DIMANCHE
de
Dessin.
Parole.
Parole.
[nstruction relig.
Dîner. Ilëcréation.
Calcul.
Calligraphie et formules du langage.
Histoire sainte.
Parole.
Lecture.
Calcul.
Géographie.
Mimique naturelle.
Calligraphie et formules usuelles.
Dessin.
Parole.
Parole.
Calcul.
llist. sainte.
Parole.
Lecture.
Religion.
Géographie.
Calcul.
Calligraphie et langage.
Dessin.
Parole.
Parole.
Calcul.
Géographie.
Mimique naturelle.
Calligraphie et langage.
Hist. sainte.
Parole.
Lecture.
Calcul.
Congé.
de
8à 9 9 à 10 loàli Il à 12 2à 3
Dessin,
Parole.
Parole.
Instit. religieuse.
Calcul.
Exercices de conversation entre les élèves.
Calligraphie et formules usuelles.
Parole.
Parole.
Lecture.
Calcul.
Histoire sainte.
Inspect. du journal
Calligraphie et formules usuelles.
Dessin.
Parole.
Parole.
Calcul.
Parole.
Parole.
Lecture.
Religion, llist. sainte.
Journal.
Calligraphie et langage.
Dessin.
Parole,
Parole.
Calcul.
Histoire sainte.
Conversation mut. Calligraphie et langage.
Parole.
Parole.
Lecture.
Calcul.
Congé,
de 1
iiài2 2à 3 3à 4 4à 5
Dessin.
Parole.
Parole.
Matliématiques.
Langage.
Calligrapliie.
Parole.
Parole.
Lecture.
Calcul.
Direcliondans leur manière de voir les objets.
Langage.
Calligraphie.
Dessin.
Parole.
Parole.
Calcul.
Parole.
Parole.
Lecture.
Calcul.
Direct, dans leurs apperçus.
Langage.
Calligraphie
Dessin.
Parole.
Parole.
Mathématiques.
Direction do leurs observations.
Calligraphie.
Calligraphie.
Parole.
Parole.
Lecture,
Mathématiques.
Congé.
Deux tiers, au moins, des disciples de M. Gronewald sortent de son établissement, après huit ans d’étude, pouvant lire facilement la parole sur les lèvres de leur interlocuteur, et doués d’une articulation assez développée pour se faire comprendre des personnes qui entendent et qui parlent.
Les autres , m’a dit le Directeur , se trouvent simplement dans la position de bien des parlants qui, par un vice organique ou fonctionnel quelconque, le bégcdement par exemple, se font plus ou moins difficilement comprendre des personnes qui ne sont pas habituées à leur prononciation vicieuse, mais ils peuvent lire la parole sur les lèvres sans difficulté.
Les filles sourdes-muettes sont réunies aux garçons sourds-muets pendant les heures de classe. Hors de là, elles se groupent ensemble sous la direction de la jeune dame sourde-muettte , élève de M. Gronewald, dont nous avons déjà parlé, et qui joint à une élocution remarquable une aptitude vraiment prodigieuse à lire la parole sur les lèvres. C’est elle qui dirige les travaux manuels et les conversations verbales de ces jeunes filles.
Vers l’âge de quinze ans , les élèves des deux sexes sont placés en apprentissage chez des bourgeois ou des maîtres ouvriers de Cologne, où ils vont travailler, chaque jour, dans l’intervalle des classes. Là, comme dans l’école , l’éducation professionnelle a lieu , sans exception , à l’aide de la parole.
Nous ne terminerons pas ce qui concerne l’école de Cologne, sans payer le tribut d’éloges qui est dû à M. Gronewald et à ses dignes professeurs, dont la vigi-
504 ÉCOLES DE SOÜRDS-MÜETS ALLEMANDES.
Jante sollicitude et les soins éclairés ont élevé cette institution au rang éminent qu’elle occupe.
Société de Cologne pour l’assistance et l’éducation des sourds-muets.
