CHIFFRES
Dl B, LORD
de 1850 à 1883.
P. 100 d'accroissement.
Fileurs
de 16.27 à 74.72 de 33.16 à 74.72
Tisseurs
Teinturiers
Emprimeurs sur calicot. . . .
A pprêleurs
Blanchisseurs
Mécaniciens
Verriers
Industrie de la soie
Constructeurs
Tailleurs
Les chiffres ci-dessus, d'une signification évidente, sont assez rapprochés de la réalité pour permettre une conclusion générale relativement au caractère et à l'étendue du mouvement des salaires pendant la période à laquelle ils s'appliquent.
Il y avait eu cependant un accroissement considérable des salaires avant la plus ancienne des dates citées plus haut, comme le prouvent avec évidence d'autres renseignements également dignes de confiance. Les salaires journaliers payés à L'hôpital de Greeuwieh dans chacune des années 1729, 1779 et 1829, étaient les suivants :
MÉTIERS
( Iharpenliers
2 6 2.8 2. li> 3.(1 2.4
On voit, d'après ces chiffres, que dans le siècle qui a pic
cédé 1829, le taux moyen des salaires payés dans les environs de Londres s'esl accru de 100 p. 100, accroissement dépassant de beaucoup la différence constatée dans le prix de l'existence pendant la même période; et que la presque totalité de cet accroissement a eu lieu dans la deuxième partie de cette période. Cependant le mouvement fut loin d'être uniforme. Là où le métier ne fut pas affecté par les changements dans les méthodes et les procédés industriels, la différence est en faveur de la seconde période ; mais dans bien des cas, comme dans le tissage, où un outillage perfectionné prit la place du travail à la main, les salaires s'abaissèrent souvent au lieu de s'élever. Nous trouverons un exemple frappant de ce fait dans les variations des salaires payés aux tisserands travaillant avec le métier h main, entre 1795 et 1834, telles qu'elles sont constatées dans le Rapport du Comité des tisserands h la main en 1834, rédigé par un des filatcurs principaux de Bolton; les voici :
Salaires par semaine pour tisser un 6 quarts de batiste à 60 fils.
ANNÉE
SALAIRE
ANNÉE
SALAIRE
ANNÉE
SALAIRE
ANNÉE
SALAIRE
!•. fl.
ISO',
Les prix de ce tableau sont confirmés par d'autres rapports faits à la Chambre des communes en 1812, qui démontrent que le prix payé à Slockport aux tisserands conduisant des métiers à main, pour le tissage d'une pièce de 24
t , SUPRÉMATIE DE L'ANGLETERRE.
yards de batiste esl tombé de 2.r> schellings en 1802 à 10 schellings en 1812, soit de 60 p. 100.
Mais les exemples d'une diminution aussi énorme sont comparativement rares. L'introduction des machines dans le travail tend tout d'abord à troubler les relations habituelles de l'offre et de la demande sur le marché du travail, et à causer des fluctuations violentes dans le taux des salaires. Mais, à la longue, l'instabilité cesse et l'équilibre se rétablit en se mettant d'accord avec les tendances générales de ce marché, qui ont toujours été, quand on considère une série d'années, dans le sens de la hausse, probablement en raison de l'économie produite par l'application des machines plutôt que pour toute autre cause. Nous verrons, quand nous arriverons à traiter la question des salaires payés dans divers pays par rapport à leur pouvoir d'achat, que si le plus grand accroissement absolu n'a pas eu lieu en Angleterre, nous pouvons montrer du moins que l'augmentation des salaires dans ce pays a coïncidé avec une plus grande réduction du coût moyen de la vie que dans tout autre centre industriel.
Mais ce n'est pas assez de démontrer que la situation de la population industrielle en Angleterre s'est grandement améliorée, du moins en ce qui a trait aux salaires. La véritable portée et les effets de cette amélioration ne peuvent être convenablement appréciés qu'en les comparant avec les variations correspondantes dans d'autres parties du monde.
