‹ La surdi-mutité (volume 2)Chapitre 87 sur 221 · PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE VII

lesquels ils diffèrent ; nous ne mentionnerons que ceux de la taille et des qualités. Or, qui ne sait que la taille du tigre est plus haute que celle du léopard? Qui ne sait encore que la force du premier est supérieure à celle du second? »

Certes on ne peut pas donner aux élèves sourds-muets une instruction plus solide, ni mettre sous leurs yeux toutes les difficultés de la langue d’une manière plus ingénieuse et plus fructueuse. Il faut avoir assisté aux exercices des classes pour se former une idée assez exacte de cette manière d’instruire les sourds-muets. On y verra jusqu’où peut aller la sollicitude qu’inspire un si touchant apostolat, cherchant toujours à se multiplier selon que l’intelligence de l’élève est plus ou moins favorisée par le ciel. Là on montre à l’élève la tournure de la phrase dans tous ses aspects et l’expression de l’idée dans toutes ses nuances. Ces détails, inconnus dans nos lycées, et souvent dédaignés comme trop minutieux, sont pourtant la condition sinè quâ non suivant laquelle on parvient à initier le sourdmuet aux secrets de la lecture.

Ici s’arrête, pour le commun des élèves, le cours d’instruction de l’abbé Chazottes, avec le catéchisme, l’histoire grecque, l’histoire romaine, l’histoire de France, la mythologie et la science du calcul.

Alors, et cela arrive ordinairement, pour les uns, à la quatrième année, et, pour les autres, à la cinquième année du cours, la vocation de chaque élève se dessine, et il est temps de commencer l’apprentissage d’un métier. L’abbé Chazottes n’a pas la prétention de faire de tous ses élèves des hommes instruits. Il a la prétention plus noble, plus honorable, d’en faire des hommes utiles

ISO EXPOSÉ HISTORIQUE,

à leurs familles et de les mettre en état d’exercer une profession manuelle à leur sortie de l’école. La même sollicitude et le même dévouement qui ont veillé à leur éducation intellectuelle (si tous les efforts n’ont pas fructifié sur la plupart des sujets), sont souvent compensés par d’heureux succès en s’étendant à leur éducation physique. Le matin et le soir, aux heures de la salle d’étude seulement, il y a pour les élèves-ouvriers une classe de lecture, accompagnée de quelques exercices sur les principes de la morale et sur les parties techniques qui concernent leurs métiers respectifs. Pour cela l’abbé Chazottes a composé des cahiers sur les arts et métiers. Le dessin linéaire et quelques éléments de géométrie leur sont aussi enseignés. Tout le reste de la journée, c’est-à-dire depuis huit heures du matin jusqu’à cinq heures du soir, ces élèves-ouvriers forgent, rabotent, cousent, font jouer la navette des passementiers, confectionnent des ouvrages d e confortable et de luxe, qui sont commandés par les riches maisons de la ville, et font décerner, à la suite des expositions du Midi, des médailles d’encouragement à leurs chefs. On concevra sans peine qu’ils sont nécessairement en état de gagner leur vie dès le moment où ils franchissent le seuil de l’école bienfaisante qui leur a, durant sept années, tenu lieu de maison paternelle.

Quant à ceux que la fortune de leurs parents dispense d’exercer un© profession mécanique, ou qui sont destinés à quelque carrière artistique ou universitaire, on leur donne des leçons analogues à celles qu’on reçoit dans l’enseignement secondaire. Ils apprennent CIliade, la Jérusalem délivrée, le Paradis perdu, analysent Racine et Corneille, composent d’après les leçons de morale et de lit-

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