Chacun des membres de cette association s’engage à acquitter annuellement une cotisation de deux écus de Prusse. La durée de cet engagement est limitée à un an. Deux mois avant l’expiration de l’année, les listes de souscription pour le renouvellement tout volontaire de cette quote-part sont présentées aux sociétaires. Ceux-ci et leurs familles peuvent assister aux classes le jeudi de chaque semaine, de deux heures à quatre heures de l’après-midi , et s’assurer ainsi par eux-mêmes du progrès de leurs pupiles.
Le succès a couronné les efforts de la société d’assistance. Des sourds muets de toutes les parties des provinces Rhénanes sont venus puiser, gratuitement pour la plupart, dans cette école, une éducation conforme à leur position sociale; et, dans beaucoup de cas, ils ont dû à cette association l’abri, la nourriture et les vêtements qu’ils n’eussent pu trouver ailleurs. ,
Déjà on reconnaît les bienfaits de cet enseignement charitable dans l’habileté et les succès des élèves que l’institution a fait entrer dans la vie civile ; et la ville entière est témoin , chaque jour, des progrès surprenants que font, dans l’étude et dans la morale, les sujets qui suivent encore les leçons de l’école. Enfin , les fondateurs jouissent dans un prochain avenir de la consolante perspective de voir, sous les auspices bienveillants de leurs compatriotes, cette éducation s’étendre graduellement à un, plus grand nombre de ces infortunés.
RAPPORT A M. DE MINISTRE DE LTNTËRIEÜR. SOS Instituüoa des soards-muets de Francrort.
L’école de Francfort , située dans un local des plus sains et des plus agréables, a été fondée en 1827, par M. Kosel; elle est dirigée en ce moment par M. Schwartz son digne successeur. Il est secondé dans sa tâche laborieuse par madame Schwartz, et deux autres professeurs.
Cet établissement, placé dans son origine, sous la direction particulière de son fondateur, est, depuis douze ans, régi par l’administration de la ville de Francfort. Le nombre des élèves est aujourd’hui de douze, cinq garçons et sept filles. Sur ce nombre, dix sont aux frais du gouvernement; deux seulement sont à la charge de leurs familles. Le gouvernement accorde au directeur 200 florins pour chaque enfant pauvre. Les familles aisées payent 500 florins par an.
Les élèves doivent présenter , à leur entrée, un certificat de vaccination. Il faut, de plus, que le directeur constate qu’ils ne sont point atteints d’idiotisme et qu’ils peuvent profiter de l’enseignement de la maison. Contrairement à l’usage suivi en France et en Belgique, les enfants sont admis dans l’établissement dès l’âge le plus tendre, c’est-à-dire depuis trois ans Jusqu’à dix ou douze.
Les élèves aux frais de l’État passent, en moyenne, six à huit ans dans l’institution de Francfort. Les enfants aisés y séjournent parfois dix ans et davantage.
L’enseignement a lieu en langue allemande ; la lecture sur les lèvres et l’articulation sont enseignées à tous les élèves. Les succès nombreux, incontestables, dont j’ai été témoin, me paraissent tenir à ce que les enfants
sont exercés, dès leur jeune âge, à cette double pratique. La mimique naturelle n’est pas, cependant, tout-à-fait négligée. On l’emploie aussi longtemps qu’elle est jugée nécessaire au développement intellectuel et à l’interprétation raisonnée des mots et des choses.
Dès l’arrivée de l’élève, on lui enseigne la lecture sur les lèvres et l’articulation. Aussitôt qu’il peut prononcer un mot et qu’il en connaît la signification, on l’oblige à s’en servir toutes les fois qu’il peut lui être utile. C’est ainsi que successivement, sans effort , l’enfant passe du connu à l’inconnu et arrive promptement à retenir et à prononcer une foule de mots et de phrases qu’il substitue aux gestes de la mimique.
