‹ La surdi-mutité (volume 2)Chapitre 18 sur 221 · Partie historique.—Condition dn «oard-mnet dans l’Antiquité · texte numérisé non relu

Partie historique.—Condition dn «oard-mnet dans l’Antiquité

Dans presque tous les temps, chez presque tous les peuples, le sourd-muet a été la victime des plus cruelles, des plus injustes préventions. Ce serait une bien longue et bien triste histoire de réprobation et de souffrance à écrire que celle de ces infortunés.

L’Antiquité, dominée par ce préjugé funeste qu’une propriété secrète, mystérieuse, exclusive, est attachée à la parole comme seule voie d’expression et de transmission de la pensée, rejetait, sans pitié, ces malheureux du sein de ses sociétés.

Dans les cérémonies consacrées au terrible Teutatès, on entendit souvent monter aux cieux le cri de bien des Rachels, inconsolables de ce que leurs enfants n’étaient plus; et leurs enfants n’étaient plus parce qu’ils avaient vu le jour, privés de l’ouïe et de la voix; le couteau qui coupait le gui sacré, tranchait aussi leur vie. C’était, d’ailleu r s, un usage reçu chez différentes nations de ces siècles reculés, d’exposer à l’intempérie des saisons tout être humain, venu au monde avec une infirmité quelconque.

A une époque plus voisine de nous, et même de nos jours

encore, ne voit-on pas, dans les villes si populeuses de la Chine, des milliers d’enfants exposés, chaque année, sur la voie publique , y périr faute de secours, quand ils n’y deviennent pas la pâture des pourceaux et des chiens affamés, ou qu’on ne les amoncèle pas dans les tombereaux avec les immondices de la rue?

Blppoerate—Aristote.

Hippocrate, dans aucun des écrits qui passent pour être les productions légitimes de son génie, ne fait mention de la surdi-mutité. Cette infirmité paraît avoir échappé à son esprit investigateur. On trouve seulement dans le livre des chairs, qu’on attribue à sa famille ou à ses disciples, une exposition assez exacte du mécanisme de la voix et de la parole, et le passage suivant emprunté à la version de Foës : quodnisilingua, suosemper appulsu, formaret, non dislinctè homo loqueretur, sed singula unam naturâ vocem ederent, cujus rei indicio, sunt muti, à primo ortu qui distincte loqui nequeunt ; sed solam vocem edunt.

Les Grecs rangeaient dans la classe des idiots et des imbécilles les sourds-muets, les considérant comme privés de toute aptitude au développement moral et intellectuel des autres hommes. Aristote, ce prince des philosophes, après avoir admis les signes de convention servant de langage aux hommes, après avoir défini le nom une voix significative par convention (1), ne corrobore-t-il pas, inconséquent avec lui-même, l’anathême de ses contemporains de sa puissante sanction, quand il déclare le sourd-

, t ) Traité de l'Interprétation. Première partie.

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