‹ La Suprématie de l'AngleterreChapitre 34 sur 83 · JU · texte numérisé non relu

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COUT DU TliAYAIL DANS LES DIFFÉRENTS PAYS. 197

Il serait facile de reproduire plusieurs tableaux semblables, mais nous nous eu abstenons, le caractère général des différences entre les salaires des deux pays, et entre les différentes villes principales d'Amérique, ressortissant assez des documents cités. Nous allons donc maintenant examiner les résultats de la comparaison entre la Grande- Bretagne et les pays du continent. Cependant faisons remarquer d'abord, en ce qui concerne le taux des salaires payés dans le Royaume-Uni, qu'il n'a pas été publié de slatistique officielle accessible au public et digne d'une entière confiance. Les volumes de « Statistiques diverses » publiés par le Bureau du commerce, tous les trois ans, contiennent la liste des salaires payés à un certain nombre d'occupations ou d'industries cboisies dans différentes villes; mais la valeur de ces documents, qui pourrait être considérable, est grandement réduite et môme devient presque nulle pour effectuer des comparaisons, par ce fait qu'ils s'appliquent rarement, dans deux publications consécutives, à la même ville ou au même district. Dans un compte rendu triennal, le taux des salaires des maçons sera donné par exemple pour Edimbourg, et dans le suivant pour Belfast ; or il peut être de quelque importance pour l'une de ces villes de connaître le taux des salaires payés à la même date dans l'autre; mais ce n'est pas le moyen de favoriser les études de statistique comparative sur la variation du taux des salaires, dans leurs causes et leurs effets, que de publier des comptes rendus qui s'appliquent tantôt à une extrémité du royaume et tantôt à une autre. Il semble qu'il ne serait pas difficile de rendre ces documents bien plus uniformes et plus complets qu'ils ne l'ont «le jusqu'ici. Ils sont généralement fournis dans les localités par leschambres de commerce, qui doivent être capables de présenter des données correspondantes en tout temps, si bien qu'il semble qu'il y ait peu ou pas d'excuses pour ce sérieux amoindrissement de la valeur de ces comptes rendus., sur lequel nous appelons l'attention.

Abandonnant maintenant cette digression, nous allons

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essayer d'étudier Les différences entre le taux des salaires en Angleterre et sur le continent. En 18781c gouvernement américain chargea ses consuls dans les différentes parties ilji monde de rassembler et de lui envoyer les comptes rendus du taux des salaires payés dans les principales industries de leurs divers districts consulaires. Os rapports importants ont été publiés par le secrétaire d'Etat en 187!) et leur collection fournit peut-être pour les salaires des différents pays le meilleur guide qui ait été jusqu'ici mis à la portée du public, au moins depuis les rapports de même nature faits au Foreign Office par nos propres consuls, en 1870, sur la demande de lord Glarendon, et continués deux années plus tard à la requête de lord Granville. Voici un sommaire de ces rapports :

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La valeur de ces chiffres est considérablement amoindrie parle manque d'informations exactes sur les districts auxquels ils s'appliquent. On trouvera, par exemple, que quoiqu'il puisse y avoir certains districts en Italie où le taux moyen des salaires est plus élevé que dans certains districts d'Allemagne, cependant la moyenne des salaires est indubitablement plus élevée eu Allemagne qu'en Italie; cependant le tableau donnerait à croire qu'elle est plus basse. On trouvera aussi que dans une grande partie de l'Allemagne, et spécialement dans les provinces rhénanes et la Westphalie, les salaires moyens sont tout aussi élevés sinon plus élevés que ceux de France; pourtant l'impression contraire ressortirait irrésistiblement de l'examen du tableau. Mais dans d'autres districts et particulièrement dans la Saxe et la Silésie, les taux des salaires sont très bas. Les détails spécifiques suivants sont tournis par le consul des États-Unis à Brème (Allemagne) il dit :

« Le taux des salaires pour les ouvriers agricoles varie extrêmement dans l'étendue de l'empire allemand ; il s'élève ou s'abaisse suivant que la localité se rapproche ou s'éloigne de centres manufacturiers. Comme exemple je donne ci-dessous le taux actuel par jour des salaires dans diverses parties de l'Allemagne :

Brème et voisinage 2 sh. 4 d.