J’ai interrogé les élèves qui m’ont été présentés; et de cet examen il est résulté pour moi la preuve que la manière dont ils se servaient de la parole leur permettait d’en user comme moyen sûr de communication, et que la facilité qu’ils acquièrent à lire sur les lèvres est chez eux en rapport avec l’intelligence, l’état de la vue et l’iiabitude. Le timbre de la voix chez les sujets dont la parole a été cultivée dès l’enfance, se rapproche plus de celui des parlants que chez ceux qu’on n’aexercés à l’articulation que dans un âge plus avancé.
J’ai vu une élève de seize ans, qui m’a paru articuler avec plus de facilité que ses compagnes ; elle est dans la maison depuis l’âge de quatre ans.
En examinant la manière dont se fait le service de la maison, j’ai vu de jeunes filles sourdes-muettes, qu’on envoyait chaque jour, pour se familiariser avec l’usage de la parole, s’acquitter en ville de diverses commissions à l’aide du langage articulé. Elles conversent facilement
RAPPORT A M. LE MINISTRE DE L’INTÉRIEUR. b07 avec les personnes avec qui elles sont en rapport; et quiconque ne serait pas prévenu de leur infirmité, pourrait causer avec elles sans presque s’en apercevoir.
Chez quelques-uns de ces enfants, j’ai remarqué que l’infirmité dont ils sont atteints pouvait être notablement améliorée.
Là, comme ailleurs, les médecins paraissent disposés à laisser de côté les préjugés et la routine pour marcher dans la voie du progrès,
La lecture, l’écriture, le dessin et toutes les autres branches qui composent le programme du cours d’études de l’école de Paris, font également partie de celui de l’enseignement qui est réparti par l’institution de Francfort.
Les enfants, vu leur petit nombre, sont confondus pendant le temps des classes. Tout le reste de la journée, les sexes sont séparés. Deux professeurs attachés à la maison dirigent les classes. Deux autres professeurs particuliers dispensent l’instruction complémentaire.
Les élèves sont exercés à diverses professions en rapport avec leur goût et leur constitution physique. Ce sont pour les garçons, celles de tourneur, de relieur et de menuisier. Les filles s’occupent de couture et d’autres travaux d’aiguille.
La récréation est de trois à quatre heures par jour. Il y a un gymnase, en plein air pendant la belle saison, dans une salle durant l’hiver.
Le cours annuel est de 14 mois, et le temps des vacances d’un mois seulement.
Les élèves reçoivent dans cet établissement une éducation qui développe leur intelligence; mais là ne se
borne pas la sollicitude du directeur : quand ils sont sortis de l’école, il exerce sur eux une espèce de patronage qui les met à l’abri de la misère , et leur continue les excellentes leçons de morale qu’ils ont puisées durant leur séjour dans cet établissement, dont l’administration est vraiment paternelle.
Tous les dimanches, les enfants pauvres qui ont terminé leurs études et qui habitent Francfort ou les environs, viennent passer la journée chez le directeur. Ils sont admis à sa table et assistent aux offices avec les enfants de l’institution.
Là ils réchauffent en famille les excellents principes qu’ils ont reçus , ils ajoutent à l’éducation acquise un complément d’assistance morale et intellectuelle, et, si nos renseignements sont exacts, le gouvernement ne coopère en rien aux frais de cette bonne œuvre, toute spontanée , toute volontaire, qui reste à la charge de M. Schvrartz.
Institution des sourds-muets de Pforzheim.
L’école de Pforzheim est le seul institut qui mérite d’être cité dans le grand-duché de Bade, et c’est un des plus importants de l’Allemagne.
Fondé en 1826, sous le règne de feu le grand-duc Louis, il reçoit du gouvernement une dotation annuelle de 8,350 florins. Il fut d’abord placé dans une annexe de la maison de travail au sein de laquelle les élèves devaient recevoir l’instruction industrielle. Il n’admettait alors que 30 internes, 20 garçons et 10 filles.
Bientôt l’autorité s’aperçut que l’institution n’était pas en rapport avec le nombre de sourds-muets que renferme le grand-duché. Un recensement qu’elle fit
RAPPORT A M. LE MLMSTRE DE L’INTÉRIEUR, b09 faire constata qu’il y en avait dans le pays 850 des deux sexes au-dessous de dix-huit ans, ou 1 sourd-muet sur l,0â4 habitants.
