‹ La sœur de MaugrabinChapitre 2 sur 57 · IH-S · texte numérisé non relu

IH-S

in 2010 witii funding from

University of Ottawa

http://www.archive.org/details/lasurdemaugrabin02jaco

LES REPIIKSAILLKS.

Scliariar était sorti dit Taris jjai l.i porieele Bussy , sans ralentir le galop do la lia(|uenée, qui ne résistait [iliis à la main puissante; «le cet habile cavalier , et (pii respirait à pleins naseaux Tair frais du matin , embaumé des parfums de la \erdure.

Schariar, le cdiur gonflé de regrets au souvenir de la bourse , du diamant et des six II. 1

mille écus qu'il perdait en celte nuit funeste, n'avait pas encore senti un remords de l'assassinat de son frère; il pensait au contraire à profiter de cette mort pour s'emparer du commandement de la bande et continuer le métier qu'il avait fait toute sa vie ; il ne présumait aucun obstacle sérieux à son élection en qualité de chef , et il se jugeait seul capable de revendiquer la succession du Maugrabin.

Il se dirigea donc vers les champs de seigle dans lesquels devaient être cachés ses compagnons en l'absence de leur capitaine.

Mais, comme il traversait le Pré-aux-Glercs , les regards fixés en avant et toujours attristés par la vue du gibet abbatial qui semblait se multiplier pour eux, la haquenée s'effaroucha aux éclairs des armures qui reluisaient dans la plaine, bondit et se cabra avec une telle impétuosité , que son cavalier faillit être désarçonné : c'étaient les gardes du duc de Sully , précédés de Morabba et de Henri IV .

Schiiriar eut assez de force de corps pour

LES REPRËbAlLLEb. S

^. tonir en selle, et assez de présence d'esprit puiir laisser s'emporter sa nionturo tlTaréo, sans la contraindre à passer outre en allant droit à cette troupe étincolante, (|u'il avait lieu de redouter d'ailleurs plus ipic la ha(|uenée; il parvint à calmer la peur de cette jtiment, au moyen d'un détour ipii lui permit d'éviter le reiletde lu lumière 8ur les cas<|ue$ et les cuirasses; mais ce détour le rapprocha de la trou[)e armée, en tétc de latpielle il reconnut sa sœur, qui l'avait aussi reconnu de plus loin, et i)ui était en proie à de poignantes angoisses.

Dénoncerait-elle son frère et vengerait-ello Alcanzor sur le meurtrier <|u'elle eût voulu sauver dans toute autre circonstance, au prix de son propre sang? Morabba luttait avec les sentimensles plus violens et les plus op|K)sés : son ceL'ur battait si tumultueusement ijue le roi s'en èuiut, car un des bras de Henri IV s'était gliss<' autour de la taille de sa protégée, sou8 prétexte de la soutenir dans la marche, et len

pulsations de ce cœur désordonné retentissaient jusqu'au sien.

— Ma iille , vous tremblez comme si vous aviez la fièvre, lui dit Henri IV en la caressant de la main sous le menton : est-ce que vous m'auriez joué d'un tour? je ne vois point nos duellistes, quelque part que je porte les yeux ! Ce quidam qui chevauche en vous regardant, belle, n'est pas M. de Guise ni M. de Créqui, si j'ai bien la visière nette?

— Nenni , Monseigneur; je ne connais point ce cavalier, reprit-elle en faisant un effort pour mentir : c'est quelqu'un de la suite du duc de Guise.

— Ventre saint-gris! je louerais peu mon cousin de Guise d'avoir de semblables harpailles à son service! Voyez, ma fille, il a la mine d'un soudard de buisson ! Je ne sais ce qu'il fit de son chapeau , ce bel amoureux qui vous convoite du regard; rendez grâce à Dieu d'être en notre compagnie plutôt qu'en la sienne?

LES IlEPntSAILLF.S. 5

— Garde à vous! s'écria Sully, qui observait avec déliance les niou\emens de Schariar, et qui avait été frappé de la sinistre physionomie de cet inconnu : voici un ennemi qui nous vient reconnaître. Halle ! baissez vos pi^jucs , placez-vous sur deux rangs! Trompette, vous sonnerez l'alarme en cas (pi'on nous alLupie? Siro, ajouta-t-il en abordant le roi , je vous avais bien déclaré qu'on en voulait à votre personne !

— Mon ami, ne vous épouvantez pas d'une ombre , rc[>artit Henri IV qui lui tendit la main en souriant : l<s gen<^ qoi s'enfuient sont peu à craindre.

— Schariar! traître, tVaticide, s'écria tout à couj) Morabba saisie d'une insjMralion frénétique, qu'as-tu fait d'Alranzor ?

— Sire, ne voyez-vous |)as qui* rett<i ItMnme est 4'n démence, dit M. de Ikilluineà l'oreille du roi : elle nous mène dans quelque embûche.

— Schariar! cria encore Morabba, qui n'avait pas reçu do réponse do Schariar pitpianl

des deuK et presque hors de la portée de cette voix prophétique. Schariarl Gain qui occit Abell infâme et abominable assassin! je te maudis par l'air, l'eau , le feu et la terre ! Malheur, malheur à toi!

Morabba , en prononçant cette malédiction avec un accent terrible , fondit en larmes et tomba mi-pâmée dans les bras de Henri IV.

Cependant Schariar, qui avait senti un frisson mortel courir dans ses veines et pénétrer jusqu'à la moelle de ses os en écoutant les cris menaçans de sa sœur, commençait à se remettre de cette impression pénible, lorsqu'il entra dans les champs de seigle où les épis avaient la hauteur d'un homme debout.

H entendit le sifflement aigu qui servait de signal à la bande du Maugrabin , et soudain le seigle s'agita en tout sens avec un concert de silUcmens que n'eût pas su imiter une famille de vipères : une tête parut, puis deux, puis dix , puis vingt se montrèrent noires et grima-

Page 1