PREMIÈRE PROPOSITION
Le Gouvernement a un double devoir à remplir envers le sourd-muet intelligent : il doit lui rendre l’éducation accessible, et même obligatoire.
Accessible, c’est-à-dire à la portée de tous ceux qui ne peuvent l’acquérir à prix d’argent.
Obligatoire, afin de faire bien comprendre à certains parents qui, pour ne pas se priver du travail de leurs enfants, refusent de profiter des bourses qu’ils obtiennent , que leur brutal égoïsme dépouille ces malheureux d’un enseignement seul capable de leur fournir les moyens de communication dont ils ont besoin pour développer leur intelligence et parvenir à prendre part, un jour, à tous les actes de la société. Le parlant, privé même d’éducation, participe à notre vie intellectuelle; le pauvre sourdmuet, au contraire, a besoin de travailler à remplacer l’ouïe et la parole qui lui manquent par d’autres sens, pour être admis à profiter du même bienfait. De plus, si le sourd-muet lettré peut jouir de tous les droits civils en France, r illettré demeure dans une position intolérable d’ilotisme. C’est donc un devoir impérieux pour le Gouvernement de remé-
(1) Les deux inslilntions du gouvernemenl à Paris et à Bordeaux reçoivent . sur ce nombre 300 élèves à peine.