‹ La surdi-mutitéChapitre 11 sur 86 · lu · texte numérisé non relu

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Or, ces enfants sont fréquemment porteurs de dégénérescences qu'ils transmettent à leurs descendants. Une race névropathique a été créée ainsi. J'ai pu m'en rendre compte moi-même dans un séjour récent que j'ai fait dans le Morvan, où il n'existe pour ainsi dire pas de familles de paysans qui n'aient en garde des enfants de l'Assistance publique.

On peut voir aussi dans le tableau III combien la répartition de la surdi-mutité est inégale et irrégulière; les moyennes varient de 20,36 à 2.27. Il est difficile d'établir une règle générale pour expliquer cette distribution. Cependant, on ne peut s'empêcher de constater que la région alpine fournit le plus fort pourcentage.

D'Aguano, dans une étude récente ('), nous montre aussi que la surdi-mutité est répartie d'une manière inégale dans les diverses régions de l'Italie. Voici quelles sont les conclusions de son travail : « L'Italie paraît être un des pays où les cas de surdi-mutité sont le moins nombreux. En outre, le pourcentage subit une diminution notable et presque constante. La répartition, dans les différentes régions de la péninsule, est très irrégulière ; c'est la contrée alpine qui en fournit le plus. »

Dans le tableau I, on ne voit figurer aucune statistique relative à la Russie. Il n'existait en effet aucun document sur ce sujet au moment où Mygind a fait son étude. Depuis cette époque, cette lacune a été

(') D'Aguano. — Essai sur la distribution géographique de la surdi-mutité en Ttalie. Bollet. délie malat. clell. orecchio, n° 6,

comblée en partie et Tchlénov C) vient de nous apporter quelques documents sur celte question. Le nombre des sourds-muets est extrêmement considérable en Russie; la statistique y étant rudimentaire, on ne saurait donner que des chiffres approximatifs. En se basant sur les données d'un certain nombre de gouvernements et sur les statistiques des conseils de revision on arrive au chiffre de 200.000 qui est un minimum. La proportion est d'autant plus forte que la contrée est plus pauvre, plus déserte, qu'il y a plus de peuplades indigènes qui vivent isolées, où les mariages consanguins sont fréquents .

L'éducation des sourds-muets, en Russie., est très incomplète. Sur 40.000 en âge scolaire, il n'y a que 1.014 enfants dans les écoles spéciales.

Quelles que soient les statistiques qu'on examine, un fait se dégage d'une manière à peu près constante, c'est que relativement au chiffre de la population, le nombre des sourds-muets augmente dans les régions montagneuses. Il y a bien quelques exceptions : en particulier, certaines parties des Pyrénées et quelques cantons de la Suisse ( Saint- Gall. Appenzell) comptent peu de sourds-muets, tandis que les terres basses de la Poméranie, du duché de Posen, de la Somme et du Pas-de-Calais en comptent un grand nombre: mais on ne peut contester ce fait au point de vue général.

On a émis plusieurs hypothèses pour expliquer cette

0) Tchléxov. — Les sourds-muets et leur éducation en Russie. Moscou.

jri 3 MUTITE

répartition iiregulière d^ la surdi-mutité. Escherich. Mayr. Bireher or. ..lu que la cause se trouve dans

âti ngê - pie du sol et (rue les terrains d'ancienne formation sont peuplés d'un plus grand nombre de sourds-muets que ceux de formation récente. D'autres auteurs. Gellé. Lacassagne, Boudin. Moraelie. attribuent une action prépondérante au froid qui., plus vif dans les mon::.::—, y occasionnerait des affections fréquentes de l'oreille, lesquelles entraîneraient la surdité et la surdi-mutité. Lent. Bireher ont incriminé les eaux potables, établissant une analogie entre la surdimutité et le goitre et le crétinisme qui. dans certaines régi mis, sont dues, selon toute probabilité,, à l'action de certaines sources

Schmaliz abattu ces théories d'une manière

très énergique. Après une enquête minutieuse, il est arriv- ette nclusion que le sol. le climat et autres .itions gé Logiques et telluriques n'ont aucune action sur la production de la surdi-mutité. Lemcke se range aussi à la même opinion. Nimier, comme dusion de son étude sur la réparation de la surdimutité en France, attribue surtout une influence aux conditions individuelles de race plutôt qu'aux conditions climatériques des montagnes ou du bord de la mer. D'Aguano essaye d'accorder tout le moud- el dit que l'altitude, la nature des eaux et du sol ont une influence sur la production des cas congénitaux, tandis

t — Les sourds-muets dans îe royaume de Saxe. Leipzig, ISS-i.

