‹ La surdi-mutité (volume 2)Chapitre 115 sur 221 · PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE X · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE X

nos concitoyens a-t-elle été soustraite au mouvement intellectuel, si puissant et si général, imprimé au pays depuis la fin du siècle dernier? Objet de la vive sollicitude de plusieurs hommes de bien, le sort du sourd-muet a également attiré l’attention du législateur; mais leurs efforts réunis n’ont pas encore amené pour ces infortunés un résultat satisfaisant ; et, si tout n’est pas à faire, du moins est-il permis de dire que tout ce qui a été fait jusqu’à ce jour se borne à de simples essais, auxquels il est temps de substituer un état de choses plus stable et plus étendu. »

Urgence de placer les écoles de sourds-muets dans les attributions du ministère de l’instruction publique.

« Aujourd’hui, dit M. de Watteville, c’est au ministre de l’intérieur qu’appartient la direction et la surveillance des établissements consacrés à l'enseignement moral et intellectuel des sourds-muets. Si l’État, au lieu d’avoir seulement deux institutions de sourds-muets à sa charge, administrait, aussi, les quarante-un établissements consacrés à leur instruction , il pourrait avoir un personnel suffisant de professeurs, de directeurs, d’inspecteurs spéciaux des éludes, tandis qu’actuellement, il faut le dire, sauf quelques honorables exceptions, le personnel qui se consacre à l’instruction des sourds-muets, est d’une médiocrité, ou plutôt d’une ignorance vraiment désespérante pour l’avenirdes malheureux qui lui sont confiés.

» Enfin, et pour dire toute notre pensée, nous croyons qpe les institutions de sourds-muets devraient, pour progresser sous le rapport de l’enseignement, être placées dans les attributions de M. le ministre de l’instruction publique. Sous le rapport administratif, elles ne

peuvent, sans doute, être mieux dirigées que par le ministère de l’intérieur. Mais, dans ce ministère, personne ne s’est occupé d’enseignement, personne ne peut donc proposer, avec la certitude que donnent l’expérience et la pratique, les changements ou améliorations qui, de l’aveu général, sont devenus indispensables. Et, d’ailleurs, il n’y a pas de raison pour que les institutions de sourdsmuets soient plutôt placées parmi les établissements de bienfaisance, que nos lycées; car, si l’éducation est donnée gratuitement par les uns, elle est également donnée dans les autres au moyen des bourses accordées à la majorité des élèves qu’ils renferment. Enfin, il est peu convenable , peu digne d’une grande nation, de mettre l’accomplissement d’un devoir dans les attributions de la charité; car l’éducation primaire est due aux sourdsmuets aussi bien qu’à tous leurs jeunes concitoyens parlants; et, avec juste raison, les écoles primaires gratuites ne sont pas classées parmi les établissements de bienfaisance. »

Coup-d'œil sur la part que prennent le clergé et les corporations religieuses à l’éducation des sourds-muets.

Puisque l’éducation des pauvres sourds-muets est, le plus ordinairement, laissée aux soins de la charité, il est naturel que d’honorables ecclésiastiques et des corporations religieuses s’en emparent. Et ce n’est pas une œuvre des moins méritoires aux yeux de la Divinité que de répandre dans les âmes obscurcies par l’ignorance la connaissance de Dieu, la lumière de l’esprit et les aspirations vers la céleste patrie. La religion qui a pour mission, ici-bas, de verser un baume salutaire sur les plaies de l’humanité, en fait un devoir sacré aux ministres de ses saints autels.

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