Cette conviction acquise, le gouvernement s’empressa de pourvoir largement à tous les besoins de cet enseignement spécial en transférant, au mois d’octobre 1843 , l’établissement dans un local plus vaste et mieux approprié à sa destination. Il augmenta dans la même proportion la dotation de l’école et le nombre des professeurs.
Cette belle institution , située sur une hauteur qui domine la ville , m’a paru réunir toutes les conditions hygiéniques désirables. De plus, elle est assez vaste pour donner asile à tous les sourds-muets du grandduché qui sont aptes à recevoir le bienfait de l’éducation publique.
M. le professeur Neumayer, fondateur du petit Institut de Bruschtal, fut attaché, dès l’origine, à cette école, en qualité de directeur et de premier instituteur. On lui adjoignit deux répétiteurs, une maîtresse pour les travaux d’aiguille et une surveillante. Tous ces fonctionnaires dépendent du ministère de l’intérieur. La maison est placée sous la surveillance immédiate d’une commission administrative.
Le savant directeur suivait dans son enseignement la méthode du célèbre Heinicke, mais avec de nombreux perfectionnements. Les élèves apprenaient à parler à haute et intelligible voix et à lire la parole sur les lèvres. On leur enseignait l’écriture, le calcul, le dessin, sans négliger l’étude des professions manuelles.
En 1830 , à la mort du directeur Neumayer, M. Bac,
second instituteur , devint directeur et premier instituteur. liB nombre des élèves est aujourd’hui doublé : il s’élève de soixante-quinze à quatre-vingts. Le nouveau chef de l’établissement a marché sur les traces de son prédécesseur ; comme lui , il a pris pour base de son enseignement la langue écrite et parlée. En outre, tous les élèves sont exercés à des travaux domestiques et économiques, au jardinage, à la culture des arbres, à l’entretien journalier des chambres de la maison. Les filles sont occupées à la couture, au tricot et aux soins du ménage.
Pendant les récréations , les enfants suivent un cours de gymnastique qui a la plus heureuse influence sur leur santé.
On n’applique pas seulement les élèves aux travaux de l’intelligence et de la morale, on se préoccupe aussi de leur avenir professionnel. On leur fait apprendre les métiers les plus analogues à leur goût, à leur constitution physique, et ils sont envoyés aux heures que les études laissent libres, chez des chefs d’atelier de la ville; mais, en général, ils n’achèvent leur apprentissage qu’après leur sortie de l’établissement et se placent alors chez des patrons ou chez des maîtres.
Les filles qui sortent, pour la plupart, des rangs les plus humbles de la classe ouvrière, sont initiées à tous les ouvrages de leur sexe.
Les élèves, à leur départ de la maison, reçoivent gratuitement les métiers et outils nécessaires à l’exercice de leur profession. L’Institut leur continue ses conseils et les entoure d’une sollicitude toute paternelle. La
RAPPORT A M. LE MINISTRE DE L’INTÉRIEUR. SU première chambre des États de Bade a institué dans ce but une fondation spéciale.
Sur deux cent-soixante-quatre élèves qui, dans l’espace de vingt et un ans, ont été reçus dans l’établissement, cent soixante-douze en sont sortis avec une instruction suffisante. Les garçons, comme les filles, pourvoient à leurs besoins en exerçant un métier ou en se plaçant comme domestiques.
Le nombre des professeurs est aujourd’hui de trois, y compris le directeur, et celui des suppléants de deux. Les appointements du directeur sont de 2,200 fr. ; ceux de chaque professeur de 1,300 fr. ; ceux de chaque suppléant de 500 fr.
Pour arriver au grade de professeur, il faut avoir passé des examens et obtenir un diplôme. Les candidats, admis d’abord comme suppléants , conservent trois ou quatre ans ces modestes fonctions. Si, après ce laps de temps, il n’y a pas de place de professeur vacante dans la maison , on les envoie au dehors en qualité d’instituteurs primaires , et ils sont remplacés par d’autres aspirants.