DISTRIE CTION m LA I D ?J>I-MTnTÉ 17

que les endémies les épidémies, plus fréquentes dans les villes, -n auraient une sur l'apparition aequ.-.

Il n'est guère possible d'attribuer une action importante au climat ou à la configuration du sol. D fait aussi froid dans la Suéde, la Norvège ou la Finique dans les montagn— le Soîsse, ependant la

surdi-mutité y est relativement rare. De même contrées, ayant des coeffie:-.. irds-muets bien

différents, ont la même composition géologiqu l'action de e-naines eaux peut -::- léfendue d'arguments assez puissants. Il est de fait que quelques régions où abondent les goitreux et les crétins sont aussi très peuplées de sourds-muets. On verra plus loin que la surdi-mutité a des liens étroits de parenté avec le goitre, le crétinisme et les aur: néiescences nerveuses : m —rencontrent dans les m familles, chacune d'elle pouvant, par transmission héréditaire, produire tontes les inhes. 1: D est à peu près établi maintenant que le goitre et le crétin is ne re connaissent pour cause étiologique l'usage de l'eau de certaines sources. Klebs aurait même découvert dan s es eaux un microbe qui. inoculé à un chien, aurait provoqué du goitre. Bircher attribue aussi le goitre et le crétinisme à l'action d'un microorg; oisme ;u*on trouverait dans le sol et qui souillerait les eaus les som - : e s arguments . Schmaltz et Lemckè répondent que 1 -

ix impures le : : ises éditions hygié-

niques qui entraînent après elles toute la séi

dégénérescences, que ce n'est pas seulement dans les montagnes qu'on trouve' cette action, mais aussi dans les cités ouvrières ou dans le voisinage des grands centres industriels. Mygind est d'avis que quelques conditions pathologiques que nous étudierons plus loin, telles que la consanguinité, la misère, certaines tares névropathiques se rencontrent plus fréquemment chez les habitants des régions montagneuses. La pathogénie de la surdi-mutité serait partout la même. Cette théorie est très séduisante; elle offre le grand avantage d'unifier les causes de cette affection ; mais il me semble qu'on ne peut enlever toute action à l'usage de certaines eaux potables, surtout si l'on admet que le goitre et le crétinisme sont produits par elles.

Sexe. — Le tableau I nous montre que la surdimutité est beaucoup plus fréquente dans le sexe masculin que dans le sexe féminin. C'est là un fait général qui ne comporte aucune exception. Au 30 octobre dernier. l'Institut d'Asnières comptait 120 garçons et 80 filles. Une statistique anglaise que nous trouvons dans le livre de Kerr Love (!), sur la surdi-mutité, et portant sur un certain nombre d'institutions du Royaume -Uni., relève 1.038 garçons pour 831 filles: Xeuert (-) a trouvé dans les institutions du grand Duché de Bade 965 garçons pour 717 filles seulement ; une

(') Kerr Love. — Deaf-mutisin. Manchester, 1806.

- Xeuert. — La smrdi-mutité dans le grand Duché de Bade, Karlsruhe, 1896.

statistique récente (*) des sourds-muets de l'Allemagne

arrive à des conclusions identiques.

Ce fait est d'autant plus surprenant que, dans tous les pays, sauf peut-être en Italie, le nombre des représentants du sexe féminin est plus grand que celui représentants du sexe masculin. Plusieurs hypoth ont été admises pour expliquer ce fait : nous aurons l'occasion d'y revenir pour les discuter.