C'est une opinion fort répandue que les salaires se sont accrus en Angleterre plus rapidement et plus amplement que partout ailleurs en Europe, et que pour ce motif nous sommes maintenant dans une condition beaucoup plus désavantageuse que dans les périodes antérieures tb ce siècle, relativement au prix de production de toutes les principales marchandises. Mais il n'en est rien, et celte opinion est erronée. En réalité, les salaires n'ont pas augmenté pendant les cinquante dernières années, aussi largement dans notre pays que dans quelques autres. Cela ne \eiil pas din- que la situation de noire population ouvrière
ne s'est pas améliorée à un plus haut degré qu'ailleurs. En Angleterre, les salaires ont haussé concurremment avec une baisse notable dans le coût de l'existence, pour tous les articles nécessaires, sauf un petit nombre. Sur le continent, au contraire, l'accroissement des salaires a été généralementaccompagnépar un acroissement parallèle dans le coût de la vie, et en conséquence, par une diminution du pouvoir d'achat des salaires.
Cette distinction est rendue frappante par l'exemple de la Suisse.
Le canton de Zurich renferme de grandes filatures, appartenant à MM. Hurlimann, lesquelles ont été en activité constante depuis plus d'un demi-siècle. Un tableau des salaires payés à chaque catégorie d'ouvriers dans chacune des années de cette longue période montre que, entre 1835 et 1871, il s'est produit un accroissement de salaires atteignant 122 p. 100, soit une proportion moyenne de 3 6/15 p. 100 par an (1). Le coût de la nourriture et du logement, par jour, en 1835 est de 4 d. 1/2 (0 fr. 45), tandis qu'en 1871 il est porté à 9d. 1/2 par jour (0 fr. 95). Ainsi, par conséquent, parallèlement à l'amélioration moyenne de 122 p. 100 des salaires, s'est fait un accroissement moyen de 101 6/15 p. 100 dans le coût de la nourriture et du logement. La plus grande partie de l'accroissement dans lesdeu* cas a eu lieu depuis 1857. On constate que la plus grande augmentation s'est produite dans le salaire des jeunes filles et des enfants (de 4 1/2 à 11 d.1/2 par jour, soit 233 p. 100, tandis que le moindre pour cent d'amélioration est celui des contre-maîtres, dont les salaires présentent cependant l'augmentation absolue la plus forte.
En Belgique, comme dans les autres contrées de l'Europe, il s'est produit une amélioration considérable des salaires pendant les dernières années. L'étendue de cette amélioration est indiquée, avec létaux journalier comparant Voir Rapports '1rs agents consulaires et diplomatiques de Sa Marelativement à la condition des clauses industrielles et à la puissance d'achat de l'argent dans lis pays étrangers. P. 302.
lit' des salaires, dans le tableau suivant, emprunté à deux sources d'une autorité incontestable, les chiffres les plus anciens provenant de la « Statistique commerciale » de M. Gregor, cl les derniers du « Rapport delà Commission royale sur l'instruction technique :
MÉTIERS
USINÉE 1845.
ANNÉE 1881
Ces chiffres démontrent, pour chacun des cas typiques inscrits, une amélioration bien au-dessus de 100 p. 100. Les salaires payés en Belgique en ce moment sont, en général, très approximativement semblables à ceux du nord de la France.
Si nous comparons la condition de l'agriculteur anglais avec celle de son congénère français, en ce qui concerne le prix nominal du travail, nous trouvons que le premier possède un avantage considérable. En France, le montant moyen du salaire perçu par un laboureur en 1872 (le prix actuel esta peu près le même) était de 61. 16 sch. 0 deniers 1 2 par an avec la nourriture en plus, et si nous ajoutons la valeur des aliments consommés par ce laboureur, que lord Brabazon évalue à 4 deniers 3/4 par jour, on voit qu'un ouvrier laboureur coûte à son maître en moyenne environ 14 1. 3 sch. 2 deniers 3/8 par an (1).
Dansles comptes rendus statistiques officiels de la France pour lcSS2, nous trouvons un tableau des salaires payés dans 62 métiers différents que les maires des principales villes ont adressé au gouvernement. Il montre en moyenne
(I) Rapports des agents consulaires et diplomatiques à l'étranger, de Sa Majesté, rie
que les salaires journaliers ordinaires payés clans toutes les industries qu'il embrasse montaient à 1 fr. 89 en 1853 et à 3 fp. 08 en 1881, donnant ainsi une différence de l fr. 10, ou 63 p. 100, en faveur de la dernière de ces dates. Quand la nourriture était fournie, le salaire moyen, en 1833, montait à 0 fr. 96 et en 1881 à 1 fr. 52, ce qui fait un accroissement deO fr. 56 ou 58 p. 100. De ces données officielles on peut conclure que la moyenne des salaires payés pour le travail d'un artisan en France, en 1881, n'était que d'environ 2sch.6 d. par jourou 15 schellings par semaine, ce qui n'est, en fait, qu'un salaire moyen égal à celui de l'ouvrier agricole anglais en dehors de ses invariables « privilèges ou avantages ».