Les enfants pauvres sont admis dans l’institution depuis huit ans jusqu’à douze. Tous les élèves sont logés ; on n’admet pas d’externes. La durée des études est de six à huit ans. Les pauvres sont entretenus aux frais de l’État ou de la commune à laquelle ils appartiennent. Les plus aisés payent une pension de 100 florins.
On ne se sert dans la maison d’autres gestes que ceux de la mimique naturelle, et seulement pendant le temps nécessaire pour apprendre la valeur des mots et la signification des choses.
A Pforzheim, comme dans les principales écoles d’Allemagne, voici la méthode qui est généralement suivie pour l’enseignement de la parole : à peine un élève nouvellement admis a-t-il passé quelques jours dans l’établissement qu’on cherche à lui faire comprendre que les autres enfants et les autres individus doués de l’ouïe s’expriment de vive voix , au moyen des lèvres , de la bouche , et non à l’aide des doigts et des signes. Par là , on éveille en lui le désir d’apprendre à parler de la même manière. Puis , on lui enseigne les voyelles. Pour qu’un élève parvienne à en prononcer une seule, il lui faut souvent plusieurs jours.
Je citerai l’exemple de Va^ pour démontrer comment dans cette institution on apprend les voyelles. On place l’enfant devant soi et l’on s’efforce de fixer son attention sur le jeu de la bouche et sur l’ébranlement de l’appareil vocal. On lui prend la main, on la pose sur la glotte du professeur, puis on lui demande de faire produire à sa glotte un ébranlement pareil. On est bientôt compris, l’enfant émet un son, c’est déjà un bon résultat. Quelquefois il arrive , qu’au lieu de l’a , il vous donne l’o. « N’en paraissez pas mécontent, me disait un professeur. Il ne faut pas le décourager. Emparez-vous de cette dernière voyelle et exercez l’enfant à la prononcer. Il en résultera pour lui trois exercices : il lira la voyelle sur les lèvres du maître quand celui-ci la prononcera , il l’écrira et il lira ce qu’il aura écrit. Ce triple exercice se renouvellera pour tous les sons de la langue , puis pour les mots, puis pour toutes les phrases dont on aura besoin. »
Dès le principe, on munit l’élève d’un petit cahier sur
RAPPORT A M. LE MINISTRE DE LTNTÉRlEüR. S13
lequel on inscrit successivement tout ce qu’on lui enseigne à prononcer. On l’oblige à le lire , à le copier sur son ardoise, à l’apprendre par cœur, mais à haute voix.
Quant aux consonnes, il en est de faciles à reproduire, comme l’m et le 6 : il y en a de plus difficiles, telles que l’r, l’s, le k. Avant de les enseigner toutes à l’élève, on l’initie à la connaissance de quelques petits mots, tout en continuant à lui apprendre les consonnes. On cherche surtout à lui enseigner le nom des objets qui l’entourent.
Par exemple , à peine sait-il prononcer le A et le r qu’on lui livre le petit mot ku (vache), en lui faisant comprendre qu’il désigne la femelle du bœuf. C’est ainsi qu’on fait naître chez lui le désir d’apprendre à parler.
On ne saurait imaginer la joie qu’il éprouve quand, pour la première fois, il réussit à prononcer des mots: vater, malter (père, mère) , ou ceux-ci : guten tag, vater (bonjour, mon père). On lui recommande d’accueillir ainsi son père quand il viendra. Dès lors il est facile de prévoir que la première entrevue du père et du fils (naguère muet, aujourd’hui parlant) sera des plus touchantes.
Quand le sourd-muet sait prononcer des mots, on lui montre les objets que ces mots désignent, soit en nature, soit , à défaut de mieux, sur des estampes. Privé de ces deux moyens de frapper ses regards, on se rejette forcément sur la mimique.