Hauts plateaux de Bavière 2 2 1/2

Haute vallée du Rhin I 8 1/8

Basse vailée du Rhin 1 3 1/2

Lac de Constance et environs I s

Plateaux mm ens 2 i 1/2

Haute-Alsace I 10 i 2

« Ces laboureurs se nourrissent eux-mêmes.

(( Les salaires payés maintenant dans le district consulaire, comprenant la Silésie et une partie des provinces rhénanes sont les suivants :

« Fabricants de machines, serruriers, maréchaux, chaudronniers, plombiers, charpentiers, menuisiers, maçons, voituriers, - sh. 1 1 d. ' , par jour se nourrissent eux-mêmes).

COUT DU TRAVAIL DANS LES DIFFÉRENTS PAYS. 2l>l

« Terrassiers, ouvriers à la journée, selliers et cordonniers, 1 sh. 11 d. ' , par jour, sans nourriture.

« Bouchers, boulangers, ramoneur?, 2 sh. 5 d. l , par jour, sans table ni logement.

« Bouchers, boulangers, brasseurs, 8 sh. M d. par semaine, avec la table et le logement.

« Cuisinières, 7 1. JO sh. à 81. 19 sh. 2d. à l'année, avec la table et le logement.

« Cuisiniers, 10 1. 8 sh. i d. par an, suivant leur mérite, avec la table et le logement.

« Tisseurs et ouvriers de factorerie, 14 sh. 10 d. par semaine, sans la table.

« Artisans et mécaniciens, 2 sh. 11 d. ' ., par jour. »

Ces exemples suffisent pour indiquer le taux général des salaires en Allemagne; si Ton tient compte du nombre plus grand des heures de travail, ce taux est bien au-dessous de celui de l'Angleterre.

En ce qui concerne la France, les salaires varient énormément entre Paris et la province ; les différences sont beaucoup plus grandes qu'entre la métropole et les districts ruraux d'aucun autre pays. Dans certaines catégories, celle des briquetiers par exemple, l'écart s'élève à 100 p. 100, et, en général, tandis que les salaires des artisans de Paris sont à peu près les mêmes que ceux des grandes villes manufacturières d'Angleterre, à part la métropole, ceuxqu<e l'on paye en province sont bien au-dessous des plus bas salaires donnés au travail anglais. Cependant il y a eu dans les dernières années une tendance à rapprocher la moyenne de la campagne du niveau des salaires de la ville. Depuis 1853 l'accroissement moyen des salaires dans \ingt-trois des métiers principaux a été de 65 p. 100 en province, et seulement de 53 à Paris. En 1882 un maçon parisien recevait jusqu'à <j sh. 3 d. par jour; un tailleur 6 sh. 8 d. ; un cou- \niir 0 shillings; un charpentier, un peintre 5 sh. 10 d. salaires sont à peu près égaux à ceux de villes comme Manchester et Leeds; mais il ne faut pas oublier que le nombre des heures de travail en France est beaucoup plus

grand. Un rapport officiel (I) montre que, tandis que ces salaires étaienl payés à Paris, les mêmes métiers en pro- > inco ne recevaient que moitié de ces prix, et la moyenne

du salaire journalier des cinq métiers spécifiés plus haut ne s'y élevait en 1883 qu'à environ 3 shillings par jour. C'en est assez sur le caractère général de la question du travail pour la France. A ce sujet, il n'y aurait pas de plus grande erreur que de regarder Paris comme le type du reste du pays. La capitale est en réalité aussi entièrement distincte des provinces, en général, parle caractère de ses industries, le taux de ses salaires, le coût de la vie et bien d'autres aspects économiques, que si elle faisait partie d'un autre hémisphère. La France en général a pour caractéristique les salaires peu élevés, et le grand nombre d'heures de travail. Si l'on peut indiquer une différence, la moyenne des salaires est plutôt plus élevée que celle de la Belgique, mais dans un certain nombre de provinces du sud celte moyenne est décidément plus basse. Ce qui n'a pas empêché le pays de faire de remarquables progrès pendant ces dernières années. En 1809 la valeur annuelle du commerce et de l'industrie de la France était évaluée à 1,181 millions sterling (29,525 millions)ou31 livres par habitant 773 fr. ; en 1880 cette valeur était estimée à 1,325 millions sterling- (33,123 millions) ou 35 1. 12 sh. par habitant (885 fr. 50). En même temps ce pays perdait deux provinces ei payait une indemnité de guerre de 200 millions sterling, sans parler de l'énorme dépense et des perles entraînées par la guerre, que 31. Giffen a estimées à plus de 500 millions sterling (12,300 millions). 11 n'est peut-être pas moins remarquable que l'Allemagne, quoique plus riche du montant de l'indemnité indiquée ei-eontre, et ayant moins souffert des dépenses nécessaires pour soutenir la guerre, n'a montré en 1880 qu'un accroisse ment de commerce et d'industrie qui ne dépasse les chiffres de 1800 que de 0 1/2 par tète, tandis que l'accrois-

