‹ La surdi-mutitéChapitre 80 sur 181 · QUATRIÈME PARTIE.-CHAPITRE II. Ibl · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE.-CHAPITRE II. Ibl

d’introduire d’une manière large et efficace le traitement de l’ouïe et le développement de la parole dans cet établissement, etc., etc. »

Influence de l’imitation et de l’habitude sur l’acquisiüon de la parole.

—Quelques exemples.

Nous avons déjà dit que l’imitation et l’habitude étaient les grands moyens, les puissants leviers, à l’aide desquels on pouvait espérer de doter le sourd-muet de la parole; mais c’est en commençant à l’exercer dès l’âge le plus tendre, dès quatre, cinq ou six ans tout au plus, qu’on parviendra sans effort à lui inculquer, avec fruit, des principes dont la mise en pratique lui deviendrait plus tard difficile et même très fatigante. Moins son appareil vocal est développé, plus il est flexible , plus il se prête aisément à l’étude du langage articulé. L’usage, l’imitation s’acquièrent avec d’autant plus de facilité, qu’on les met en pratique dans un âge moins avancé.

A. ce propos voici un fait dont nous avons été témoin : Un auteur dramatique fit venir de Londres une jeune personne de douze ans pour apprendre l’anglais à sa fille qui en avait huit. Au bout de six mois de séjour à Paris, la jeune institutrice avait oublié sa langue maternelle et ne parlait plus que français.

A cet exemple qu’on me permette d’en ajouter un autre :Deux enfants, ne parlant que l’anglais et l’espagnol, viennent passer un hiver à Paris au sein d’une famille française, où, depuis leur arrivée, on se sert autour d’eux plus fréquemment de la langue française que de toute autre. II en résulte que bientôt ils ne parlent plus que français et qu’au moment de leur départ pour Liverpool, après un

séjour de six mois à Paris, ils avaient complètement oublié leur langue maternelle et. l’espagnol.

Nous pourrions aisément citer un grand nombre de faits du même genre, qui se sont passés sous nos yeux et qui prouvent d’une manière irréfragable que l’imitation et l’usage sont les plus puissants moyens à l’aide desquels on peut arriver à la connaissance d’ une langue quelconque. Tout ce qui précède prouve encore combien l’imitation est facile et combien il est utile, indispensable même de placer de bonne heure l’élève dans les conditions d’habitude qu’on désire qu’il contracte. Jeté dans une atmosphère sourde-muette, le malheureux atteint de cette infirmité se trouvera toujours, malgré les efforts du médecin et des professeurs , complètement hors d’état d’acquérir la faculté d’articuler. L’exemple des enfants de l’institution retrouvant chez nous l’usage de la parole pendant les vacances, et la perdant de nouveau durant l’année scolaire, confirme mieux que tout ce que nous pourrions dire l’efficacité puissante de l’imitation et de l’habitude pour arriver à l’acquérir. Et nous ajouterons qu’en apprenant à des sourds-muets des dialectes difterents, les médecins étrangers qui suivent notre clinique ont pu se convaincre combien est fausse et erronnée l’opinion généralement répandue que la langue française est d'une difficulté insurmontable four le sourd-muet.

D’autres praticiens, qui auraient dû se préserver de cette erreur, et Itard tout le premier, ont prétendu qu’un mur d’airain séparait le sourd-muet de la connaissance de notre langue, et que leurs phrases barbares restaient constamment hérissées d’infinitifs et veuves de pronoms, etc.,. etc., etc. Mais, si ces profonds observateurs

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s’étaient donné seulement la peine d’étudier le langage mimique, il leur aurait été facile de se convaincre que l’étrangeté sauvage qu’on remarque dans la construction grammaticale du sourd-muet, vient de ce que ses phrases sont servilement calquées sur la syntaxe de cette langue.

En lisant avec attention le projet d’enseignement que nous avons soumis aux lumières de l’Assemblée législative et notre premier rapport sur les écoles d’Allemagne, adressé au ministre de l’intérieur , on reconnaîtra aisément combien il est non-seulement possible, mais facile de doter le sourd-muet de la parole et de lui donner une éducation en rapport avec les exigences de son infirmité.

Ce que nous avons à cet égard commencé à réaliser à Paris , peut s’opérer sur tous les points de la France. Il suffit de demander à la loi ou à l’administration d’ouvrir aux sourds-muets les écoles des parlants au même âge qu’on les ouvre à ces derniers. Cette admission offrirait l’avantage de les exercer de bonne heure à la parole, de mettre dès leur jeune âge le sourd-muet et le parlant en rapport, et d’effacer les stigmates qui font considérer trop souvent les sourds-muets comme des parias et des êtres exceptionnels.

Nous avons fondé en 1818 , dans un des quartiers les plus populeux et les plus nécessiteux de Paris , une petite division de sourds-muets annexée à un externat de parlants. Grâce aux efforts du professeur , que nous avons pourvu d’une instruction spéciale suffisante, ces enfants , sans exception , sont tous exercés aujourd’hui à l’usage de la parole. La même personne dispense l’enseignement à plusieurs parlants et à dix jeunes sourds-muets. Quelques-uns de ces élèves sont déjà entrés à l’Institution de Paris avec un degré d’iustruclion remarquable.

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