On trouvera que dans certains cas l'accroissement des salaires en Allemagne a été plus grand que dans tout autre pays sur lequel nous possédons des informations dignes de foi. Cet accroissement s'est fait remarquer plus spécialement dans les industries mécaniques, et, fait assez curieux, c'est dans ces mêmes industries que l'Angleterre a été serrée de plus près par la concurrence allemande. Un rapport fait par le consul de Sa Majesté à Francfort en 1884 indique que dans un grand établissement mécanique à Bockenlieim, près de la ville, la moyenne des salaires pavés à tous les ouvriers employés, pris en bloc, pour les jours de travail d une année, a passé de 26 1. 14 sch. en 1860 à 51 1. 9 sch. en 1883. C'est donc un accroissement d'environ 96 p. 100 en 18 ans. Cet accroissement n'a pas été cependant continue; il s'est produit évidemment ensuivant les variations dans les conditions du commerce. En 1873, la moyenne était de 2 livres sterling par employé, audessus de celle de 1883, et de 104 p. 100 plus élevée que celle de 186G ou septans auparavant. En 1870, la moyenne était descendue à 46 1. 4 sch., soit une diminution de 13 p. loi) sur 1873. ("est de là que les salaires s'élevèrent graduellement jusqu'au taux moyen maximum de 54 1. 3 sch. qu'ils atteignirent en 1882; depuisce moment ils ont baissé considérablement. Ainsi, en Allemagne, les salaires n'ont
pas, comme chez nous, atteint leur taux le plus élevé en 1873, »'t les réductions générales iront pas été non plus aussi considérables. On voit au contraire, en analysant les tableaux de salaires de la filature Bockenheim, que la moyenne des dix années qui ont suivi 1873 n'a été que de 3, 8 p. 100 au-dessous de celle de cette année.
La moyenne annuelle des salaires payés dans cet établissement a été obtenue en multipliant le salaire journalier par 290, moyenne du nombre des jours de travail réel. 11 semblerait, d'après ce chiffre, que chaque ouvrier ajoute en moyenne, au dimanche, 23 jours de fête ou de repos par année. Cette moyenne diflere-t-elle en plus ou en moins de celle des ateliers anglais? C'est ce que nous n'avons aucun moyen de déterminer. Dans quelques industries, le nombre des jours d'arrêt du travail est beaucoup plus grand que dans d'autres; dans toutes, on observe le « Saint Lundi » plus généralement qu'il n'est désirable.
Voici un résumé des salaires moyens payés à la filature Bockenheim :
Ouvriers ayant le plus d'habileté et
d'expérience 65 h 9b sch. par semaine.
Ouvriers moyens, menuisiers, etc. 45à 60 —
Ouvriers manœuvres 37 a iT
Artisans sortant d'apprentissage.. 22 à 30
Apprentis 1 0 à I i> —
Il est intéressant de comparer les salaires des artisans allemands avec ceux qu'indique sir Thomas Brassey comme payés dans les établissements dits du Canada, à Birkenhead, pendant la période de 1854-70. Suivant les tableaux, fournis par celte excellente autorité [\) le taux des salaires pavés aux forgerons, meuniers, chaudronniers, ouvriers des forges, peintres et mouleurs, était plus bas en 1870 qu'en 1854, dans certains cas, de 4 schel-
(l) Travail cl mlain .
