‹ La surdi-mutitéChapitre 59 sur 86 · MALFORMATIONS · texte numérisé non relu

MALFORMATIONS

Fibro-cartilage préauriculaire à droite. ..

Oreilles velues

Micropthalmie à gauche

Epicanthus

Strabisme

Cataracte congénitale à droite

Asymétrie chromatique des iris

Corectopie bilatérale

— à gauche

Scoliose

Lordose

Epaules fuyantes

Thorax en gouttière

— en entonnoir

— en carène

— aplati

— asymétrique

Déviation de l'appendice xiphoïde

Hernie de la ligne blanche

Hernie ombilicale

Main trop petite à gauche

Main trop grande avec tache érutile

Pouce trop court des deux côtés

Index trop court des deux côtés

— à droite

— à gauche

Index tordu sur son axe

Annulaire = médius à gauche

Médius courbé en dedans

Oligodactylie cubitale bilatérale

— à droite

— à gauche

Petit doigt trop court des deux côtés. ...

— à droite

— à gauche

Phalangette du d. droit déviée en dedans.

Gcnu valgum bilatéral

Pied plat

Pied à olygodaclylie péronéale

Gros orteil préhensile

— trop long

Deuxième orteil boaucoup plus grand que

le premier des deux côtés

2" orteil beaucoup plus grand à gauche. . 2" orteil plus petit que le 3e des 2 côtés

— à droite

— à gauche

3e orteil plus potit que le 4" des 2 côtes.

Petit orteil trop petit à gauche

Deuxième orteil dévié en dehors

Deuxième et troisièmo orteils déviés. .. .

Déviation des 5° orteils en dedans

Syndactylio des 2e et 3e orteils

Taches pigmentaires

Molluscum

Icthyose

Infantilisme <.

Nanisme , . ,

pour 100 sujets des malformations observées, comprend, outre Ténumération nécessaire de ces malformations, six colonnes groupant les sujets par catégories, d'après leur développement intellectuel déterminé par des notes pédagogiques rédigées par le personnel de l'établissement et indépendamment de l'examen anatomique, et deux colonnes groupant les sujets d'après la date de l'apparition de la surdi-mutité.

Les six premières colonnes du tableau permettent de comparer la fréquence des différentes anomalies avec l'état intellectuel des sujets. L'examen de 194 sujets est résumé dans cette partie du tableau. Les notes pédagogiques divisent ces 194 sujets en six catégories suivant leur état intellectuel.

Le nombre moyen des anomalies pour chaque individu des six catégories pédagogiques n'est pas sans intérêt; il nous montre en effet que plus l'intelligence est faible, plus grand est le nombre des anomalies.

Groupes d' Bon

après

l'état in

ellectucl.

Nomhre de sujets.

Non

ibre moyen anomalies.

Assez bon

Passable..

Faible

Très faible

Les deux dernières colonnes du tableau résument la proportion des anomalies chez 190 sujets sur lesquels on a des renseignements relatifs à la date de l'apparition de l'infirmité. Le nombre moyen des anomalies pour ces deux catégories est aussi intéressant à relever :

Nombre

Nombre moven

des sujets.

des anomalios.

Surdi-mutité congénitale . . .

Il est bon de remarquer que si les sourds-muets congénitaux présentent plus de stigmates tératologiques, ils sont aussi en général moins intelligents ; le tableau suivant est fait d'après les notes pédagogiques.

Nombre des sujets classés par catégorie au point de vue intellectuel

Surdi-mutité congénitale.

Surdi-mutité acquise

Bon

Assez bon

Passable

Médiocre

I Très Faible faible

SYMPT0MATÛL0G1E 265

On voit donc que d'une façon générale, la surdi-mutité congénitale ou réputée telle, s'accompagne de stigmates tératologiques plus nombreux et d'un affaiblissement intellectuel plus grand que la surdité non congénitale.

D'autre part, dans la généralité des sourds-muets, on observe d'autant plus de stigmates tératologiques que l'intelligence est plus faible.

