‹ La surdi-mutité (volume 2)Chapitre 127 sur 221 · PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE X · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE X

l’esprit de charité qui est l’âme de son ministère, sera toujours, comme l’ont démontré tant d’exemples que je pourrais citer, un fort bon chef d’enseignement dans une institution de sourds-muets.

» Mais ce qui distingue ces institutions entre toutes, et leur méritera, nous osons l’espérer, l’affection de tout vrai philanthrope, c’est la charitable générosité avec laquelle elles s’ouvrent aux sourds-muets indigents. Les religieuses du Bon-Sauveur consacrent leurs ressources à une œuvre, généralement dotée ailleurs par l’État ou par les départements , et admettent au bienfait d’une éducation totalement ou en grande partie gratuite, non-seulement les sourds-muets pauvres du Calvados et de la Normandie, mais quelquefois aussi ceux des provinces voisines, ou même éloignées, qui réclament une part à cette prodigalité.

» Les soins si bien entendus et si généreux que les sourds-muets trouvent au Bon-Sauveur, ne se bornent pas au temps que dure le cours d’instruction ; ils seraient insuffisants pour quelques-uns de ces infortunés ; car, dans un si grand nombre d’élèves, il en est toujours plusieurs qui, à raison, soit de leur position de famille ou de l’isolement absolu qui les menacerait plus tard, soit de quelque infirmité morale ou physique (outre celle qui nous les amène), se trouveraient hors d’état de subsister de leur travail, ou seraient exposés à quelque danger grave en sortant de la maison. On les y garde donc et on leur donne une occupation pour le reste de leurs jours : près de quarante anciens élèves, dont la plupart sont des filles, jouissent aujourd’hui de cet inappréciable avantage.

» Quoique bien pâle et fort incomplet, ce tableau des

services rendus par l’abbé Jamet à la cause des sourdsmuets est cependant assez fidèle pour qu’ils puissent y reconnaître encore un de leurs plus signalés bienfaiteurs ; et, pourtant, ce qu’il a fait pour eux, nous devons le rappeler en finissant, n’est que la moindre portion des charitables labeurs dans lesquels s’est consumée sa noble et pieuse existence. »

Ainsi s’exprimait ce bon M. Gruel dont nous déplorons la perte récente. C’était un ardent ami des sourds-muets, qu’une vocation irrésistible entraînait vers eux, qui leur avait consacré son temps, son savoir, sa fortune, se constituant proprio motu, et à ses frais, l’inspecteur général bénévole des études de bon nombre de leurs écoles, quand, depuis tant d’années, les divers gouvernements qui se succèdent en France, repoussent, on ne sait pourquoi, cette création urgente et celle d’un médecin spécial, comme nous l’avons le premier signalé, chargé d’examiner les enfants auxquels on pourrait rendre l’ouïe et la parole. Ces deux créations pourraient relier entre elles ces institutions éparses et isolées, leur imprimer une direction nouvelle, une méthode uniforme, et substituer le progrès à la routine et à l’arbitraire.

Nous aussi, nous avons eu d’assez fréquents rapports avec l’abbé Jamet, il y a douze à quatorze ans; et c’est son touchant exemple ( nous nous faisons un devoir de reconnaissance de le proclamer), qui nous a déterminé à nous vouer au soulagement de ses enfants d’adoption. Notre conscience nous a forcé, bien malgré nous, à blâmer sa méthode, mais jamais nous n’oublierons l’homme de bien, l’instituteur dévoué, la providence de ces innocentes créatures.

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