pays plus défavorablement encore que le nôtre. Le déclin dans la valeur totale des exportations des États- Unis de 1881 à 1884 n'a pas été moindre de 1G2 millions de dollars, ou près de 32 millions l/a de livres sterling. JNous avons vu que de 1879 à 1882 la valeur des exportations de produits anglais s'était accrue de 50 millions sterling. On voit donc que, pour ces mêmes années, la valeur des exportations des Ltats-Unis n'a augmenté que de 8 millions sterling, en sorte qu'il y a une différence de 42 millions sterling en faveur des exportations anglaises (1). En d'autres termes il est prouvé clairement que le commerce américain, constaté par ses exportations, en dépit de la protection dont jouissent ses industries et de ses énormes ressources naturelles, n'a pas été aussi florissant que celui de l'Angleterre.

Mais on allègue souvent que quand même nous continuons à maintenir la quantité de nos exportations vers d'autres pays, nos manufactures ne réalisent qu'un profit très minime, si tant est qu'elles obtiennent un profit quelconque, et qu'il est désirable de prendre des mesures pour relever aussi bien le profit du capitaliste que le salaire de l'ouvrier. La conclusion est juste, mais ici encore nous trouvons que l'Angleterre n'est pas seule à continuer ses travaux industriels avec cette absence de profit malheureusement trop certaine, et si nous prouvons que les mesures de protection les plus extrêmes n'ont pas réussi, quand le commerce soutire d'une dépression aussi générale que celle qui sévit maintenant, à empêcher L'atténuation des profits, nous serons en droit d'affirmer que la protection n'aurait pas mieux réussi à protéger nos propres manufactures.

Dans un chapitre de cet ouvrage nous étudions en détail la moyenne des profils de l'industrie dans différents pays; en comparant d'une Façon générale l'Amérique <'l le

(I) Mais il esl juste d'observer que, ati->i bien en 1880 qu'en 1881, les exportations des Étals-Unis étaient au-dessus de celles de 1882, principalement a cause des graudes livraisons de céréales.

Royaume- Uni, pour une période donnée d'années, la moyenne américaine sera sans doute plus élevée, comme on doit s'y attendre pour un pays où le taux moyen de l'intérêt est habituellement double du nôtre, ou même plus encore ; mais il est probable en même temps que les profits en Amérique sont sujets à de plus grandes fluctuations. En tout cas nous sommes en état d'indiquer d'une manière générale, d'après des sources américaines, quelle a été la condition des profits pendant les deux dernières années; et, si l'industrie anglaise, dans son ensemble, présente une situation plus mauvaise, sa marche doit en vérité avoir été bien pénible. Dans le rapport annuel du Bureau de statistique du travail de l'IUinois pour 1884, nous trouvons les résultats d'une enquête très étendue sur les profits et les salaires dans un grand nombre d'industries locales pendant cette année. Ces résultats sont ainsi résumés en ce qui concerne les profits : « Sur les 1,666 établissements qui ont envoyé leurs bilans, 9 seulement présentent une perte considérable, c'est-à-dire que la valeur du produit, dans 9 cas, est moindre que le coût de la matière et du travail employés, sans compter les frais généraux; 1657 établissements, ou 99 p. 100 du total, présentent un bénéfice brut, et 1128, ou 68 p. 100, un profit net; tandis que 530, ou 32 p. 100, indiquent une perte nette, c'est-à-dire qu'un tiers environ de ces établissements, après prélèvement sur leurs profils bruts de 6 p. 100 comme intérêt du capital, et de 10 p. 100 sur la valeur des produits pour couvrir les dépenses incidentes (amortissement, etc.), présentent des balances en perte. » Une investigation analogue, entreprise par le Bureau du travail de Massachusetts pendant l'année précédente, avait indiqué que 33 p. 100 des 2,440 établissements engagés dans les 21 industries particulières à cet état donnaient une perte nette sur leurs comptes de l'année. Quelques personnes pourront supposer, avec quelque raison, que les industries en perte sont probablement celles qui n'auraient jamais dû être entreprises, parce

