‹ La surdi-mutitéChapitre 53 sur 181 · TROISIÈME PARTIE. — CHAPITRE VIL 9S · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE. — CHAPITRE VIL 9S

le siècle où nous vivons, c’est vouloir résister au torrent qui, bon gré malgré, emporte, pêle-mêle, dans ses flots, les institutions et les hommes.

Ici nous retrouvons encore le dévoûment de Ferdinand Berthier à la défense de ses frères d’infortune. Depuis 1840, lutteur indomptable, il n’a pas laissé passer une seule assemblée législative sans lui apporter les doléan ces de ceux qui l’ont institué leur mandataire , sans réclamer, dans son inflexible persévérance, le redressement de leurs griefs, la reconnaissance tardive de leurs droits trop longtemps méconnus. Une seule fois, la chambre des pairs , sur le rapport de M. Beugnot, a passé à l’ordre du jour sur sa pétition ; mais, plus tard, cette même assem blée, et constamment la chambre des députés, l’ont renvoyée aux ministres qui, jusqu’à ce jour, il faut bien le dire, en ont tenu peu de compte. Cependant, le doyen des professeurs de l’Institution nationale ne se rebute pas; il ne se tient pas pour battu; et vous l’étonneriez beaucoup si vous osiez soutenir qu’avant sa mort il ne verra pas le triomphe de la cause honorable dont il s’est fait le champion.

Pétition à la Cbambre des pairs et à la Cbambre des dépotés, en ISiiO.

La première pétition adressée à la Chambre des pairs et à la Chambre des députés remonteau 45 avril 4840. L’œuvre de notre père spirituel, l’abbé de l’Épée, dit M. Berthier, a enfanté des prodiges. Les sourds-muets ne sont plus exclus de la communion des parlants. Ils ne sont pas plus traités comme des brutes, des automates, des parias , que leurs frères en Dieu, les autres hommes. Leur couvert est mis également au banquet de la vie. Jouissant de la plénitude des droits sociaux dont les philosophes, sur la foi

d’Aristote, et les théologiens, sur la foi de saint Augustin, les avaient si injustement repoussés , ils exercent des professions honorables, ils occupent des places de confiance dans nos administrations publiques et particulières, dans nos écoles nationales, partout où leur contingent d’utilité peut être acquis à la société dont ils sont membres. Pères de famille, ils élèvent leurs enfants parlants, ils dirigent eux -mêmes leur éducation et préparent à la patrie des citoyens , à la société des hommes.

Mais, il faut le dire avec douleur, la législation civile et criminelle qui régit cette classe exceptionnelle n’est plus à la hauteur de l’époque. Pourquoi n’essaierait - on pas d’y introduire quelques améliorations réclamées par la dignité de l’intelligence d’accord avec la justice et l’humanité?

Ici l’honorable pétitionnaire traite la question des testaments , ainsi que nous avons essayé de la résoudre, et emploie , pour faire triompher sa cause , des arguments tout-à-fait enrapport avec les nôtres; ainsi que nous, ilcite Merlin et Bousquet; et il ajoute :

Il importe à l’honneur de la grande famille que Dieu m’a confiée, à moi, son frère aîné en infortune, comme un dépôt dont j’aurai à lui rendre compte un jour, qu’un arrêt solennel des Chambres sanctionne le jugement des habiles légistes que j’ai cités , et que le droit de tester par acte public soit généralement reconnu pour tous les citoyens français auxquels la nature a réparti le même degré d’intelligence, dès qu’il sera bien démontré que le sourd-muet a la conscience de ce qu’il fait, et que sa religion n’a pas été trompée.

M. Berthier demande ensuite, ainsi que nous, que le

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