QUATRIÈME PARTIE.- CHAPITRE V
dier sans ititard à un pareil état de choses, en niellant ces infortunés à même d’acquérir l’éducation que réclament leurs intérêts et ceux de la société.
Le moyen d’arriver, sans dépenses sensibles pour l’État, à étendre, dès le jeune âge, les avantages de l’éducation à tous les sourds-muets, consiste à donner aux jeunes instituteurs de nos écoles normales des notions suffisantes pour commencer cet en.seignement spécial. Il faut désormais que l’école primaire de toute commune où il existe quelques-uns de ces malheureux , leur soit ouverte dès leur plus tendre enfance, et qu’ils y reçoivent des soins en rapport avec leur infirmité.
On nous objectera peut-être la difficulté que présenterait l’initiation des élèves des écoles normales à cette spécialité. Nous répondrons qu’un temps très court qu’on y consacrerait journellement pendant la dernière année de leurs études, suffirait pour leur fournir les moyens de donner l’instruction primaire aux enfants sourds-muets. Si les circonstances l’exigeaient, les anciens instituteurs pourraient venir |>endant les vacances en puiser les éléssents à l’école normale ou dans une institution de sourdsmuets, et les nouveaux s’y perfectionner.
On continuerait dans les établissements spéciaux l’éducation de ceux des sourds-muets seulement dont les dispositions supérieures réclameraient des études plus complètes et des connaissances plus étendues.
Des inspecteurs des études et des inspecteurs médicaux seraient chargés de désigner à l’autorité les élèves reconnus les plus aptes à recevoir l’instruction supérieure. L’accroissement peu considérable de dépenses qui en ré-
LÉGlSI^ATiON,
sulterait, resterait par portions égales à la charge de l’État, des départements et des communes-
DEÜXIÈME PROPOSITION.
La seconde proposition que je prends la liberté de vous soumettre. Messieurs les Représentants, n’est pas moins importante que la première; elle ne pouvait vous être présentée que par un médecin qui eût fait une étude spéciale delà surdi-mutité.
Les observations auxquelles Je me suis livré depuis plusieurs années, les nombreux travaux que j’ai soumis à diverses commissions, les expériences pratiquées à l’Institution nationalede Paris, ainsi qu’àma clinique pour les maladies des yeux et des oreilles et pour la surdi-mutilé, m’ont mis à même de démontrer que, dans l’état actuel de la science, un certain nombre de sourds-muets est sasceptible de grue'mon.Sila solution de ce grand problème humanitaire a fait si peu de progrès jusqu’à présent, il ftiut en attribuer la cause à la mauvaise organisation et à la fausse direction des écoles, au peu d’encouragement donné à ceux qui s’y sont dévoués, à l’indilférence et au défaut de connaissances spéciales de la plupart des personnes que leur position appelait à s’en occuper, et qui ont négligé l’étude de la surdi-mutité, la considérant comme une affection incurable.
Depuis que, sur les rapports de commissions spéciales, j’ai été attaché par le gouvernement à l’Institution nationale des sourds-muets de Paris en qualité de chirurgien, je me suis efforcé, au milieu d’entraves sans nombre, de donner mes soins aux élèves de cel établissement qui
(JüATRlÈME PARTIE.— CHAPITRE V. 181
m’ont paru susceptibles d’être traités avec succès, et j’ai obtenu des résultats qui ont prouvé aux commissions chargées d’examiner ma méthode que le quart ou le cinquième, au moins, des sourds-muets peut espérer de recouvrer l’ouïe et la parole de manière à s’ en servir dans ses relations avec la société, et qu’à peu près tous sont aptes à acquérir la parole et la faculté de la lire sur les lèvres.
N’est-il pas urgent, en présence de pareils faits, de réorganiser l’Institution nationale de Paris, de telle manière que tous les élèves reconnus capables de guérison y reçoivent, en même temps qu’une instruction bien appropriée à leur état, le traitement de leur infirmité? Les jeunes médecins y seraient admis à venir étudier, sous la direction du chirurgien chargé du traitement de la surdimutité, les moyens de prévenir ou de combattre cette affection trop peu connue et dont l’étude est entièrement négligée, à cause, sans doute, de cet axiome accrédité que la surdi-mutité est toujours incurable.
Nous allons faire suivre ces considérations générales des propositions diverses dont se compose notre projet :
1° L’éducation doit être obligatoire pour tous les sourdsmuets et elle doit leur être accessible à tous.
Mais, pour rendre cette obligation praticable, il faut lui donner pour base une statistique exacte du nombre de ces infortunés existant en France, dans nos possessions d’Afrique et dans nos colonies.
Cette statistique devra être dressée par ordre du gouvernement lors du recensement général de la population qui s’opère tous les cinq ans.
2“ En rendant l’éducation obligatoire pour tous les
sourds-muels, il faut qu’elle leur devienne également accessible et que la loi leur en assure à tous le bienfait.
L’entrée, soit dans les écoles primaires de parlants, soit dans les externats de sourds-muets, soit dans les institutions spéciales qui leur sont destinées, doit, non-seulement être autorisée, mais rendue obligatoire, et une pénalité sévère atteindre les parents qui manqueraient de s’acquitter de ce devoir.
3” Le trousseau requis pour l’entrée dans les internats doit être fourni, non seulement à l’orphelin et à l’indigent, mais encore à l’enfant de tout individu auquel ses ressources ne permettraient pas d’y pourvoir. Il faut que, dans aucun cas, il ne puisse être un obstacle, un empêchement à l’admission d’un élève (I).
4° Il faut, dès l’âge le plus tendre, commencer Téducalion du sourd-muet dans les salles d’asile ou dans les écoles primaires de parlants, ou dans les externats de sourds-muets, l’achever et la perfectionner, ensuite, si les dispositions du sujet le permettent, dans des institions spéciales.
5“ Un inspecteur des études et un inspecteur médical désigneront les enfants qui devront être admis dans les institutions spéciales.
6° L’inspecteur des études basera cette admission sur les capacités de l’enfant et sur l’utilité pour lui d’acquérir
(t) Dans rinstilulion de Paris, le prix du (rousseau est de 320 francs pour les filles et de 330 pour les garçons. Nul ne saurait en être dispensé, pas même l’indigent (Extrait d’une circulaire ministérielle). Chaque année, des parents refusent des bourses d’admission parce qu’ils ne peuvent acquitter le pris du trousseau de leurs enfants.