(l) L'Annuaire statistique pour issi

sèment a été de 15 pour la France et 9 pour la Grande- Bretagne. Les chiffres cités ici ne doivent pas cependant être regardés comme une indication d'un progrès également remarquable de la France sur les marchés du monde. La vérité est que le progrès indiqué a eu lieu surtout dans les importations, qui se sont accrues de 55 p. 100, contre un accroissement de 6 p. 100 seulement en exportations, pendant la période que nous considérons. M. Mulhall montre très justement, dans cette circonstance, qu'en France, « les importations l'emportent de 48 1/2 p. 100 sur les exportations (juste la môme proportion qu'en Angleterre), et pourtant la France ne marche pas à la banqueroute, mais elle accumule de la richesse chaque année. » Nous avons vu cependant que cet accroissement de richesse n'a pas pour base un grand accroissement de sa puissance manufacturière sur les marchés neutres.

En ce qui concerne la Belgique, il n'est pas de pays européen plus fréquemment cité comme exemple de ce que peut le bas prix du travail contre l'Angleterre. Il n'est certainement pas d'autre pays dans l'Europe continentale qui ait l'avantage d'un travail à aussi bon marché relativement à son efficacité, aussi voyons-nous que la Belgique a la proportion la plus élevée d'industrie par habitant, de toutes les nations continentales, excepté la seule Hollande. Et cette industrie s'est développée avec une initiative caractéristique; de 1870 à 1880, la valeur des intérêts commerciaux et industriels de la Belgique s'est accrue, dit-on, d'au moins 55 millions sterling (1,375 millions). Sur cet accroissement 39 millions sterling (975 millions de francs) appartiennent au commerce, et 12 millions sterling (300 millions) aux manufactures. En 1870, la richesse commerciale et industrielle de ce pays représentait une moyenne de 37 1. 1 sh. (926 fr.) par habitant; en 1880 elle est égale à 44 livres sterling(l,100fr.), présentant ainsi un accroissement d'environ 20 p. 100.

Dans le chapitre précédent nous avons montré que de 1845 i 1884 le taux des salaires, en Belgique, dans certains

■h\\ SUPRÉMATIE DE L'ANGLETERRE.

métiers principaux, B'est accru de plus de 100 p. 100, ce qui csi bien au-dessus de la moyenne d'accroissement dans le Royaume-Uni pendant la même période. 11 y aquaraûteans,

la moyenne du salaire journalier des artisans, mineurs, ouvriers en fer, clc., était de 1 sh.3 d. à 1 sli. 4 d. (1 fr. 45 à 1 fr. SS). En Angleterre la moyenne de la même période sciait an moins double de ce chiffre; en ce moment les salaires payés dans les mêmes emplois sont : 2 sh. 6 d. à 2 sh. 8 d. (de 2 fr. 90 à 3 fr. 10) par jour en Belgique, et en Angleterre 4 sh. G d. à o sh. (de o fr. 20 à 5 fr. 75) (1). 11 semble donc que la différence du taux des salaires entre les deux, pays reste aujourd'hui ce qu'elle était il y a quarante ans; mais si nous ajoutons à l'accroissement des salaires anglais la réduction qui a eu lieu dans les heures de travail, nous avons chance de trouver que le coût relatif du travail en Belgique, où la journée est toujours de 12 heures, est moindre maintenant qu'il n'était alors; autrement dit, si nous nous en rapportons au seul étalon des salaires, la Belgique est maintenant en meilleure situation que jamais pour faire concurrence à l'Angleterre.

Ouoique la Russie ne soit pas encore parvenue à la situation d'une grande nation manufacturière, elle a fait, depuis peu, de tels progrès dans cette direction, qu'elle commande notre attention.