lin p s par semaine. Sur 13 métiers différents inscrits au tableau, la moyenne des salaires payés montait à 30 sch. 3 J 2 d. en 1854, et 29 sch. 10 d. en 1870, donnant ainsi une réduction moyenne de 5 1/2 deniers par semaine par tête, dans cette dernière année. Il est évident que ces chiffres, considérés en eux-mêmes, justifieraient cette conclusion que toute différence qui peut s'être produite dans le taux des gages pendant ces 17 années a tourné contre les ouvriers plutôt qu'en leur faveur, autant que les usines dites du Canada peuvent en fournir une preuve. Mais on courrait risque de se tromper gravement en rendant avec trop de hâte un tel jugement. En 1854 le nombre des artisans habiles était probablement moindre en Angleterre relativement à la demande que dans aucune des années suivantes, ce qui eut pour effet d'élever les salaires payés à cette catégorie d'ouvriers, beaucoup plus haut que la moyenne générale des salaires. En outre il est bien connu que feu M. Brassey était un maître généreux, et que ses ateliers, spécialement au temps dont il est question, alors qu'on posait des rails pour les chemins de fer dans toutes les parties du monde, ont toujours donné l'exemple des plus hauts salaires payés dans tout le pays.
L'examen des tableaux déjà cités, montrant les salaires payés dans le district de Manchester, pour les années 1850 et 1870, ce qui, pratiquement, embrasse la même période que les chiffres de M. Brassey, nous paraît appuyer la conclusion que nous venons d'énoncer.
Ces considérations montrent avec netteté la nécessité de prendre bien garde de donner une application générale au tableau des salaires payés dans un district particulier h une époque donnée. Ces chiffres sont susceptibles d'être modifiés et changés par beaucoup de circonstances locales et spéciales, et dans la grande majorité des cas il est extrêmement difficile de reconnaître, et encore plus difficile peutêtre d'indiquer avec précision d'où proviennent ces modifications. .Nous trouverons un curien\ exemple de ce fait, i n comparant les salaires des tisserands pour le colon entre
1816 el 1840, tels qu'ils sont donnés par Porter (1), avec ceux qu'indique Babbage (2) pour la même Industrie el pendanl la même période. D'après les chiffres de Porter, il semblerait que la moyenne des salaires a baissé dans cet intervalle de 16 à 11 schellings par semaine, taudis que Babbage indique un résultat tout à fait différent. La contradiction est due probablement à des circonstances locales dont le rapport ne l'ait pas mention. Il est bien connu que les salaires peuvent tomber dans telle brandie d'une industrie, tandis qu'en même temps ils s'élèvent dans toutes les autres brandies de cette môme industrie; et vice versa.
Nous nous proposons maintenant d'examiner les fluctuations dans les salaires payés aux Etats-Unis, et de les comparer avec celles qui se sont produites dans notre propre pays. Une semblable comparaison entre les conditions industrielles des deux nations les plus puissantes et les plus riches du monde ne saurait manquer de jeter quelque lumière sur les problèmes que nous avons exposés, et peut aussi nous aider à discerner quelques symptômes de l'avenir.
11 y a cependant cette difficulté, en ce qui concerne les Etats-Unis, que les comptes rendus dignes de foi du taux des salaires payés avant la guerre de sécession sont excessivement restreints, et généralement moins exacts qu'on pourrait le désirer. Aucune nation n'a fait davantage pour systématiser et rendre abordables les renseignements de cette nature pour 1rs vint:! dernières années, mais avant cette période, aucune nation n'avait fait moins de progrès sur ce point. .Même les renseignements sur les salaires des travailleurs agricoles avant celle guerre sont à peine acceptables, car, en l'ail, le travail du nègre était le seul employé en dehors (le celui du colon ou propriétaire et de sa famille; ce dernier, évidemment, n'était pas apprécie
(1) Progrès de l>t nation, i , 187.
(2) Organisation des manufactures,
sous forme de salaire hebdomadaire ou annuel (1). Un tableau de M. Edward Atkinson (2) indique la moyenne annuelle des salaires dans une filature de coton du Massachusetts, à différentes dates entre 1830 et 188o ; les ouvriers produisant pendant toute celte période des articles de la même espèce et de la même qualité, dans des conditions générales approximativement identiques. Ce tableau, disons-nous, est le document le plus topique qu'il nous a été possible de consulter à cet égard.
Moyennes du salaire par ouvrier et par année.
Année. Dollars.
4 830 104 en or.
1840 175 en or.
1850 190 en or.
1860 197 en or.
1 870 275 en billets.
1870 240 en or.
1880 259 en or.
1883 287 en or.
1884 290 en or.
