‹ La Suprématie de l'AngleterreChapitre 8 sur 83 · TOTAUX · texte numérisé non relu

TOTAUX

Ces chiffres indiquent qu'il y a eu aux États-Unis un accroissement de 166 p. 100 dans le nombre des employés des manufactures, de 1850 à 1880, enfants exclus. Il n'est pas nécessaire d'ajouter que cette proportion est beaucoup plus élevée que celle de n'importe quel autre Ltat européen pendant la môme période. Si nous ne faisons porter notre

(l)En addition des totaux le recensement de 1870 compte : 114,628 infants, et celui de 1880 en indique 181,920. Les deux recensemenls décadaires précédents ne portent pas cette mention.

comparaison que sur les nombres absolus, nous constaterons que dans l'intervalle plus court el plus récent de 1860 à 1880, le Royaume-Uni et les Étals-Unis ont marché d'un pas à peu près égal; l'accroissement ayant été de 1,241,000 personnes aux États-Unis, tandis qu'il était de 1,189,000 dans notre propre pays. Ce l'ait est remarquable à plus d'un égard : il prouve que l'ancien centre de l'énergie productive de la race anglo-saxonne est tout aussi vigoureux et progressif que le nouveau. Il prouve aussi que, avec un sxstème économique diamétralement opposé à celui des Etats-Unis, l'Angleterre a obtenu des résultats au moins aussi satisfaisants que sa grande rivale de l'autre côté de l'Atlantique. Nous disons au moins aussi satisfaisants, parce qu'il ne faut jamais oublier qu'aux États-Unis la population, et en conséquence les besoins de chaque jour, a crû bien plus rapidement que celle de l'Angleterre, si bien que le progrès de l'industrie manufacturière chez les Américains a eu pour but principal de subvenir aux besoins indigènes, tandis que chez nous il s'est surtout manifesté par une augmentation d'exportation.

11 serait intéressant et instructif.de pouvoir comparer l'accroissement de la population manufacturière des divers pays avec l'accroissement du produit de leurs manufactures, nous serions mis à même, de calculer approximativement l'avancement relatif en capacité industrielle de la population ouvrière de ces pays. Il est en effet important de ne pas oublier que le seul accroissement du nombre des employés ne répond pas nécessairement à un accroissement proportionnel des produits du travail. Les interruptions dans le travail journalier, les grèves, les chômages, les changements de procédés et de machines, les accidents qui surviennent aux machines, les crises commerciales, cl bien d'autres causes encore, tendent plus ou moins à troubler la régularité du travail, partout, mais dans certains pays plus que chez les autres. Nous ne connaissons aucun moyen d'arriver à l'évaluation de la valeur moyenne du produit annuel du travail d'un ouvrier che nous. 11 mois

est facile de dire quelle est la valeur moyenne des exportations de nos manufactures par ouvrier employé, dans Tannée d'un recensement; mais nous n'avons pas la quantité d'articles manufacturés consommés dans le pays, et il est impossible de le savoir.

Cependant aux États-Unis, les rôles du recensement donnent la valeur totale des produits manufacturés pour chaque année de recensement, et en divisant cette somme par le nombre des employés, le résultat nous indique que la valeur moyenne annuelle des produits du travail de chaque ouvrier, déterminée à l'aide de la valeur générale des produits manufacturés, s'est élevée, de 1,065 dollars en 1850, à 1438 dollars en 1860, puis à 2,182 dollars en 1870. La valeur du travail de chaque ouvrier a donc doublé dans ces vingt années. En 1880 la moyenne n'a été que de 2,105 dollars, mais ce déclin a été dû en partie, probablement, à la diminution des prix, qui doit évidemment influer matériellement sur le résultat; mais en somme il est certain qu'une grande part de l'augmentation entre 1850 et 1870 provient du progrès dans les procédés et les machines, qui assure une bien plus grande production pour un même travail.

Sur le continent européen, comme nous l'avons vu déjà, il y a bien plus de personnes engagées dans l'agriculture que dans les manufactures; mais ce nombre varie suivant les différents pays. C'est la Belgique qui, de toutes les nations de l'Europe continentale, a le plus grand nombre d'employés dans les occupations industrielles relativement àsa population. Après la Belgique, la France etl' Allemagne occupent les rangs les plus élevés comme pays manufacturiers. -Mais pour montrer combien la France est en retard sur l'Angleterre dans la production des principaux articles manufacturés, nous n'avons qu'à comparer les deux pays en ce qui concerne le nombre des ouvriers employés dans la fabrication des textiles. Le tableau sui- \;uit présente les chiffres officiels :

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