Quand l’élève a fait quelques progrès dans l’articulation, on lui explique un mot par d’autres, ainsi qu’on en use avec l’enfant doué de l’ouïe. On passe dans l’ensei- *** 33
5i4 ÉCOLES DE SOURDS-MUETS ALLEMANDES.
gnement des petits mots aux petites phrases, mais en suivant toujours la méthode que nous venons de tracer.
Lorsque les élèves sont assez avancés dans l’art de la parole , on leur met entre les mains des vocabulaires où iis lisent et apprennent, à haute voix, des mots et des petites phrases, qu’on leur explique toujours, autant que possible, au moyen de l’articulation. On leur confie aussi des livres de lecture, des ouvrages élémentaires, des extraits de la Bible, des abrégés d’histoire naturelle.
Voici quel est le résultat de cette éducation : les élèves, admis dans l’établissement à l’âge de huit à onze ans, parviennent à se faire comprendre à l’aide de la parole et de l’écriture, et à lire la parole sur les lèvres après six à huit années d’étude, qui équivalent à six ou huit heures de leçon par jour.
Du reste, entre eux, les degrés d’intelligence varient autant qu’entre les entendants. Il en est qui , doués de rares dispositions, sont capables de tout apprendre; d’autres , fort bornés, parviennent à peine à prononcer quelques mots. C’est exactement l’image de nos écoles primaires, où l’on trouve des élèves si faibles que jamais ils ne lisent couramment, et d’autres auxquels il est impossible d’enseigner l’orthographe.
Les sourds-muets qui ont peu de capacité assistent aux leçons de leurs condisciples, mais il est indispensable de leur expliquer, à l’aide de la mimique naturelle , ce qu’on vient de démontrer aux autres par la parole. L’éducation physique et la connaissance de la religion sont à peu près les seuls avantages que ces derniers élèves retirent de leur séjour dans l’établissement.
RAPPORT A M. LE MINISTRE DE L’INTERIEUR. bl5
Les dimanches, on mène régulièrement tous les enfants de l’inslitution à l’église et, de bonne heure, ils en contractent l’habitude. Cependant, c’est à l’école mieux que partout ailleurs que se fait l’éducation religieuse du sourd-muet. Chaque instituteur raconte, au moyen de la mimique naturelle, aux élèves nouvellement entrés dans sa classe et à ceux dont l’intelligence est la plus bornée, les histoires de la Bible, et, pour mieux les leur faire comprendre, on suspend, de tous côtés autour d’eux, dans la salle, des images qui en reproduisent les principaux traits. Ceux qui sont assez avancés dans l’exercice de la lecture et de la parole, lisent des extraits de la Bible (die biblische geschielile) , et on leur explique à l’aide de l’articulation les passages qu’ils ne comprennent pas.
Institution des sourds-muets de Weissenfels.
L’institution de Weissenfels est une des plus célèbres de l’Allemagne. Elle doit principalement les brillants succès qu’elle a obtenus à la méthode qu’on y suit pour renseignement de l’articulation et de la lecture sur les lèvres.
Là, aussi, les élèves commencent à apprendre les voyelles, les consonnes, puis des phrases simples, composées d’un petit nombre de mots, puis des phrases dont la difficulté augmente avec la complication.
Ici on procède à l’égard des sourds-muets , comme partout ailleurs à l’égard des parlants. On leur enseigne d’abord la valeur usuelle des mots, sans s’attacher aux règles grammaticales. Aussitôt que l’élève a acquis une certaine facilité d’observation, il continue son instruction
en apprenant à reconnaître par la vue le nom et l’usage de chaque objet qu’on lui présente. Ensuite, il apprend à distinguer les qualités et les propriétés des choses et on l’habitue à les indiquer par la parole. Exemple : ced est une chaise; cette chaise est rouge; la chaise a quatre pieds; l’enfant est assis sur la chaise , etc.