De ces chiffres on peut conclure que, tandis que le taux des salaires ne s'est accru que d'environ 20 p. 100 dans les 30 années se terminant en 18G0, il s'est élevé, dans les 10 années suivantes, d'environ 40 p. 100 (3). Pendant le demi-siècle dont nous parlons, l'amélioration totale a été d'environ 76 p. 100, tandis qu'elle était, dans le Royaume- Uni, de 83 p. 100 dans les filatures, et 43 p. 100 dans le tissage, chiffres reconnus par M. 3Iontgomery, pour une période approximativement la même, ainsi que nous l'avons déjà indiqué.
(1) Celle affirmation est confirmée par une remarque de M. James Russel Lowell, ambassadeur américain, en réponse à une crilique tle l'auteur clans une réunion de la Société des arts en 1885.
(2) Mécanisme et métaphysique de l'échange.
(3) Les salaires pour 1870 sonl indiqués en papier-monnaie déprécié c'est un fait qu'il ne faut pas perdre de vue.
On ne peut guère douter que L'effet d'une grande guerre soi I habituellement d'augmenter la demande de travail, do fournir à l'ouvrier des emplois plus nombreux et mieux rétribués, et d'augmenter les salaires do toute la classe ouvrière. La guerre civile des Etals- Unis fournit peut-être l'exemple le pins remarquable de cette tendance. Entre 1861 et 1807, c'est-à-dire entre l'année qui a précédé immédiatement la guerre et celle qui l'a suivie, l'accroissement moyen des salaires dans les principales industries a été le suivant (1) :
Filatures de coton C3 p. 100
Tissages de laine 65
Filatures de laine 79
Raffineries de sucre 59
Fabriques d'outils pour l'agriculture. ... G8
Usines à gaz 70
Manufactures de cuirs 71
Verreries 63
Papeteries 84
Construction des navires 63
Travail agricole 50
et ainsi de suite pour les autres industries. Pendant la même période, les salaires en Angleterre ont moins varié (ju'ils ne l'ont fait depuis, et ce n'est qu'après la guerre que la grande différence qui existe maintenant entre les gains comparatifs du travail dans les deux pays est devenue si marquée.
M. Edward Youngacomparé l'accroissement des salaires aux Etats-Unis avec cet accroissement en Angleterre. 11 a trouvé que, en 1807, le premier dépassait le second des quantités représentées par les pour cent suivants :
(I) Rapport du commissaire spécial du revenu des États-Unis pour l'année 1868.
Filatures de coton 47 p. 100
Tissages de laine '2\
Filatures de laine 58
Raffinerie de sucre 65
Laminoirs 48
Usines à gaz 62
Manufactures de cuirs 48
Verreries 45
Cristalleries 45
Papeteries 93
Ateliers de construction des navires. . . . 62
Or il est assez remarquable que ces tant pour cent de différences sont généralement moins élevés que ceux qui représentent l'accroissement des salaires aux Etats-Unis dans les mômes industries, entre 1861 et 1867; d'où il suivrait que, si le taux: des salaires en Angleterre n'a pas varié beaucoup entre ces deux années, le travail anglais aurait été mieux rétribué en 1861 que le travail similaire en Amérique. Mais il n'en était pas tout à fait ainsi, comme nous le verrons encore.
Il y a eu, de 1861 à 1867, de considérables améliorations de salaires dans plusieurs des industries principales de notre pays, mais dans aucun cas, probablement, l'accroissement n'a dépassé 25 p. 100, et certainement il a été loin d'égaler, en moyenne, celui qui s'est produit aux Etats-Unis. En conséquence le travail américain et le travail anglais se rapprochaient bien davantage, pour le taux des salaires, avant la guerre, et il semble que c'est cet événement qui a amené l'énorme accroissement qui a mis une si grande différence entre le taux: des salaires de l'Amérique et celui de l'Angleterre. Celle amélioration, bien entendu, a marché parallèlement avec un accroissemcntprobablement encore plus grand dans le coùl de la vie. Le prix du travail ne peut être beaucoup accru, toutes les autres conditions restant presque les mûmes, sans qu'il y ait accroissement dans le coût de tout ce que ce travail est employé à produire, mais c'est une question que nous traiterons plus Longuement tout à l'heure.
isi SUPRÉMATIE DE L'ANGLETERRE,
Maintenant, à quelles causes peut-on principalement
attribuer le grand accroisse me ni de salaire qui s'est produit pendant le dernier quart de siècle ou à peu près? On trouvera, nous le pensons, qu'il a sui\i et a été principalement causé par :
1° L'introduction universelle, dans les industries et les métiers, des machines, ce qui a assuré une bien plus grande production de toutes les marchandises à un prix considérablement moindre.
