‹ La surdi-mutité (volume 2)Chapitre 34 sur 221 · PREMIÈRE PARTIE.—CHAPITRE K. S · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE.—CHAPITRE K. S

contre la méthode des gestes, il en est de non moins fondées que les arguments qu’on peut faire valoir en sa faveur; cette méthode, en effet, a ses inconvénients avec ses avantages ; car, à côté de l’usage, il y a l’abus. C’est avec une parfaite raison, sans doute, qu’on peut se faire le défenseur du langage mimique, en tant que moyen naturel de communication avec le sourd-muet, en tant que levier puissant pour mettre en jeu l’activité de son intelligence. Une pantomime, à la fois large et circonstanciée, se plie à l’expression de toutes les nuances de la pensée, et permet d’expliquer, dans une traduction fidèle, la valeur de toutes les termes et de toutes les tournures de nos langues. Il n’en est pas moins vrai que le langage des signes naturels a des allures et une syntaxe qui s’éloignent considérablement de celles de nos langues artificielles. Singulièrement elliptique dans les cas où la parole l’est le moins, la pantomime cesse de l’être quand la parole L’est davantage. Dans l’expression des idées particulières, celles d’individu ou d’espèce, soit qu’elles appartiennent au domaine du monde physique, ou à celui du monde moral, un geste unique représente quelquefois ce qu’on emploierait vingt mots à rendre par la parole, tandis que, pour les idées générales et abstraites, celles de genre et de rapport, il faut souvent de longues périphrases mimées pour rendre un seul terme de la langue parlée. Le génie spécial de la langue des gestes crée donc aux sourdsmuets une difficulté sérieuse dans l’étude de nos langues, et constitue même, pour certains sujets, un obstacle qu’ils ont peine à surmonter. Que si, pour éviter cet inconvénient, on veut ramener les gestes à la marche de notre langue, on les défigure et on leur fait perdre leurs qualités les plus préciesses. Us cessent d’être un langage naturel; ils ne vont

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plus directement à l'intelligence du sourd-muet. Ce n’est pltis qU’On système de signes conventionnels, qui lui rend ce qu’il y a dé défavorable dans la position de l’entendant, sans Ini offrir les nombreuses compensations que possédé celui-ci. Voire élève est, dès lors, amené souvent à accepter dès expressions inusitées dont, il ne saisit pas la valeur > et a sè payer dé signes artificiels, comme l’autre se paye de mots au lieu d’idées. Pour nous résumer sur cette matière* nous dirons que nul instituteur de sourds-muets ne peut se passer complètement de l'emploi des gestes, mais que l’on doit se garder de l’abus qu’il est possible d’én faire; et qu’il y a, enfin, ici, Gomme partout ailleurs, entre l’absence et 1’éXcès, te terme moyen d’un sain usage, que la difficulté consiste à saisir et à conserver. »

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