Dans le principe , on n’attend pas qu’il comprenne l’ensemble d’une phrase et qu’il sache en faire l’emploi, quand l’occasion se présente ; il suffit qu’il se rappelle les mots et qu’il les place, les uns à la suite des autres, de manière à laisser voir qu’il en saisit le sens. Les phrases usuelles se reproduisant à plusieurs reprises, il finit par les retenir et les employer à propos. Par cette méthode on arrive à l’amener à distinguer tous les ustensiles qui meublent une classe. Généralement on lui fait toucher chaque objet en lui en apprenant le nom , afin qu’il retienne à la fois et le nom et l’objet.
Deux fois par semaine, on le conduit' à la promenade et on en profite pour lui faire connaître, par de fréquents exercices, les objets qui frappent ses regards. A son retour , on lui met sous les yeux , dans la classe , une image de chacun des objets qu’il a vus en nature et on lui en fait rendre compte.
Les dimanches , les enfants qui sont divisés en quatre classes, deux supérieures, deux inférieures, écrivent un journal de tout ce qu’ils ont vu; et ce journal est, le lundi, l’objet de la leçon.
On les oblige, dans tous les exercices de la journée, à se servir de la parole ; on leur enseigne la construction des phrases les plus familières. Quand ils ont appris , de cette façon , la langue usuelle , on cultive les règles
RAPPORT A M. LE MINISTRE DE L’INTÉRIEUR. bl7 de la grammaire chez ceux qui restent assez longtemps dans l’école. On se sert pour cet enseignement de livres en rapport avec leur degré d’instruction.
M. Hill, professeur et pasteur protestant, chargé de leur éducation religieuse, leur explique, un jour par semaine, pendant une heure, l’Ancien Testament, et les autres jours , pendant une heure aussi, le Nouveau. Il commence par leur faire apprendre l’histoire sainte et termine par le catéchisme.
Tous les dimanches ils assistent aux offices, comme à Leipsig et à Erfurtb. M. Hill procède avec eux de la manière suivante : il récite à haute voix une prière dans laquelle il exprime toute la joie qu’il éprouve de voir ses élèves se réunir pour prier. Il lit ensuite l’évangile du jour et en donne l’explication. Enfin il termine l’office par une nouvelle prière dite également à haute voix.
Tout ce qu’il articule de la sorte verbalement, il l’accompagne, avec soin, de gestes naturels, afin que les plus jeunes élèves puissent, comme les plus anciens, s’unir à ses prières. Les enfants instruits l’accompagnent à voix basse, et tous , à l’exception des commençants , procèdent de même. Quant aux plus jeunes, M. Hill assure que , quoiqu’ils n’aient pas assez d’intelligence pour s’associer complètement à cet acté religieux , ils n’en sont pas moins heureusement influencés par la vue des pratiques dont les rendent témoins leurs professeurs et les autres élèves.
Les maîtres sont chargés de développer l’instruction chrétienne dans leurs classes.. Lorsqu’elle est terminée, les enfants sont examinés par le pasteur.
Chaque année, le directeur discute avec les professeurs
les modifications à apporter au système d’éducation suivi dans l’école. Il visite fréquemment les classes et se fait remettre des rapports sur la conduite et le degré d’instruction des élèves.
La pension annuelle des filles est de 54 thalers, celle des garçons de 60. Cette somme est répartie comme il suit : les filles paient 36 thalers à l’économe et les garçons 42; le reste est destiné à l’habillement des élèves et aux frais généraux de la maison.
Quand les enfants ont atteint leur quatorzième année, on les envoie travailler en ville dans les ateliers , aux intervalles des classes et des exercices de l’institution. Chaque chef d’atelier reçoit un salaire de 25 thalers. Les garçons apprennent les professions le plus en rapport avec leur goût et leur constitution physique ; les filles sont exercées à des travaux d’aiguille.
Institution des sourds-muets de Gmünd.
L’école de sourds-muets de Gmünd, fondée en 1801, est dirigée maintenant par M. Wagner; elle est annexée à une école d’aveugles. On y reçoit des externes et des internes. Il y en a en tout trente-six. La durée moyenne du cours d’étude est de six ans. L’articulation, la lecture sur les lèvres y sont cultivées avec un tel succès, que cet établissement passe, à juste titre, pour un des meilleurs du Wurtemberg. Il est sous la protection directe du gouvernement.