2° Une subdivision du travail [dus minutieuse qui, en même temps que l'introduction de nouveaux procédés et de nouveaux engins, a permis à l'artisan d'acquérir plus d'efficacité et d'habileté dans la sphère plus limitée des opérations qu'il est appelé à exécuter.
3° Les facilités procurées par les chemins de fer et les bateaux à vapeur pour mettre en rapport les producteurs et les consommateurs dans le monde entier, donnant ainsi l'assurance que, s'il n'est pas créé de restrictions artificielles, le marché de toutes les autres contrées sera ouvert aux productions principales et spéciales des manufactures de chaque pays; ou, en d'autres mots, la perfection plus grande du mécanisme de l'échange.
Maintenant si nous admettons que ce sont là les causes déterminantes du taux moyen des salaires, et les critères d'après lesquels leur hausse ou leur baisse peut être prévue, il est naturel que nous nous de nia ndions,uon sans quelque anxiété, s'il existe des considérations dans la nature des choses qui puissent raisonnablement faire prévoir le maintien desalaires à leur taux actuel, ou bien amener la hausse ou la baisse.
Celui-là serait un homme hardi qui oserait affirmer que nous avons atteint la perfection dans les découvertes mécaniques OU les inventions scientifiques; toute affirmation semblable serait instantanément réfutée partout ce qui se passe autour de nous. Partoul où nous jetons les yeux, nous trouvons à l'œuvre ce même esprit toujours actif, s'efforçant de perfectionner les procédés cl le mécanisme des
LA RÉMUNÉRATION DlT TRAVAIL. 185
manufactures. Lescomptes rendus du Paient office prouvent que, bien loin d'avoir disparu du milieu de nous, cet esprit n'a jamais été plus acharné à sa tâche, si bien qu'il se passe rarement une année sans que les moyens de production soient encore plus perfectionnés et les dépenses encore plus réduites dans toutes nos principales manufactures. C'est précisément cette même tendance qui règne dans la subdivision du travail. A mesure que les opérations manufacturières se poursuivent sur une échelle de plus en plusétendue, on trouve que la plus réelle des économies est de rechercher sans cesse une plus grande subdivision des opérations, afin que chaque ouvrier atteigne et exerce la plus grande habileté possible dans l'œuvre spéciale qui lui est confiée. On ne saurait visiter une fabrique sans y trouver ce principe en première ligne, comme la source principale du succès ; et il serait facile de prouver par un examen comparatif des prix pendant une période relativement récente, que l'observation de cette loi continue à donner des fruits nombreux. 11 en est de même de nos moyens de transport, dont on cherche par tous les moyens à réduire les prix. Le transport par chemin de fer ne coûte pas, à beaucoup près, autant qu'il y a vingt ans. Les perfectionnements à la locomotive lui ont donné une plus grande puissance de traction en même temps qu'ils ont diminué la consommation du combustible, la charge moyenne est beaucoup plus considérable qu'auparavant, en sorte que la dépense par tonne ou par voyageur est distribuée sur une plus forte quantité ou un plus grand nombre, et de grandes améliorations et économies ont aussi été introduites dans le service général. Nos steamers océaniques atteignent maintenant une capacité deux et même trois fois plus grande qu'il y a quelques années, si bien que les frais en salaires et combustible, les deux principales causes de dépense, se répartissent sur un bien plus grand nombre de tonnes de chargement, et qu'une grande économie est réalisée de ce chef (1).
