‹ La surdi-mutité (volume 2)Chapitre 114 sur 221 · PREMIÈRE PARTIE. -CHAPITRE X · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. -CHAPITRE X

de la morale, qu’on lui révèle l’existence d’un Dieu plein de bonté ; et cet être sauvage, nuisible aux autres, à charge à lui-même, devient un membre actif et utile de la société, à laquelle il paie avec usure tout ce qu’il en a reçu. Alors, les Massieu, les Clerc, les Ferd. Berthier, les Claudius Forestier, ont des émules et des successeurs; alors, leur noble intelligence ne paraît plus une rare exception ; tout en restant des hommes d’élite, aussi distingués par le cœur que par l’esprit, on. voit, après eux, autour d’eux, s’élever une intéressante et laborieuse population ; et les germes heureux qu’elle renferme dans son sein, fécondés par la culture, donnent, enfin, des fruits dont s’enrichit l’avenir.

» Mais, pour arriver à ce résultat si éloigné et si désirable, il faut que le sourd-muet ne soit pas, comme à présent, abandonné à lui-même, ou, ce qui est presque la même chose, laissé, sans secours, aux soins trop insuffisants d’une indigente famille. ïl faut qu’il ne soit plus, sous le rapport de l’éducation, en dehors de la loi commune, et qu’on voie, enfin, cesser la fatalité singulière par laquelle près de vingt mille français sont privés des bienfaits de l’instruction primaire, à laquelle ils auraient pourtant un droit plus incontestable, s’il se peut, que tous les autres, puisque, pour les sourds-muets, ce n’est pas seulement un moyen de plus d’aider au développement de leurs facultés, c’est le seul moyen possible de les amener à disposer, d’une manière utile pour eux, profitable pour la société, du présent que le ciel leur a fait en leur donnant la vie. »

Statistique des institutions françaises de sourds-muets.

« Il existe en France, dit M. de Watteville, 43 institu-

tions de sourds-muets, situées dans 31 départements. Ces diverses institutions renferment seulement 1,576 jeunes gens, des deux sexes. Les filles n’entrent dans ce chiffre que pour un tiers environ.

» Deux de ces institutions sont à la charge de l’État et prennent le titre d’institutions nationales : l’une est à Paris; l’autre, à Bordeaux.

» Neuf sont dirigées par des professeurs laïques.

» Trente-deux sont dirigées par des ecclésiastiques ou des corporations religieuses. »

Déplorable manque d'uniformité dans leur enseignement.

« Il est fâcheux d’avouer, ajoute M. de Watte ville, que l’uniformité ne règne pas dans le mode d’enseignement des deux institutions nationales, et encore moins peutêtre dans celui des neuf institutions dirigées par des professeurs séculiers. Et, cependant, si jamais l’ordre et la méthode, ces grands et uniques moyens de classer les idées, furent nécessaires, indispensables même, n’est-ce pas dans l’éducation de ces infortunés auxquels on ne peut transmettre les connaissances qu’avec lenteur et plutôt par l’analyse que par la synthèse ?

» Depuis cinquante ans, des réformes totales ou des améliorations partielles ont été, ou accomplies, ou tentées, dans toutes les parties de l’administration générale en France. Seule, peut-être, pendant ce long espace de temps, l’éducation morale et intellectuelle des sourdsmuets est restée stationnaire ; et, s’il n’est pas donné à l’homme de s’arrêter, soit dans le bien, soit dans le mal, n’ayant pas avancé, il s’ensuit nécessairement qu’elle a dû rétrograder. Par quelle fatalité une classe entière de

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