Institution des sonrds-muets de Bâie.
L’école de Bâle, qui a pour directeur M. Arnold, a été créée en 1838 par un comité de bienfaisance. On y reçoit des élèves des deux sexes au nombre de trente. Cet
RAPPORT A M. LE MINISTRE DE L’INTÉRIEUR. S19 établissement se soutient au moyen des secours fournis par les bienfaiteurs, et des pensions payées par les familles qui sont dans l’aisance. Le prix de cette pension est de SOO florins.
Quatre professeurs sont attachés à l’institution. Ici, comme à Francfort, l’enseignement est presque individuel ; la parole y est cultivée avec succès.
Résumé.
Telles sont. Monsieur le Ministre, les observations les plus importantes que j’ai été à même de recueillir dans le cours de cette première partie de la mission qui m’a été confiée par votre prédécesseur.
Puissent ces renseignements vous mettre à même d’apprécier l’indispensable nécessité qu’il y a de donner l’éducation à tous les sourds-muets de France, sans exception, et l’urgence d’apporter à leur mode d’instruction les perfectionnements dont l’étranger nous fournit l’exemple.
Il y à à peine un an , les sourds-muets, avant d’entrer dans les institutions , ou après en être sortis , de même que ceux de ces infortunés qui ne pouvaient y trouver accès , restaient isolés au milieu de la société des parlants , sans appui et sans protection. C’est afin de porter remède à cet état de choses , qu’à l’exemple des diverses sociétés d’assistance et de prévoyance répandues sur le sol de la Belgique et de l’Allemagne, dont j’avais constaté, pendant le cours de ma mission , les bienfaisants résultats, je me suis empressé de développer la Société générale d’assistance et de prévoyance , dont j’avais déjà, depuis plusieurs années, organisé à Paris le service médical.
S20 ÉCOLES DE SOüRDS-MüETS ALLEMANDES.
Espérons que cette société, qui recueille déjà sa récompense dans un succès dont elle pourrait se glorifier , trouvera dans toutes les grandes villes de France des amis de l’humanité qui tenteront de, propager l’œuvre de véritable émancipation et de régénération des sourds - muets dont elle a le bonheur d’avoir pris l’initiative.
Seule , en eifet , quand, de toute part, on n’en était encore qu’aux préludes de la théorie , elle se lançait résolument dans les voies de la pratique , cédant avec joie à l’invitation des sourds-muets eux-mêmes , qui, en nous remerciant , dans un banquet anniversaire de la naissance de l’abbé de l’Épée, de nos soins, de notre dévouement et de l’assistance médicale que nous avions organisée pour eux, nous suppliaient d’accourir plus efficacement aux secours de leurs frères déshérités.
D’autres âmes bienfaisantes, nous l’avons déjà dit ailleurs, ont suivi cet élan. Honneur à elles aussi ! Mais notre Société est la première qui ait planté son drapeau sur ce terrain. Elle tient seulement à prendre date de ce fait et à en constater la priorité.
Nous avons déjà à vous remercier. Monsieur le Ministre, de l’appui que vous avez bien voulu accorder à cette œuvre toute d’humanité et de dévouement.
Confiant dans votre sollicitude pour cette classe de la société si digne d’intérêt , nous espérons que non-seulement vous doterez tous les sourds-muets d’une éducation en rapport avec leur position sociale et avec leur infirmité, mais encore que vous les enlèverez à un avenir incertain, en les admettant aux emplois qui
RAPPORT A M. LE MINISTRE DE L’INTÉRIEUR. 521 conviennent à leur capacité, en leur donnant accès dans les ateliers du gouvernement, en assurant, enfin, aux infirmes et aux vieillards le droit à l’assistance.
Je suis avec respect ,
Monsieur le Ministre,
Votre très-humble et très-obéissant serviteur,