(1) En 1875, le plus grand steamer àflot, à l'exception du Great-Eastern, :omporlail queS i'U i< !S de tonnage brut; en 1 884-, il n'y
Mais, après tout, ce sont là des améliorations dont notre pays ne possède nullement le monopole. Dans le plus grand nombre des cas, L'Angleterre a, sans aucun doute, gagné une lionne avance, et dans tous elle a pu garder sa supériorité. Mais les conditions mêmes qui ont principalement assuré notre prééminence, et amélioré la situation générale, sociale et économique de notre population, sont probablement celles qui, plus que toutes les autres causes, menacent de renverser la supériorité qu'elles ont créée. Expliquons cette assertion qui peut paraître un paradoxe. Sans l'économie extraordinaire apportée dans la production de nos marchandises, les nations étrangères ne les auraient pas achetées comme elles l'ont l'ait; sans les facilités offertes par nos chemins de fer et nos steamers, nos consommateurs étrangers n'auraient pu ni imiter ni même connaître les détails de nos manufactures, comme ils l'ont l'ait; et sans les occasions qui leur sont ainsi offertes, nos anciens clients n'auraient pu devenir nos concurrents autant qu'ils le sont aujourd'hui (1). La question que décidera l'avenir est de savoir à quel point cette rivalité puissante et croissante portera préjudice à l'industrie anglaise. Jusqu'ici, elle ne nous a pas été très nuisible. .Notre commerce subit sans doute une grande dépression, mais il en est de même de celui de toutes les nations européennes; quelques-unes même ont soulier! plus sérieusement que nous. Mous avons perdu du terrain sur quelques-uns de nos meilleurs marches du continent, et aussi aux Etats-Unis, niais rien ne prouve que ce résultat ne se serait pas produit même sans le secours
avait pas moins de H navires au-dessus de celle contenance, tjl sept d'entre eux pouvaient porter plus de 7000 tonnes. Depuis 1865, la consommation moyenne de ebarbon, dans uns meilleurs steamers, réduite de pics de moitié pour un résultat donné,
(1) Je comprends parfaitement la portée de l'ingénieux argument de M. Giffen » que l'accroissement des manufactures étrangères est favorable plutôt que contraire au commerce de l'Angleterre, mais je ne lui accorde nullement la valeur que l'auteur j attache
artificiel des tarifs protecteurs! D'autre part il n'est pas prouvé non plus que nous aurions maintenu notre supériorité sur ces marchés, si la liberté absolue des échanges avait été la régie au lieu d'être une rare exception existant à peine. L'Amérique, par exemple, a montré récemment qu'elle peut produire certains articles principaux, elle vient réellement de les produire et de les vendre à aussi bon marché qu'il nous est possible de les livrer en Angleterre ; quoique ces mêmes articles continuent à être chargés en Amérique, comme importations, de droits qui varient entre 40 et 70 p. 0/0 de leur valeur. Bien plus, l'Amérique a été capable de vendre au Canada, en concurrence avec les manufacturiers anglais, des marchandises qui sont exclues de ses propres rivages par le tarif prohibitif que nous avons signalé. C'est de ce côté que les avertissements de Cassandre sont probablement les plus nécessaires et les plus pratiques. Si les nations qui, par notre exemple, se sont si largement instruites, et sont arrivées à cette supériorité manufacturière, qui naguère nous était absolument propre, réussissent à nous battre sur les marchés neutres, notre position deviendra vraiment dangereuse. Et c'est celte considération qui doit principalement déterminer les salaires de l'avenir. Si nos rivaux industriels continuent à maintenir la distance relative qui sépare nos dépenses en salaires des leurs, la situation peut rester bonne. S'ils diminuent les salaires, ou, ce qui est à peu près la même chose, s'ils assurent une plus grande efficacité au travail que rétribuent les salaires qu'ils payent maintenant, il faudra que l'Angleterre sert préoccupe ; il est donc de la [dus grande importance pour notre avenir que nous suivions de très près les fluctuations des salaires à l'étranger. Le temps est passé où chaque industrie avait son domaine exclusif et ses secrets particuliers. L'Angleterre n'a plus guère, ou peut-être même n'a plus de supériorité dans ses procédés ou ses machines qui ne puissent être empruntés ou dérobes par nos voisins, si ce n'est déjà fait. Il n'y a pas non plus grand'chose dans les pays étrangers qui soit
un livre fermé pour les manufacturiers anglais. « Le succès est aux plus actifs, à ceux qui ont l'énergie et la capacité de suivre le développement des marchés du monde, d'adopter les améliorations les plus efficaces et les plus modernes, de fabriquer avec la plus grande économie. Or, dans tontes ces conditions indispensables, nous croyons que l'Angleterre reste jusqu'ici facile princeps. Mais dans aucune de ses supériorités elle n'est nécessairement invulnérable; il n'existe pas de monopole pour la suprématie commerciale, et la situation que l'Angleterre a si noblement acquise deviendra chaque année plus ardue et plus difficile à conserver.