lit SUPRÉMATIE DE L'ANGLETERRE»

qu'elles ne convenaient pas à cel État ou à ce paya. Il est bien facile de répondre à cette objection. Sur le nombre total des établissements engagés dans la construction, 57 p. 100 ont donné une perte nette; sur ceux qui prathjuaienirindustriedes conserves alimentaires, 88 p. 100 sont dans le même cas; sur ceux qui produisent de la farine, 75 p. 100; sur les manufactures traitant le cuir, 31 p. 100; parmi les fabricants de wagons et de matériel de chemins de fer, 61 p. 100; et sur ceux qui fabriquent des lainages, G2 p. 100. Voici bien, ici, 7 grandes industries indigènes (sur les 34 qu'a examinées le Bureau de l'illinois), où une moitié et même plus, des établissements les pratiquant, n'a pu réaliser un profit net(l); et si ces industries ou la majorité d'entre elles ne sont pas convenables pour une ville comme Chicago, où peuvent-elles être pratiquées avec espérance de succès ?

On peut manquer de confiance dans les affirmations d'un corps officiel, non par crainte d'une erreur consciente ou d'un désir préconçu d'arriver à un certain résultat, mais parce que les agents employés peuvent ne pas réussir à obtenir les données nécessaires pour présenter exactement les faits; mais comment récuser le témoignage des comptes rendus des sociétés manufacturières privées, établis pour leurs actionnaires et destinés à eux seuls? A l'aide des rapports de 31 sociétés de la nouvelle Angleterre, le Bradslreet's a récemment élaboré un document dont il résulte que 14 d'entre elles ont payé moins de 5 p. 100 en 1884, et qu'en 1885 (jusqu'au 30 juin) 15 n'ont payé aucun dividende. Des résultats de cette nature se sont produits si généralement pendant les deux ou trois années dernières, que îles exemples semblables pourraient être facilement multipliés.

Si le proverbe que « la misère aime à rivre eu compagnie » est vrai, le manufacturier anglais, dans sa situation

(1) Happorl tlu Bureau i r 1884, p. 120.

LE COMMERCE DE L'ANGLETERRE. 14o

appauvrie, doit ressentir une certaine consolation. Les conditions sur le continent européen sont les mêmes qu'aux Etats-Unis, et il en est de même encore aux Indes et dans quelques-unes de nos colonies. La dépression du commerce qui nous cause en ce moment tant d'inquiétudes, et contre laquelle on propose tant de remèdes héroïques, n'est pas limitée à une seule nation et n'est pas associée spécialement avec la décadence industrielle de l'Angleterre, plus qu'avec celle d'autres pays. Nous n'essayerons pas d'examiner les mérites de ces soi-disant remèdes. Ils sont généralement compris dans les deux formules suivantes : taxer lourdement les importations d'articles manufacturés étrangers; ou allouer des primes aux industries particulièrement atteintes. D'après toutes les analogies et d'après l'expérience du passé, on ne peut espérer, ni de l'un ni de l'autre, les résultats que l'on veut obtenir; et s'ils réussissaient à protéger momentanément quelques intérêts particuliers, ce ne pourrait être qu'aux dépens de la communauté : une taxe sur le blé importé frapperait la classe ouvrière tout entière. Un droit sur les articles manufacturés donnerait probablement un élan malsain et factice à des industries qui ne sont probablement pas aussi bien adaptées aux ressources de l'Angleterre que celles dans lesquelles nous avons atteint une prééminence si bien méritée. L'avenir contredirait absolument les leçons du passé, si le seul remède réel n'est pas de continuer patiemment le système qui a déjà si bien réussi au commerce anglais. A savoir : multiplier les importations et laisser les exportations se tirer d'affaire par elles-mêmes.

Page 1