PREMIÈRE PARTIE. - CHAPITRE IX
monde. Il n’y a qu’un seul paragraphe que nous ne saurions approuver et qui, même, nous fait réfléchir douloureusement sur le compte de mademoiselle Pothier : c’est celui où elle conseille à son élève « de ne pas même entretenir dans son cœur le désir du mariage, attendu que le mariage est le plus grand malheur qui puisse lui arriver sur la terre. » Elle prétend que les enfants reçoivent, avec la vie, les infirmités de leurs parents, et que, par conséquent, son élève donnerait le jour à des enfants sourdsmuets comme elle.
Le conseil que donne ici mademoiselle Pothier repose sur une erreur de fait : nous prouverons que la surdité n’est pas héréditaire, et, en attendant que nous offrions au lecteur des exemples rassurants des suites du mariage des sourds-muets, hâtons-nous de citer les réflexions que ce conseil a inspirées à M. Édouard Morel, rédacteur des circulaires : * Pourquoi inspirer à de malheureuses créatures de l’aversion pour une union qui peut adoucir leur sort, en la leur présentant comme une sorte de malédiction? Sans doute, l’infirmité qui afflige une sourde-muette, rendra bien rares pour elles les chances du mariage; mais, lorsque le cas se présente, pourquoi la faire reculer par un faux scrupule de conscience? Une sourde-muette, mère de famille, est certainement moins à plaindre qu’une sourde-muette abandonnée dans la société et sans liens de famille. »