‹ La Surcharge Alimentaire: Cause D'intolérance Gastro-IntestinaleChapitre 11 sur 26 · AAA · texte numérisé non relu

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avec {ympanite, météorisme el vomissements répétés : la mort est alors la terminaison la plus habituelle.

Que devient, cependant, l’état général de l'enfant ? I est bien évident (lanatomie et la physiologie des organes digestifs nous l’ont appris) que l’assimilation et la nutrition ne peuvent se faire bien. Des savantes recherches d'Albert Robin (1), il résulte que chez le nouveau-né en état de santé et bien alimenté la capacité globulaire va constamment en augmentant, pendant que la masse du sang diminue; au lieu que la surcharge a pour effet de renverser ce rapport. Il se produit donc,

de ce fait, et fatalement — même si l’enfant engraisse (et. surtout s’il engraisse) — un affaiblissement particulier. |

Comment se traduit cette Çanénue dyspeptique » ? L'enfant, en général, n’augmente plus dans les mêmes proportions, après avoir subi souvent un accroissement inquiétant, Il se produit un temps d'arrêt dans sa courbe : au lieu de 25 à 30 grammes par jour, 1l n’en gagne plus que 15, 10, elmême 8. Souvent son poids reste stalionnaire, il n’est pas rare, enfin, qu'il diminue.

Y at-il parfois élévation thermique ? Non, ou du moins cela est tout à fait exceptionnel : la fièvre de digestion, dont nous parlerons plus loin, n'est en eflet, dans la généralité des cas, qu’un épisode aigu

(1) Journal de Thérapeutique, 1878.

stirvenantau cours d'une dyspepsie chronique, en partieulier de la gastrectasie.

Disons maintenant un mot seulement du pronostic des accidents que nous venons dé passér eñ revue. On admet en général — el non Sans raison — qu'une gastro-entérite aiguë non soignée (nous parlons, bien entendu, des cas les plus graves) aboutit en 10 à 15 jours à des lésions chroniques et durables. Que lPon songe, en effet, à la fatalité de ce cercle vicieux : un enfant est trop nourri, il vomit et à de la diarrhée ; done il maigrit, ou tout au moins il n’engraisse plus. Donc on Jui donne le sein plus fréquemment, donc aussi sa soif est plus intense et il prend davantage. Résultat : pour le guérir d’être suralimenté, ‘on le suralinente encore. Nous allons voir quelles sont les conséquences de cette surcharge incessante et répétée.

2 Accidents chroniques. — Nous avons dit que l'estomac surchargé finit par se fatiguer. L’appétit alors diminue, les digestions deviennent lentes, pénibles et douloureuses : c’est une forme de dyspepsie prolongée (Comby).

Elle se caractérise d'abord par des vomissements de lait, assez analogues à ceux que nous avons signalés parmi les accidents aigus : nous n’y reviendrons done pas. Mais — chose curieuse — ces vomissements, au début au moins, s’accompagnent de constipation, toutes les substances ingérées se trouvant évacuées par la voie

buccale. Ce nest que plus tard — au bout de 15, 20

jours et plus — qu'apparait la diarrhée, qui est assez

souvent dela diarrhée verte (élément infectieux s’'ajoutant alors au simple facteur mécanique).

Comment se manifeste cette gastro-entérite chronique ? Nous pensons, avec le professeur Bouchard (188/), que le mot dyspepsie exprime, premièrement, Pidée de dilatation de l'estomac. Nous avons dit ailleurs ‘à uotre paragraphe Pathogénie) combien il est fréquent. de constater, à l’autopsie des jeunes enfants, la distension non seulement de l'estomac, mais aussi du côlon et de l'intestin tout entier (Marfan). Suivant Moncorvo (Rio-de-Janeiro, 1883), celle-ci dériverait, le plus souvent, ou du paludisme, ou de l’hérédo-syphilis. Nous apercevons mal le lien qui peut unir entre elles ces maladies, et il nous paraît beaucoup plus rationnel d'admettre (puisque l’anatomie pathologique Pa prouvé) que Porigine de la gastrectasie est, dans la plupart des cas, mécanique, et se résume dans la surcharge incessante et répétée (Comby). (

Quel est le moyen clinique de reconnaître, sur l’enfant vivant, cette ectasie gastrique ? La percussion abdominale, dès le premier âge, fait entendre, au moins après le répas, un bruit de clapotement dans un espace variable, dont l'étendue indique assez bien celle de la surface stomacale accessible. L'estomac est dilaté, d'après le professeur Bouchard, quand la limite inférieure du clapotage dépasse le milieu d’une ligne menée

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des fausses côtes gauches à lombilic. Si lon admet celte limite, on verra combien est fréquente chez lenfant la dilatation de l'estomac. Nous Pavons, pour notre part, constatée deux fois au moins, très nettement, à la consultation de Phôpital des Enfants-Malades, chez des nourrissons suralimentés.

Le ventre est, au début, sensible, ballonné et dur : 1] ya distension de l'intestin par les gaz résultant des fermentalions anormales — done :tvmpanite. Plus tard, ilse déprime et devient flasque, mou, étalé (ventre de batracien), parfois même concave (Dieulafoy). L

I n’est pas très rare de voir survenir dans ces conditons de lentérite muco-membraneuse. s’agit en général d’une entéro-colite folliculaire (Huunel), procédant par poussées, qui s'accompagnent de fièvre et de signes d'infection intestinale : vomissements alimentaires, muqueux, bilieux, verdâtres, selles fétides, glaireuses sangumolentes, douleurs abdominales très vives, au niveau surtout du côlon et du cœeum, pouvant simuler dans certains cas une appendicite. On voit que cette entérite de la première année se distingue par ces deux caractères, qu’elle est à la fois hyperthermiqueethypertoxique, au lieu que plus tard elle évolue, comme chez l'adulte, dans l’apyrexie presque complète et souvent en l’absence de toute réaction générale.

