‹ La sœur de MaugrabinChapitre 4 sur 57 · I.F. nîAMWT · texte numérisé non relu

I.F. nîAMWT

— Je sais, Monsiour, qiio je devrais vous envoyer à la Biistille et vous faire faire votre procès |>our rapt au premier clief ! continua le roi d'autant plus mécontent d une allusion aussi directe à ses amours, cprelle s'appliquait à la situation présente. Mais je veux vous mieux traiter en considération de vos services passés et de ceux que vous me rendrez à l'avenir. Ouand je vous envo}ai avec M. de l$iron m Angleterre, vous avez Lien fait votre commis* sion et je ne vous en ai point récomjKiisé comme il faut : M. de Sully vous déli\rera donc vinj^t mille pistoles^sur mon épargne...

— Où voulez- vous que je les frappe ? grommela Maximilien de Ik^thune.

— Mais demain vous retournerez en Danjiliine jusqu'à ce (jue je vous rappelle jiour vous créer raestre-de-eamp ilu régiment de mes gardes : si vous reveniez ici sans être mandé, je \oub punirais comme un rebelle

— Dieu soit loué! dit Morabba , souriant à M. de Guise.

— Mon cousin de Lorraine, continua le roi d'un ton qui marquait assez sa résolution irrévocable , vous partez ce soir pour votre gouvernement de Provence, où les factions espagnoles se remuent, m'écrit-on. J'ai toujours eu la pensée de vous rendre la charge de grand-maître de France que votre père occupait et qui convient à un si fidèle serviteur que vous êtes.

— Sire, vos bontés passent mes mérites, dit Charles de Lorraine que cette espérance mit au comble de la joie, et je regrette de n'avoir pas deux vies pour les consacrer à votre service.

— Vous , ma fille , vous resterez avec moi , ajouta le roi en s'adressant à Morabba qui se félicitait toutbasd'accompagner le duc de Guise en Provence. Je ne vous laisserais aller, pour une part de ma couronne !

— Sire! murmura-t-elle consternée. Monseigneur î reprit-elle avec des regards et des gestes supplians que Charles de Lorraine feignit de ne pas remarquer, pour ne point s'exposer à une disgrâce au milieu de la faveur la plus écla-

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lanlf». D('*clnroz au roi ce qur vous m'avez promis? Annoncez-lui «piejevous suivrai à l'oxtrémiléde l'univers î

— Morabba , le roi est très-obsliné en ses desseins, lui n*pondil le duc de Guise partagé entre l'amour et l'amhilion : il ne faut \x\s les heurter en face, sous peine de se briser; je suis d'avis d'attendre une occurrence plus propice, et nous ne serons longuement séf^arcs...

— SéjKirés î dit-elle avec amertume. Fsl-ce là de votre amour , Monseigneur?

— Ma belle, Je t\aime toujours de meilleur cœur!... Mais,l(pihez, reprit-il m sr flattant «le la distraire cl de l'éblouir aux feux du diamant ipi'il relira des mains de M. du llaind pour le mettre dans les siennes; celte Iwg^ieest à vous, ainsi (|u'il a clé convenu entre M. de CrtMpii l'I moi. Gardez-la, je vous y convie, en mémoire de cette journée el surtout «le celte nuil !

— Ali! merci , Monseigneur! dil-cUe d'une voix étrange, en l'acceptant et en la i>ortant à ses lèvres, dés qu'elle !'« ut placée ù son doigl

avec un certain effort résultant d'une pression qu'on pouvait attribuer à un frémissement nerveux. Je la garderai jusqu'à ma mortj et, ce terme arrivé , je désire qu'elle retourne à M. deCréqui, pour lui remémorer pareillement cette journée , et aussi son beau combat avec don Philippin.

— Ventre saint-gris ! interrompit le roi qui redoutait quelque intelligence entre les deux amans, ne vous gênez pas pour parler haut devant moi : je vous tiendrai le secret !

— Sire, nous nous faisons^pos adieux! répondit Morabba , dont les yeu^iagards étaient remplis de larmes. r rj

Tout à coup un cheval emporté, qui, traînant un objet informe et laissant une trace de sang sur son passage, avait traversé le Pré-aux- Glercs, se jeta en hennissant à travers les gardes de Sully, et s'arrêta hors d'haleine, les naseaux fumans, les yeux enflammés, la bouche écumante, devant M. de Créqui.

— C'est mon cheval ! s'écria le sire de Cre(|ui avec une grimace si^nilicalive.

— C*esl mon frère Schariar ! s'écria Morabba en s'agcnouillant près du corps défiguré que la haquenéc ramenait à son maître. Alcanzor est vengé! ..

— Sire, vous voyez le principal auteur de celte galante aventure? dit le duc de Guise en montrant la jument (pii l'avait conduit de nuit chez Morabba.

— Monseigneur, priez Dieu i)0ur les morts de cette galante aventure! reprit Morabba d'une voix indistincte, en se roulant, avec de sourds gémissemens , sur le cadavre de son fn're : mon ame s'en va sortir de sa prison pour vous suivre en Provence, si le Ciel y consent, et alors M. de Crécpii héritera de la bague de don Phili|>pin, laquelle renfermait un beau talisman pour les infortunés, à sa\()ir un pnjsnn (jue je ne comptais plus essayer, après cette trop bienheureuse nuit'

44i LE DIAMANT.

Elle expira presque aussitôt, et, des trois personnes qui la pleurèrent , Henri IV ne fut pas le moins sensible à une perte qu'il se repentait d'avoir causée involontairement. Il regretta long-temps la sœur du Maugrabin.

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