‹ La surdi-mutitéChapitre 17 sur 181 · TROISIÈME PARTIE. — CHAPITRE III · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE. — CHAPITRE III

l^intermédiaire d’une langue, et par la seule observation des faits, l’idée de la propriété, la notion du bien et du mal; il s’entoure de précautions et se cache pour dérober le bien d’autrui ; il sait donc qu’il n’a pas le droit de s’en emparer. Il éprouve la crainte du châtiment, il rougit quand son larcin est découvert ; il éprouve donc quelque honte de son action, il se sent coupable, et la rougeue qui couvre son front, trahit la voix de sa conscience.

Oui, à moins qu’il ne soit idiot, continue le même professeur, tout sourd-muet qui, après avoir commis un vol, est traduit devant la justice, sait qu’il a mal agi ; et l’avocat qui est appelé à le défendre se place sur un naauvais terrain, quand, pour provoquer un verdict d’acquittement, il soutient que, privé de l’ouie et de la parole, son client est incapable de s’élever à aucune notion morale et ne peut, en conséquence, être responsable de ses actions.

Si j’avais, dit M. Morel, à défendre un sourd-muet devant les tribunaux , je me garderais bien , pour sauver un coupable , de méconnaître la dignité de la nature humaine en prononçant un arrêt d’incapacité mentale contre tous les sourds-muets qui restent fidèles à leur devoir. Je ne craindrais pas d’avouer la faute de mon client ; mais j’en rejetterais la responsabilité sur la société elle-même, qui, par une cruelle insouciance, laisse végéter, dans son sein, une classe entière de ses membres, exposée, sans défense, à tout l’entraînement des passions, à toutes les sollicitations du vice. La loi accorde le bienfait de l’instruction à tous les Français, et, sur 22,000 sourdsmuets, plus de 15,000 restent déshérités de ce commun patrimoine.

Un sourd-muet , témoin dans une affaire de vol avec effraction , jugée par la Cour d’assises delà Seine.

Voici, à l’appui de cette thèse, une nouvelle preuve de l’intelligence des sourds-muets : il s’agit du jeune Grossy, qui n’a que quinze ans, et dont l’instruction est fort incomplète, car il "n’est resté que très peu de temps, comme externe, à l’Institution nationale de Paris. Il est assigné, le 7 septembre 1833, comme témoin, devant la Cour d’assises delà Seine, dans l’affaire du nommé Robichon, parlant, inculpé de vol, avec escalade et effraction.

Les époux Chérel exploitaient un café rue Montmartre , n°24; ils avaient, en 4832, pour garçon l’accusé, qu’ils congédièrent, le 22 septembre, pour cause d’infidélité. Le 12 mars 1833, vers midi, la femme Chérel apporte, dans sa chambre à coucher, deux sacs de ÙSO et de 600 fr. ; elle les place dans un secrétaire qu’elle ferme aussitôt, et dont elle emporte la clé. Le même jour, à six heures de l’après-midi, elle dépose un autre sac de 1,100 fr. dans le même meuble. Vers huit heures trois quarts, le limonadier Chérel monte dans son appartement pour se coucher. Un clou introduit dans la serrure de la porte l’empêche, d’abord, d’entrer ; mais , le clou retiré , il pénètre facilement dans son domicile. Alors il reconnaît avec étonnementque son secrétaire a étéouvert à l’aide d’effraction; les trois sommes déposées ont disparu. Des traces qu’il remarque sur l’appui d’une fenêtre lui font soupçonner que c’est par là qu’on s’est introduit, en passant par la fenêtre du pallier voisin. Robichon est soupçonné ; une perquisition a lieu dans son domicile; on trouve dans sa malle 245 fr. en pièces de cinq francs; dans son portefeuille, 140 fr. en or, trois acceptations en blanc, signées

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