PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE VIII
» On dirait de vous que vous êtes comme la brute, puisqu’elle ne sait pas penser au ciel.
» Voulez-vous lui ressembler?
» Non certainement mes enfants.
» Hâtez-vous donc d’apprendre à prier Dieu.
» Voici un petit livre de prières;
» Je l’ai fait exprès pour vous.
» Je vous le donne, mes chers enfants. »
Outre le petit paroissien à l’usage des élèves de seconde année, M. Forestier a publié le Manuel du jeune sourd-muet ;pieux à l’usage des élèves de troisième année. Les ressources de la maison, qui sont excessivement exiguës, nous a-t-il écrit, ne lui ont pas permis de faire imprimer trois autres ouvrages qui ont pour titres :
4° Nomenclature méthodique traduite en images pour les commerçants.
2° Premier livre du sourd-muet à l’usage des élèves de troisième année.
3° Petite histoire sainte à l’usage des élèves de quatrième année.
Il a aussi achevé la première partie d’un Cours complet et méthodique d'enseignement pratique, qui comprend les deux premières années d’études du sourd-muet. « Cet ouvrage, dit-il, a besoin d’être revu une dernière fois. Je compte pouvoir le soumettre au contrôle des professeurs de l’Institut national de Paris dans le courant de l’année prochaine. »
Instruction et éducation des sourds-muets.—Opinion, sur ce sujet, de M. de Gerando.
Voilà donc un sourd-muet intelligent et dévoué, qui remplit consciencieusement son devoir, et poursuit silen-
cieusement dans l’ombre sa touchante vocation sans autre encouragement que la satisfaction intérieure de sa conscience d’honnête homme. Il a en vue l’éducation du sourd-muet avant tout, même avant son instruction proprement dite ; car cet infortuné n’a pas été seulement privé de connaissances positives, il a manqué des secours nécessaires pour former son caractère et cultiver son entendement; c’est la vie morale tout entière qui a sommeillé dans son sein. C’est son âme, en un mot, qui invoque et attend de favorables influences pour entrer en possession des dons que lui a destinés la bonté divine. La culture des facultés morales et celle des facultés intellectuelles, qui sont le but de l’éducation en général, préparent et facilitent les conquêtes de l’instruction qui profite de l’amélioration du caractère et du développement de l’esprit, et contribue encore au perfectionnement de l’un et de l’autre. Si l’instruction initie le sourd-muet à la connaissance de la langue et le fait entrer par là en possession de l’héritage de mille richesses intellectuelles, l’éducation le prépare à la destinée commune de tous les hommes, aux belles prérogatives de notre nature, aux affections de l’âme, aux trésors de la raison, au sentiment et à la pratique des devoirs, au culte religieux et aux nobles espérances qui s’y rattachent. Enfin, l’éducation met le sourd-muet en possession de ce noble patrimoine de l’humanité. « Il n’est, a dit le baron de Gérando, aucun sourd-muet auquel cette première éducation ne soit indispensable. Nous ne craindrons pas de le dire, c’est même un devoir, un devoir sacré pour les gouvernements, que de procurer, ou par eux-mêmes, ou d’une manière indirecte, mais de procurer, d’une manière quelconque,