‹ La surdi-mutitéChapitre 43 sur 181 · TROISIÈME PARTIE. — CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE. — CHAPITRE VI

et de la paroleîQui nous garantit, en effet, que l’intérêl et la fraude ne peuvent pas exploiter cette cruelle infirmité? Le sourd-muet n’a pas besoin de connaître la langue de son pays pour apprendre ses droits et pour se pénétrer des obligations imposées par la société au milieu de laquelle il se trouve placé. C’est le langage des gestes qui peut, à lui seul, et indépendamment de tout autre ^ le mettre à même d’acquérir cette connaissance si essentielle. Ce langage , dit Ferdinand Berthier , représente , grâce à son caractère d’universalité , tant les idées sensibles que les idées métaphysiques, dont l’expression est attribuée exclusivement par la foule à la seule parole articulée, et il les représente môme quelquefois d’une manière plus claire et plus énergique.

De pauvres ouvriers sourds-muets , venus de tous les points de la France, sont employés dans nos imprimeries, dans nos fabriques, dans nos ateliers, etc. , sans avoir pour la plupart , reçu aucune espèce d’éducation dans les écoles ouvertes à leurs frères plus heureux. Les neuf dixièmes, au moins, sont plongés dans un abrutissement déplorable; quelques-uns se laissent aller aux sollicitations du besoin ; la majorité, à la contagion de l’exemple; presque tous , à l’entraînement de leurs passions , n’ayant d’autre frein que la crainte ou la honte de se voir repoussés par leurs compagnons d’infortune et d’infirmité. Voilà, sans doute, de hautes considérations pour exciter la sollicitude publique en faveur de ces malheureux. En voici de plus décisives encore :

Quel ami de l’humanité ne sent pas son cœur se briser à l’aspect de ces sourds-muets traînés, à chaque session des assises, sur le banc des accusés, pour venir rendre

compte à la justice de la violation de lois, dont, le plus fréquemment, ils ne soupçonneut même pas rexislence ? Quel juge, à l’aspect soudain de cet homme- incomplet, j ‘te, sans défense, en face de la loi , ne se laissera pas dominer par la compassion? Quel tribunal aura le coeur de condamner l’ignorance? Cependant qu’arrive-t-il? Les coupables avérés sont souvent absous. Cette indulgence, sainte dans ces motifs, déplorable dans ses résultats, les sourds-muets instruits, ayant lé sentiment intime dé leur dignité d’homm'é , la repoussent, la répudient comme un présent funeste, tout en blâmant la société de son indifférence inexcusable envers une classe entière qu’elle devrait éclairer.

Si, parmi les soürds-muets sortis des institutions spéciales qui leur sont destinées , un très faible nombre seulement se forme des notions nettes et précises sur les devoirs de la société, c’est oju’ils sont obligés de quitter leurs bancs à l’expiration du temps, d’ailleurs bien court, fixé par le règlement pour les études, sans avoir pu acquérir toutes les connaissances qui leur sont indispensables dans le commerce du monde. Qu’ajouterons-nous? 11 arrive presque journellement que quelque sourd-muet, instruit d’ailleurs, se voit contrarié dans l’exercice de ses droits civils, quoique la loi déclare expressément le sourdrnuet, sachant lire et écrire, égal, sous tous les rapports, au parlant. Eh! ne faut-il pas vraiment méconnaître (nous le répétons , nous le répéterons sans cesse jusqu’à ce qu’on nous entende), ne faut-il pas outrager le caractère sacré de la pensée pour s’opiniâtrer à ne lui point accorder le privilège de la parole articulée ? Depuis quand l’écriture a-t-elle donc été dépouillée de cet avantage que les siècles

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