QUATRIÈME PARTIE. - CHAPITRE
l’enseignement de la parole à tous les sourds - muets qui s’en montrent susceptibles , c’est-à-dire à la plupart , à presque tous, j’avais besoin de corroborer par d’autres arguments décisifs ceux que j’ai jusqu’à présent fait valoir à l’appui de ma thèse, j’invoquerais le témoignage de mon confrère le conseiller d’État docteur Person , médecin des sourds-muets de Saint-Pétersbourg, et, avec lui, je dirais que l’usage de la parole est un exercice salutaire à la santé du sourd-muet. A cetle opinion j’ajouterais celles de M. Carton, directeur de l’école de Bruges, et de plusieurs médecins et professeurs allemands.
Comme médecin , partisan de la parole , la réclamant depuis longtemps pour nos sourds-muets , plein de confiance que bientôt elle deviendra, avec l’appui du gouvernement, un des principaux objets de leurs études, nous sommes obligé cependant de faire ici nos réserves :
40 La parole, instrument essentiel de relation, qui puise sa toute-puissance dans sa nécessité, n’est pas, quant à son usage, il faut bien se hâter de le dire, un moyen de guérison infaillible chez un sujet atteint de phthisie , ainsi qu’on l’a prétendu. Ce n’est pas même un palliatif à son mal. C’est, au contraire, une cause de développement du germe morbide funeste qui sommeillait jusque là , et dont le progrès ne peut qu’être fatalement accéléré par le trop fréquent exercice de l’appareil pulmonaire.
2® La phthisie ne naît pas chez le sourd-muet , comme l’ont prétendu certains auteurs, d’un repos trop prolongé des organes de la voix , mais elle est quelquefois la compagne de la surdi -mutité; et l’expérience nous a prouvé que, lorsqu’on usait de la gymnastique vocale
pour la combattre, loin de trouver en elle le remède qu’on y cherchait, elle ne faisait souvent qu’accroître et hâter le développement funeste de cette affection.
Mais , à côté de ces phthisiques , plaçons les sujets de constitution lymphatique , étiolés , sans prédisposition à des accidents pathologiques; et leur appareil pulmonaire se développera sous l’influence des exercices de gymnastique vocale et auditive.
Pour ces enfants un travail de cette nature , loin d’étre nuisible , nous a paru avoir la plus heureuse influence sur leur santé.
Précautions délicates à prendre.— Effets duisibles à redouter. — Déplorable enseignement de certains professeurs.
L’enseignement de la parole chez le sourd - muet demande à être pratiqué avec art, avec tact, avec soin, avec intelligence, avec une connaissance physiologique surtout de la manière dont elle se produit chez le parlant. Si l’on procédait différemment, ces exercices, loin d’être utiles à la santé, ne manqueraient pas, par les effets nuisibles qu’ils occasionneraient , de donner naissance à des affections de l’appareil pulmonaire. Nous avons vu des professeurs en France et à l’étranger , enseigner l’articulation d’une manière si contraire aux lois du mécanisme de la parole, que leurs malheureux élèves s’épuisaient en efforts inouis pour produire par imitation des consonnes ou des syllabes inintelligibles , qu’avec une méthode différente, secondée efficacement par l’impression tactile des ondes sonores , ces pauvres enfants auraient réussi à reproduire facilement , naturellement et avec moins de difficulté. Si la plupart des sourds-muets parlent d’une