Surdi-mutité congénitale. Surdi-mutité acquise. — Il est souvent difficile de recueillir des renseignements suffisants pour affirmer qu'un cas de surdi-mutité est congénital ou acquis. Tantôt les parents ne se sont aperçus de l'infirmité de leur enfant que parce que ce dernier, ayant atteint l'âge de deux ou trois ans, ne parlait pas. Tantôt, le nouveau-né a été envoyé en nourrice à la campagne, et. lorsqu'on est allé le chercher, au bout de deux ou trois ans, on a constaté qu'il était sourd. Malgré toutes ces difficultés, je crois avoir pu résoudre cette question pour 178 des enfants que j'ai examinés. Pour 0 seulement, la nature de la surdi-mutité n'a pu être établie.

Voici comment se répartissent ces cas.

Congénitales.

Garçons 47

Filles 41

Le nombre des surdi-mutités congénitales est à peu près le même que celui des surdités acquises.

0) Radomski. — Statistiche Nachrichten ueber ûieTaubstuminen- Anstalten Deutschlands und deren Lehrkràfce pro 1900. Posen.

Acquises.

Indéterminées.

26 SURDI-MÛTITÉ

L es auteurs qui ont fait des recherches dans le même sens ont obtenu des résultats qui, non seulement ne concordent pas avec ceux-ci, mais diffèrent beaucoup entre eux.

Voici le résumé de quelques statistiques :

Pays. Congénitaux. Acquis. Incertains.

Irlande, 1881 3.092 753 »

Prusse,1880 9.469 7.196 11.130

France, 1876 16.127 5.268 »

Etats-Unis, 1880 12.155 10.318 11.405

Ecosse, 1881 1.078 1.068 »

Norvège, 1886 933 885 8

Danemark, 1879-80 226 208 119

Wurtenberg, 1881 117 111 »

Norvège, 1886 132 204 »

Mecklenbourg-Schwerin, 1886 . 217 266 33

Duché de Bade, 1896 716 756

I nstitut d'As nières 1900 , . 88 90 9

Les proportions des deux variétés de surdi- mutité présentent des différences considérables suivant que les statistiques ont été faites par voie de recensement, comme par exemple, en France, en 1876, ou suivant qu'elles ont été établies dans les instituts de sourdsmuets, à la suite d'examens et d'interrogatoires minutieux. Dans le premier cas, on trouve un très grand nombre de surdi-mutités congénitales, dans le second, ce sont presque toujours les cas acquis qui sont en majorité. Gela tient à deux causes ; en premier lieu, les feuilles de recensement ne sont pas toujours comprises de ceux qui doivent les remplir, lesquels, en outre, n'ajoutent aucune importance aux questions posées et répondent au hasard. En deuxième lieu, lorsqu'on interroge les parents des sourds-muets, on peut leur poser des questions méthodiques, les

mettre sur la voie, leur demander surtout si L'enfant, dans les premiers mois, ne se détournait pas lorsqu'on faisait du bruit. Beaucoup de personnes, en effet, ignorent que la surdité est le fait caractéristique de la surdimutité, et concluent, de ce qu'un enfant n'a jamais parlé, qu'il est sourd-muet de naissance. Il en résulte que c'est aux statistiques dressées dans les institutions de sourds-muets et à celles qui tendent à augmenter le nombre des surdités acquises qu'il faut surtout ajouter foi.

On peut admettre que les surdi-mutités acquises figurent pour 52 à 60 0/0 du chiffre total des cas. C'est cette moyenne approximative que j'ai obtenue à l'Institut d'Asnières. Cependant, quelques circonstances peuvent se produire qui modifieront cette proportion. Les causes occasionnelles des surdi-mutités acquises, parfois épidémiques, sévissent avec plus d'intensité à certains moments ou dans certaines régions et augmentent les cas de cette catégorie, tandis qu'il n'y a aucun changement pour les surdi-mutités congénitales, dont les causes, ainsi qu'on le verra plus loin, tiennent à des dégénérescences héréditaires.

