PREMIÈRE PARTIE.—CHAPITRE H. SM
il entra en apprentissage chez un relieur. C’est à vingt ans qu’il se lia, par hasard, avec un sourd-muet illettré, Italien de nation et domestique chez un acteur de la comédie Italienne, ia ccnloiinité d’infortune qui les unit, fut surtout utile à Deslçges; il apprit, dans la conversation de sonneur vel ami, l’usage des gestes naturels, qui ravivèrent seniutelr ligence en le rendant plus expansif, plus communicatif qu’il ne pouvait l’être auparavant 5 il devint la providence de tous ses compagnons de malheur, qui rédamaieutseB conseils et qui avaient recour s à ses services. Admirateur enthousiaste de l’abbé de l’Épée, il lui répugnait de voir contester la bonté de sa méthode et l’utilité du langage mimique. C’est alors qu’il publia cet opuscule, qui se recommande autant par la pureté du style, que par te justesse des aperçus, qui a mérité d’être cité par le savant Condorcet, et qui a valu à son auteur le titre pétrir vain étrange, (t)
ttilité du lac gage mimique comme moyen d'instruction.
—jugement sur les (artisans des gestes et sur ceux de la prononciation.
« Le langage mimique, dit fil. Pélissier, jeune professeur sourd-muei, dans une lettre au docteur Guersani (2;, est d’une importance incontestable dans l’instruction de mes frères d’mlortunej il en est la clef, l’arc-bouiant. Eu eiiet, l’important, le nœud de la difficulté, ne consiste-t-il pas à faire comprendre à nos enfants ce qu’on leur explique ? Et par quel moyen y parvenir, si ce n’est en parlant aux yeux pour arriver à l’intelligence de ceux dont aucun son a’a
(T) Voir tes papiers publics du temps.
-(£} Les Bouws-HHiets au XIX e siècle, brochure ta-8.
jamais frappé l’oreille? Par les signes, le sourd-muet comprend tout, comme il voit tout, absolument comme tout existe. »
Du reste, laissons encore parler ici M. Léon Vaïsse, à l’expérience consommée duquel nous ne saurions avoir trop souvent recours. « Si, parmi les instituteurs de sourdsmuets, dit-il, il y en a dont les méthodes ont pu, avec quelque apparence de fondement, être réputées distinctes, ce sont assurément, d’une part, celle où la pantomime est reconnue comme le moyen nécessaire d’enseignement, et, d’autre part, celle où la parole articulée est proclamée comme le seul objet essentiel. Toutefois, la différence qui existe entre ces méthodes, n’est pas, en réalité, ce qu’elle paraît être; elle ne réside pas dans l’emploi exclusif des gestes, d’un côté, et de la parole, de l’autre ; car ce sont là deux choses qui ne peuvent se suppléer mutuellement, ni remplir le même rôle ; l’un est un moyen, l’autre est un but. De chaque côté, quoi qu’on puisse dire , on est obligé, dès le début de l’instruction, de se servir de la pantomime pour parvenir à l’intelligence du sourd-muet ; la différence entre les deux méthodes ne consiste que dans le plus ou moins d’extension qui est donné à ce moyen de communication ; et les adversaires avoués de la méthode des signes ne sont pas aussi éloignés de ses partisans déclarés qu’ils veulent le paraître ; les premiers prétendent suppléer à l’emploi des gestes par celui des estampes ; mais ce dernier moyen, tout en restreignant l’autre, ne saurait le remplacer complètement ; et le fait est qu’on ne peut pas davantage s’abstenir de gesticuler en instruisant un sourd-muet, qu’on ne pourrait s’interdire de parler en instruisant un aveugle. Nous reconnaissons, cependant, que, parmi les attaques dirigées