HEREDITE
L'hérédité est le plus important des facteurs étiologiques de la surdi-mutité : on peut trouver son action dans la presque totalité des cas, tantôt agisssant seule, tantôt avec le concours de maladies diverses qui viennent, dans ses premières années, frapper l'enfant dont la force de résistance est diminuée par une ascendance défectueuse. Mais la manière dont elle agit est très complexe ; il est indispensable, avant d'étudier son action dans la surdi-mutité, de montrer, en quelques mots, par quels procédés elle traduit sa puissance dans ses diverses manifestations.
L'hérédité, dit Samson ('), est la transmission des ascendants aux descendants par voie de génération sexuelle, des propriétés ou qualités naturelles ou acquises,
On distingue plusieurs modes de transmission héréditaire. Si elle s'exerce des générateurs à leurs enfants, elle est directe. On admet une hérédité collatérale qui ferait transmettre de l'oncle au neveu, d'un cousin à un autre cousin, des qualités qui proviennent en réalité
(!) Samson. — L'hérédité normale et pathologique. Paris; 1893,
d'un ancêtre commun. Cette désignation constitue un abus de langage : mais elle offre quelques avantages, car, dans la recherche des caractères, il n'est pas toujours possible de remonter à l'ancêtre commun qui les a transmis.
Si le générateur transmet à son descendant des caractères ou des tares pathologiques qu'il possède luimême, l'hérédité est dite similaire. Elle est au contraire dissemblable lorsque les qualités ou les maladies transmises ne sont pas les mêmes chez les générateurs.
H est enfin un mode de transmission héréditaire appelé hérédité par influence ou imprégnation en vertu de laquelle le premier mâle qui féconderait une femelle laisserait une empreinte telle que les rejetons ultérieurs, nés en dehors de son action, lui ressembleraient. Considérée par les uns commme physiologiquement impossible, cette hérédité par influence est soutenue par d'autres à l'aide d'arguments et de faits qu'il est difficile de ne pas prendre en considération.
Dans une revne intéressante >ur ce sujet. M. Félix - tarait rappelle que c'est à propos de chiens qu'elle s'est posée, il y a bien longtemps, pour la première fois. H cite la phrase suivante de Jacques de Fouilloux : i De quelque chien qu'une lyce sera couverte la première fois qu'elle sera en chaleur et de sa première portée, soit de mastin. lévrier ou chien courant, en toutes les autres portées qu'elle aura après, il
F. Regkault. — Gazette de hôpitaux, 22 -septembre 1894.
PATHOGENIE
s'en trouvera toujours quelqu'un qui ressemblera le premier chien qui l'aura couverte. » Des observations faites sur les chevaux, les moutons, les bœufs prouvent que cette imprégnation existe réellement au moins pour les animaux. On aurait aussi trouvé cette action dans l'espèce humaine; je n'aurais rien dit ici de cetto hérédité par influence si M. Ladreit de Lacharrière n'avait cité un cas de surdi-mutité du. selon lui, à ce mode de transmission héréditaire. « Nous avons fait. dit-il ( }), à l'Institution Nationale, l'éducation de deux sourds-muets, frères de mère seulement. La mère avait eu de son premier mariage un seul enfant sourd-muet de naissance. Devenue veuve, elle ne tarda pas à se remarier, et le premier enfant qui naquit de ce second mariage fut également sourd-muet de naissance. Elle eut ensuite d'autres enfants bien conformés et jouissant de tous leurs sens. Je dois ajouter que les deux enfants ne se ressemblent pas. » Cette observation est loin d'être concluante, car rien ne prouve que ces deux enfants ne tiennent pas leur surdi-mutité de leur mère. On constate souvent dans les familles qui ont produit des sourds-muets des séries de deux ou trois sourds, puis tous les enfants sont bien portants, et cependant les générateurs sont les mêmes. Quelques observations de Lingard (-) et Marbaix (3) tendraient à prouver la réalité
0) Goguillot. — Comment on fait parler les sourds -muets. Paris, 1889. p. 9.
(2) Lingard, — The Laneet. 1884, t. I. p. 703.
(3) Bull, de l'Acad. royale de Midccine. 1890.
de ce mode de transmission héréditaire dans certaines maladies nerveuses. Mais, quoi qu'il en soit, ces faits, dans l'espèce humaine, sont l'exception et, en 'particulier, l'étiologie de la surdi-mutité ne compte que le cas contestable de Ladreit de Lacharrière.
Nous allons étudier l'hérédité similaire dans ses manifestations directes ou collatérales; puis nous examinerons l'hérédité dissemblable et la consanguinité sous leurs multiples aspects. Enfin, un chapitre sera consacré à l'action des diverses influences qui créent des dégénérescences chez les individus et par suite l'hérédité morbide.