Si l'on cherche dans quelles proportions les deux sexes sont atteints de l'une ou de l'autre forme de surdi-mutité, on voit que le nombre des cas acquis est beaucoup plus considérable dans le sexe masculin. Ainsi, nous avons trouvé 47 garçons et 41 filles atteints de surdi-mutité congénitale, soit pour 100 garçons une moyenne de 87 filles. Au contraire dans le groupe des

surdi-mutités acquises, ou constate 53 garçons et 37 filles, soit pour 100 garçons une moyenne de 69 filles seulement ; Neuert a trouvé 399 garçons et 317 filles dans le premier groupe et 435 garçons et 321 filles dans le deuxième.

Les statistiques publiées sur ce sujet nous montrent que ce fait est général et que c'est surtout aux surdimutités acquises qu'on doit le plus grand nombre de cas constatés dans le sexe masculin. Les surdi-mutités congénitales sont à peu près en nombre égal dans les deux sexes.

Pourquoi, dans la première enfance, les garçons sont-ils, plus que les filles, prédisposés aux affections graves de l'ouïe? Mygincl ([) dit simplement que l'organe auditif féminin est plus résistant. Cette explication ne fait que reculer la question qui reste entière. Pourquoi est-il plus résistant? On sait que l'organisme féminin, dans son ensemble, acquiert son complet développement plus rapidement que l'organisme masculin ; ne peut-on pas émettre l'hypothèse que l'appareil de l'ouïe est aussi plus vite développé et par suite devient plus rapidement résistant aux causes pathogènes ?

Si l'on consulte les tables de mortalité du bulletin statistique de la ville de Paris, on constate que les décès d'enfants du sexe féminin sont plus nombreux que ceux du sexe masculin, dans la première année,

0) Mygind. — Sajous's Annual and analytical Cyclopœdia. 1898. Art, Deaf-Mutism.

tandis que de 1 à4ans, c'est le contraire qu'on observe, les morts de garçons atteignent un chiffre plus (-levé. Cela indique, pour le sexe masculin, dans cette deuxième période, une morbidité plus grande ou une résistance moindre aux maladies. Or, on verra, dans le cours de cet ouvrage que c'est pendant les deuxième et troisième années, et sous l'influence des maladies banales de l'enfance, que se produisent les surdimutités acquises.

Influence de la race et des religions. — Certains auteurs, Kramer, Liebreich, Hartmann, affirment que les sourds-muets sont proportionnellement quatre fois plus nombreux parmi les israélites que parmi les protestants et les catholiques. D'après Boudin, il y aurait à Berlin 3,1 sourds-muets pour 10.000 catholiques, 6 pour 10.000 protestants et 27 pour 10.000 juifs. D'autres auteurs ont trouvé des chiffres bien moins élevés, Schmaltz, en particulier, dit que les sourdsmuets israélites sont très rares dans la Saxe. Nous n'avons trouvé dans notre statistique que 4 enfants d'origine israélite. Ce chiffre de 4 sur 187 est bien peu élevé et ne permet pas de voir une prédispositon innée de la race juive pour cette affection. Nous n'avons constaté, non plus, aucune proportion anormale pour les enfants de la religion protestante. Il faut admettre que la race ou la religion n'ont pas grande importance ; ce qu'on doit surtout considérer, ce sont les conditions hygiéniques et sociales dans lesquelles vivent ces dille-

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lents groupes d'êtres humains. Au moment où Kramer et Liebreich faisaient leurs statistiques., les juifs allemands étaient relégués dans des ghettos où ils vivaient misérablement, Il en est encore de même en Russie ; aussi Tchlénov nous signale un très grand nombre de sourds-muets parmi les israélites russes. A mesure que l'état social s'améliore, la surdi-mutité subit une décroissance parallèle. A Paris, par exemple, il n'y a aucune différence dans le mode de vie des juifs, des protestants ou des catholiques, pris dans leur ensemble, de même, la surdi-mutité ne se constate pas avec une fréquence plus grande chez les uns ou chez les autres.

Nègres. — Il résulterait de quelques statistiques américaines que la surdi-mutité est assez rare dans la race nègre. Mais cette opinion n'est donnée que sous réserves, car d'autres statistiques américaines plus anciennes nous montrent une grande fréquence de la surdi-mutité chez les esclaves qui se mariaient sans souci de la consanguinité.

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