L'évolution de la dyspepsie chronique, si d'aventure elle n’est pas soignée, est plus intéressante encore. Peu à peu, souvent presque insensiblement, il se développe

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une cachexie gastro-intestinale chronique et progressive. Les enfants trop nourris deviennent trop gros'et trop gras, leur ventre est énorme ei proéminent, à la façon d'un ventre de bouddha ; mou {gros ventre flasque de Marfan) où résistant (gros ventre ballonné). Leursselles sont de plus en plus rares, dures, blanchâtres, sèches, plâtreuses (Martan). Ils cessent de se développer normalement :ilse fait unarrêt dans leur augmentation. Leur estomac surmené, comme nous l'avons vu, ne fonctionne plus : il se produit, fatalement, de l’autophagie, qui détermine un amaigrissement extrême et un refroidissement progressif. Les tissus deviennent mous et-inconsistants : la chair, suivant une expression habituelle aux parents, semble « perdre de sa fermeté » (H.de Rothschild): La peau se:plisse, les joues se creusent, le faciès devient sénile où même simiesque. Ces enfants réalisent, en'un mot, tout le tableau de lathrepsie, si magistralement iracé par le professeur Parrot.

Qu'on n’aille pas croire que nous exagérons. De nombreuses autopsies ont montré qu'un tel état est lPabouüssant ordinaire de la dyspepsie par suralimentation. On à trouvé l’éstomac dilaté chez la plupart des athrepsiques (c’est ainsi qu'un enfant de six semaines, mort athrepsique dans le service de Comby, avait une capacité gastrique de 210 cc., au lieu de 6o où 70, comme

chez l'enfant sain du même âge). L’hAypernutrition, si

on n'intervient pas, aboutit donc, presque fatalement à

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la dénutrition, c’èst-à-dire à l’athrépsie (; privatif, 6gepie,

nourriture.)

Au cours de cette déchéance progressive, 1l n’est pas rare de voir survenir des épisodes aigus, généralement déterminés par un changement de température. Nous avons dit déjà quelle est, à notre sens, l’action de Ja chaleur : elle rend les ferimentations intestinales plus intenses, les micro-organismes plus virulents,, leurs loxines plus actives. Elle est donc bien souvent l’occasion d'une diarrhée grave et parfois mortelle — et, bien souvent aussi, c’est elle qui vient, de cette façon, déceler l’existence d’une dyspepsie passée jusqu'alors inapérçue.

C’est aussi chez ces enfants dyspeptiques que peut survenir, dans quelques cas très rares (elle est fréquente seulement après trois ans), une ou deux heures après la tétée, une légère élévation thermique — que son allure intermittente à fait confoudre, par plusieurs auteurs, avec une mamfestation de Ja malaria. Cette fièvre de digestion (1) s'observe chez des enfants gros mangeurs, grands buveurs, et présentant presque tou- Jours, des symptômes de gastrectasie : nous n'avons donc pas tort de lui assigner la surcharge pour étiologie.

(1) Charrin. Journal dechimie, 1889 — Comby, Médecine moderme, 18938.

Pronostic. -—, Quelle est la destinée ultérieure des -Hourrissons suralimeniés ? D'abord il est bien évident que la rapidité de leur croissance, et l'épuisement qui, latalement, en résulte, en font un terrain de culture excellent pour les infections, non seulement de l’intes- Un, mais de tout Porganisme (la: barrière qu'oppose. à l'envahissément microbien. la muqueuse intestinale n'étant que trop aisément franchie).

Mais ce n’est pas tout : l’hypernutritiou peut créer « une dystrophie élémentaire primitive » (Bouchard). Quelle que soit l’activité et la puissance de rénovation moléculaire chez les jeunes organismes, il est prouvé qu'ils peuvent contracter des dyscrasies durables sous la seule influence d’uné suralimentation prolongée Comby}, Cest là sans doute l'origine la plus ordinaire des diathèses non héréditaires. Cette filiation ne fait aucun doute pour le rachitisme ; il est très probable qu'il en est de même pour la scrofule et le lymphatisme acquis.

Enfin, et bien que ce soit peut-être sortir un peu de notre sujet, nous croyons ne pouvoir mieux démontrer l'influence de l’alimentation de lenfant sur l’évolution de l’adulte, qu’en rappelant les faits si intéressants signalés et commentés, il y a longtemps déjà, par le chimiste éminent qu'est M. Albert Robin (1). Ia vu la suralimentation féculente ou sucrée, d’une part, et de l’autre la suralimentation azotée (en particulier par du

(1) A, Robin. Journal de thérapeutique, 1838.

lait de chèvre trop riche en caséiné) devenir lorigme : dans le prémier cas, du diabète sucré, dans le second, de la gravelle urique ! |

Nous pensons, après tout ce qui précède, être en dtrbit de conclure, avec le professeur Bouchard : «Les substances les plus essentielles à la constitution du corps hüinain peuvent devenir nuisibles quand'elles s’accu-

mulent. »

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