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Ces chiffres sont pleinement confirmés par ceux de nos exportations, Lesquels montrent que, de 1861 ù 1881, la
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quantité de lainages exportés du pays a passé de 54 millions à 277 millions de livres. Nous ne prétendons pas que les chiffres ci-dessus fournissent une mesure exacte des progrès qui ont été faits par l'industrie des lainages, dans les vingt années dont il est question; il faut pour cette évaluation avoir recours à beaucoup d'autres considéra tionsque celle de la laine importée. En effet, le progrès est nécessairement affecté par la quantité de laine récoltée dans notre pays pendant chacune des deux décades dont il s'agit, par le caractère des articles dans lesquels la matière première a été transformée, par le plus ou moins de finesse de la laine elle-même, et par d'autres éléments encore, plus ou moins variables, et ayant plus ou moins d'influence. Mais quelle que soit l'atténuation du résultat présenté due à ces éléments, même en donnant à chacun d'eux son degré le plus extrême d'importance, il n'en reste pas moins le fait indubitable d'un énorme accroissement de puissance productive chez les ouvriers, comme dans les machines. Cet accroissement tend soit à abaisser le prix de l'article manufacturé, soit à augmenter la rémunération du travail utilisé pour sa production, soit enfin à ces deux résultats réunis. Il est donc nécessaire de remarquer que, s'il y a eu une décroissance sensible du nombre des ouvriers dans notre industrie lainière, cette décroissance a coïncidé non pas avec une diminution correspondante de production, mais avec une augmentation énorme.
Nous jetterions une lumière plus vive et plus utile sur ce sujet, si nous pouvions indiquer si la quantité de laine fournie par le pays s'est accrue pendant l'intervalle que nous considérons et dans quelle mesure cette augmentation a eu lieu. Cet accroissement de plus de 200 p. 100 dans nos importations est-il la conséquence d'une différence matéfielle quelconque dans la production de notre laine anglaise ? une opinion répandue est que la dernière période de vingt ans a vu une augmentation considérable dans le nombre de nos troupeaux; que de grandes fermes à moutons ont souvent pris la place des petites cultures, et que
l'élève du bœuf et du mouton a remplacé la récolte des céréales. Mais on ne peut citer aucun fait authentique à L'appui de cette opinion, et il est prouvé d'une manière indéniable par les comptes rendus agricoles du conseil du commerce (1) que le nombre total des moutons du pavs a diminué pendant ces dernières années. M. Mulhall évalue la décroissance à 10 millions de livres de laine, entre 1870 et 1880(2). C'est là une diminution d'environ 0 p. 100 pendant la décade, ce qui n'est pas, après tout, d'une grande importance, et ne saurait justifier aucune anxiété réelle si, pendant ce même intervalle, la production de la laine n'avait pas plus ou moins considérablement augmenté dans quelques autres pays, comme les chiffres suivants, puisés à la même source autorisée, suffisent a le montrer :
Production de la laine dans divers pays, de 1870 à 1879.
Nous voici maintenant eu face de la question des progrè relatifs delà Grande-Bretagne dans la fabrication des lai
(1) Le nombre total des moutons du Royaurae-t ni était de 30,313,01
eu 1874 et de 26,008,000 en 1884.
2 Feuille de balance du monde, p. 10.
nages. On peut citer des cas nombreux où l'Angleterre a diminue sa production de matière première en même temps qu'elle augmentait considérablement la production des articles manufacturés à la fabrication desquels cette matière première est destinée. Que l'Angleterre ait largement développé son industrie des lainages pendant le dernier quart de siècle, c'est ce que nous avons déjà constaté par l'énorme accroissement des importations de laines brutes et l'exportation des articles manufacturés confectionnés avec cette laine. Mais si nous trouvons que d'autres pays ont fait des progrès plus grands encore que les nôtres, l'accroissement de nos importations et de nos exportations ne sera pas absolument aussi rassurant que nous pourrions le désirer.
Les Étals-Unis, comme la nation industrielle la plus importante après l'Angleterre elle-même, réclament une place prééminente dans notre étude. Dans ce pays, le nombre des ouvriers employés dans les industries de la laine a passé, de 1840 à 1880, de 21,342 à 161,557; le capital total engagé dans ce commerce s'est élevé d'environ 1G millions à 32 millions de livres sterling et la valeur totale des produits a monté de 20 1/2 à 53 1/2 millions de livres sterling.
Mais ce grand accroissement n'a pas eu lieu en conséquence de demandes d'achat faites à l'extérieur de produits des Etats-Unis, mais bien dans le seul but de satisfaire li demande de l'intérieur. La population des États-Unis en 1840 était de 17 millions d'àmes ; en 1880 elle était de 50 millions. Nous voyons donc que les produits de l'industrie nationale des lainages ont atteint approximativement une valeur égale dans les deux années par tête de la population. Mais dans la première année, 1840, le peuple des Etats-Unis recevait de l'Angleterre une bien plus grande partie des articles manufacturés dont il faisait usage que dans la dernière année. Maintenant encore cependant, les Etats-Unis importent des lainages pour une valeur de 30 à 10 millions de dollars par an, tandis que leurs exportations
de celte même marchandise ne sont évaluées officiellement qu'à un peu plus d'un quart de million de dollars (1). Autrement dit, les importations de laine brute et manufacturée, en 1881, atteignaient G, 36 p. 100 du total des importations de cette môme année, tandis que les exportations de laines et lainages ne formaient que les 0,04 des exportations totales du pays.
11 est donc évident que, jusqu'ici du moins, on ne saurait dire que les Etats-Uuis soient entrés dans la compétition pour les marchés neutres; et, en réalité, ils ne conservent le marché national qu'en imposant des droits presque prohibitifs surtout aux marchandises anglaises. Mais quel sera l'avenir?
L'Amérique, à l'aide de l'accroissement énorme de ses troupeaux et de son infatigable énergie, peut-elle espérer de faire concurrence aux lainages anglais, comme elle fait déjà concurrence à un si grand nombre de nos articles manufacturés?
Le problème est double. D'abord jusqu'à quel point les salaires payés dans les industries de la laine en Amérique permettent-ils une économie dans la production égale à celle de l'Angleterre? En second lieu quel est le taux d'intérêt qu'exigent les capitaux américains pour se consacrer à la production d'articles manufacturés pour la consommation étrangère?
Jusqu'à présent les conditions restent à peu près égales entre les deux pays ; l'Amérique produit, il est vrai, maintenant environ deux vingtièmes de laine brute de plus que la Grande-Bretagne; mais cette différence peut à juste titre être regardée comme nulle, en raison de sa population plus nombreuse.
(1) En 1 881 les importations aux Êtas-Uois el les exportations de ce pays, en laines et lainages, ont été les suivantes:
Importations ExperUtioM.
Dollars. DolUri