QUATRIÈME PARTIE.— CHAPITRE II
compléter son éducation, travaillons surtout à lui rendre la parole, et alors il cessera d’être considéré comme un être exceptionnel.
Organisation vicieuse des grandes institutions spéciales.
Nos grandes institutions reposent aujourd’hui sur une base si peu logique, elles sont si mat organisées, que quelques soient les tentatives devant lesquelles ne reculent pas certains professeurs de mérite, pour doter le sourd-muet d’une éducation en rapport avec ses besoins, ils ne sauraient espérer d’y parvenir. Nous aussi, depuis quatre ans, nous nous efforçons de travailler à introduire le traitement de l’appareil vocal et auditif, à développer la culture de la parole dans l’École de Paris, et nous ne rencontrons que des obstacles. Malheureusement le progrès frappe en vain à la porte de nos grandes institutions ; elles aiment en général à se laisser aller à la routine, à dormir sur la renommée que leur ont eonquise dès l’origine les abbés de l’Épée et Sicard; elles oublient qu’en refusant d’accueillir les réformes utiles, les perfectionnements apportés chaque jour à l’éducation comme à la médecine, elles luttent non plus seulement contre leur gloire, mais contre des intérêts plus sacrés, contre l’avenir des sourds-muets.
Mais, pour rester dans le vrai, nous nous plaisons à avouer que les professeurs parlants ne sont pas les seuls qui nous ont manifesté de la sympathie en faveur des principes que nous cherchons à faire prévaloir et des améliorations dont est susceptible cette éducation spéciale; nous avons rencontré le môme empressement chez des professeurs sourds-rnuets.
ISO LÉGISLATION.
Il est déplorable de voir le mutisme se perpétuer, la parole intelligente être négligée, et ses adeptes soumis à des attaques incessantes. ]N’est-ce pas le contraire qui devrait avoir lieu ?
A ce sujet, nous reproduirons les observations que nous avons tracées en 1848, dans un ouvrage sur le développement de l’ouïe et de la parole : * L’Institution de Paris est constituée d’une manière excellente pour que les élèves qui y sont reçus demi-muets en sortent atteints de mutisme. » Nous avons cité à ce propos, pour exemple, un jeune élève qu’on avait remarqué plusieurs fois pendant les vacances à notre clinique, parlant et conversant facilement, grâce aux exercices et aux traitements variés auxquels nous l’avions soumis, et qui, après un séjour de dix mois à l’Institution nationale, avait perdu l’habitude d’articuler, et avait substitué de nouveau la mimique à la parole.
Nous pourrions appuyer ces faits de beaucoup d’autres semblables dont ont été témoins plusieurs membres de l’institut et de l’Académie de médecine; et mentionner plusieurs élèves de l’Institution nationale, qui, après avoir commencé à acquérir l’usage de l’ouïe et delà parole par les moyens que nous avions employés à leur égard pendant les vacances, perdaient la plus grande partie de ces heureux résultats quelques mois après leur rentrée dans l’école de Paris.
En présence d’un pareil état de choses, M. le D" Maillot s’exprimait ainsi en 1849 dans un journal de droit : « 11 semble que tout soit disposé pour entretenir le mutisme, et pour accabler de vexations tous ceux qui veulent essayer