‹ La surdi-mutitéChapitre 18 sur 181 · TROISIÈME PARTIE. — CHAPITRE 111. 3S · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE. — CHAPITRE 111. 3S

Jaillet; et, sur lui, deux billets de banque de 500 fr.

Interrogé sur l’origine de ces diverses sommes, il sout tient les avoir gagnées au jeu; il repousse bien loin l’accusation de vol dont il est l’objet. Le jour où le crime a été commis, il n’est point allé, dit-il, rue Montmartre.

Mais, lui objecte le président, un jeune sourd-muet, nommé Grossy, qui travaille chez le sieur Dumas, bottier, danslamêmemaison, a fait comprendre qu’il reconnaîtrait parfaitement le voleur, et, confronté avec vous, il n’a pas balancé à soutenir que vous étiez bien l’hom me qu’il avait vu s’éloigner emportant un sac d’argent sous sa redingote.

Suivant Dobichon, Grossy, à qui le commissaire de police demandait s’il était, lui Robichon , le voleur, n’aurait pu justilier son dire par écrit.

En effet, ajoute le président, Grossy ne sait pas asseï bien écrire pour tracer lui- même ses réponses; mais le juge d’instruction a fait venir M. Paulmier et un autre professeur de sourds-muets, qui ont l’babitudede converser avec eux; ils ont interrogé le jeune apprenti quv a déclaré aussitôt vous reconnaître parfaitement; il a dépeint la redingote et le pantalon dont le voleur était vêtu, et il s’est trouvé que vous aviez en votre possession des habits de même couleur.

Après l’audition de plusieurs témoins, Grossy est^ introduit, accompagné de MM. Paulmier et Berthier. Le premier, que la Cour a choisi pour interprète, fait prêter serment au témoin, qui s’exprime, avec beaucoup d’énergie, à l’aide d’une pantomine des plus animées.

Toutefois, M. Paulmier, alléguant l’éducation incomplète de Grossy, projiose qu’il soit procédé, derechef, à son interrogatoire par M. Berthier, lequel, étant lui-

même sourd-muet, se trouve, par cette circonstance, plus à même de communiquer intimement avec ses frères dé-, pourvus d’instruction.

Celui - ci transmet par gestes au témoin les questions posées par le président et écrites par le grefiSer.

Ici s’engage , entre le sourd-muet lettré et son frère inculte, un colloque rapide, coloré, expressif, original , que la plume se refuse à reproduire. Bref, il résulte des réponses de Grossy, reproduites fidèlement par M. Berthicr, qu’avant le 42 mars le témoin avait fréquemment aperçu l’accusé , et qu’il le reconnaît parfaitement pour l’avoir vu, dans cette occasion, s’introduire du quatrième étage dans l’appartement des époux Chérél, en passant par une fenêtre. Plus tard, il est descendu, et Grossy l’a rencontré dans l’allée de la maison , appuyé contre le mur et portant sous sa redingote quelque chose de lourd, quelque chose ressemblant à un sac d’argent bien rempli. Robichon, suivant le muet, aurait profité du moment où celui-ci demandait, par signes, le cordon, pour sortir en même temps que lui ; et, passant devant la loge de la portière, il se serait baissé pour tâcher de ne pas être reconnu, Enfin, il résulte de cette déposition, très précise et très claire , que l’accusé était vêtu d’une redingote noire et d’un pantalon bleu.

Le bottier Dumas dit que le témoin est son apprenti depuis le mois de novembre ; que , le lendemain du vol , Grossy fut fort surpris de voir qu’on faisait des perquisitions chez son maîlre ; que lui, Dumas, lui expliqua alors que ces perquisitions qui avaient lieu chez tous les voisins, étaient motivées par un vol commis la veille chez les époux Chérel ; qu’à celte nouvelle, le sourd-muet lui

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