Les industries de la Russie ont pour centres principaux le voisinage de Moscou et de Saint-Pétersbourg ; dans cette dernière ville et ses environs immédiats il existe 930 manufactures avec 291,279 employés et produisant des marchandises pour une valeur qui dépasse 105 millions de roubles par an. Dans la province de Moscou ou trouve 2,510 manufactures employant 188,853 personnes et Fabriquant des marchandises d'une valeur annuelle de 107 millions I ~ de roubles. En 1875 Saint-Pétersbourg employait 41,164 ouvriers dans 521 manufactures et produisait des

(I) Ceci est évidemment un chiffre approximatif basé sur la moyenne de plusieurs districts; il ne prétend pas a un.' exactitude absolue, dans son application a un district particulier!

marchandises d'une valeur totale de 83 millions de roubles (I), mais ces deux centres sont les seuls de tout l'empire qui aient quelque importance. 11 n'existe d'ailleurs que 127 villes dans toute la Russie ; 25 possèdent plus de 25,000 habitants et 11 seulement en ont plus de 50,000. La population rurale au moment de l'émancipation des serfs était évaluée à 60 millions de paysans, dont 23 millions appartenaient à l'Etat, 23 autres millions à des particuliers et 3 millions à des apanages ou autres catégories (2).

11 est certainement difficile de fournir un tableau digne de foi du taux des salaires en Russie ; la majeure partie du peuple s'occupe d'agriculture sous une forme qui peut être appelée « système des paysans propriétaires », chaque laboureur ayant une certaine quantité de terres qu'il doit cultiver et d'où il tire principalement sa subsistance. Le travail manufacturier, comme nous le verrons dans un autre chapitre, est bien moins payé qu'en Angleterre; il en est de même pour les industries mécaniques. Mais il n'est pas question jusqu'ici, pourlaRussie, de rivaliser avec le reste de l'Europe soit pour la rémunération, soit pour l'efficacité du travail. La Russie peut envoyer au dehors d'énormes quantités de blé, de pétrole, de chanvre, de lin, parce qu'elle a des ressources spéciales pour la production de ces denrées; il est très probable que nous en recevrions tout autant, même si le travail russe était une marchandise beaucoup plus coûteuse qu'il ne l'est ea ce moment. Les prix généraux du travail des artisans peuvent être évalués d'après le compte rendu suivant des salaires payés aux puits à pétrole de Baku sur la mer Caspienne :

Ouvriers, 1 shelling par jour.

Maçons, 3 à 4 shellings par jour.

Charpentiers, 2 à 3 shellings par jour.

Forgerons, 2 shellings par jour.

Chauffeurs, 40 shellings par mois.

Contre-maîtres, loi) shellings par mois.

I oyage d'été un Russie, p. 137.

j La Russie de Ma kenzie Wallace, p. 146, 167, huitième édition.

Mécaniciens (allemands), 25 livres sterling- (625 fr.) par mois.

Chimiste analysateur, 25 livres sterling- par mois.

Élèves (10 heures par jour), 7 1. 10 sh. (186 fr.) par mois.

On trouve ces salaires élevés en Russie, où un lieutenant de la marine impériale ne reçoit que 10 livres (250 fr.) et un capitaine 25 livres (625 fr.) par mois. Les salaires payés à Moscou et à Saint-Pétersbourg- sont beaucoup moindres; ces salaires sont-ils adaptés au degré d'efficacité qu'ils représentent? C'est une question à laquelle nous ne pouvons nous arrêter ici.

L'Italie est le seul autre pays de l'Europe auquel nous donnerons une attention spéciale. On sait généralement que le prix nominal du travail y est relativement très bas. et que les industries y sont dans un état très arriéré; quoique, sauf en matière de charbon, l'Italie ait des ressources naturelles au moins égales à celles de toute autre nation européenne. Le taux des salaires payés dans la principale usine de machines à Livourne, celle des frères Orlando, qui emploie 600 personnes, est indiqué dans un rapport consulaire récent comme au tableau suivant (1) :

OCCUPATION

Modeleurs

Ajusteurs

Tourneurs

Fabricants de bouilleurs.

Mouleurs

ClKirpenliers

Soudeurs, étameurs

Mécaniciens et chauffeur:

Hommes de peine

Apprentis el élèves

1 • i I.ASSL.

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