De ces deux conclusions générales qui sont incontestables, on pourrait être tenté de tirer, comme déduction pratique, l'exclusion de l'enseignement supérieur des sourds-muets, les sourdsmuets de naissance et les plus déformés. Cette déduction, cependant, n'est pas justifiée, car parmi les sourds-muets non 'congénitaux et les mieux classés au point de vue du développement intellectuel, nous trouvons un certain nombre d'individus qui présentent un nombre de stigmates tératologiques supérieur à la moyenne ; et parmi les sourds-muets de naissance les plus mal classés, on trouve des individus mieux conformés que la moyenne. On est donc réduit à conclure que si l'examen anthropologique peut servir d'appoint, lorsqu'il s'agit de juger de l'éducabilité, cet examen doit concorder avec des données d'un autre ordre.

L'anthropologie nous donne des renseignements tout juste aussi précis au point de l'éducabilité des sourds-muets qu'au point de vue de la criminalité.

Je n'ai pas recherché d'une façon méthodique ces stigmates de la dégénérescence chez les sourds-muets de l'Institut d'Asnières. Cette étude est assez délicate, les enfants devant être examinés tout nus ; je n'ai pas cru devoir la faire dans un établissement qui n'est pas un hospice, mais bien une école. Cependant, le hasard m'a fait observer des faits assez curieux, non signalés par Féré, mais qui viennent à l'appui de sou opinion. Les garçons de l'Institut d'Asnières portent des habits confectionnés à la Belle Jardinière. Le coupeur de cet établissement fut surpris, après avoir pris ses mesures, de l'extrême longueur des manches de nos élèves. Il

revint à Asnières, reprit ses mesures et constata que 53 0/0 de ces enfants ont les bras plus longs que les entendants-parlants de la même taille. Le total des allongements à faire aux manches pour 62 élèves fut de lm875.. soit en moyenne plus de 0m03 par enfant. Chez quelques-uns d'entre eux., cet excès de longueur atteint 0m07.

Appareil visuel. — L'examen des organes de la vue des sourds-muets de l'Institut d'Asnières a été pratiqué par le Dr Debierre, médecin oculiste de rétablissement. Malheureusement, ce dernier, atteint d"une maladie grave, n'a pu préparer un travail complet. Les notes qu'il avait prises ont été classées par le Dr Gaudron. Voici les résultats obtenus :

Nombre des élèves examinés : 188.

Anomalies de la réfraction :

Hypermétropes 96

Myopes • • . 19

Astigmates hypermétropes 14

Astigmates myopes 2

Strabisme convergent 9

Strabisme divergent 1

Nystagmus 1

Taies de la cornée 18

Kératite parenchymateuse 3

Synéchies postérieures 2

Vestiges de la membrane pupillaire 1

Rétinite pigmentaire 1

Névrite optique 1

Décoloration des pupilles 2

Colobome congénital du nerf optique 1

Emergence anormale des vaisseaux 1

Microphtalmos .... 1

SYMPTOMATOLOOIE 267

Tuberculose. — Itard avait remarqué que les sourdsmuets devenaient fréquemment phtisiques et conseillait, pour combattre cette prédisposition, des exercices physiques de toutes sortes et surtout des exercices d'articulation vocale. Plus tard, en 1847, Esquiros constate le même fait et l'attribue à l'absence de la parole qui s'accompagne d'un fonctionnement incomplet de l'appareil respiratoire. Urbantscliitsch pense que « la parole nécessitant une respiration active et par suite des mouvements énergiques du thorax, la poitrine des sourds-muets est moins développée, elle s'aplatit et ils sont prédisposés à la tuberculose » ('). Gellé écrit que « l'absence de cet exercice salutaire (la parole) prédispose le sourd-muet à la phtisie pulmonaire et laryngée. » En 1888, Gausit (2) fait une étude consciencieuse de cette question et dit que « les sourds-muets deviennent fréquemment phtisiques parce qu'ils sont ou dégénérés ou cachectiques et que, du fait de leur cachexie ou de leur dégénérescence, ils se trouvent en état d'infériorité vis-à-vis des agents pathogènes de la tuberculose, mais la privation de la fonction physiologique du langage ne peut que rester étrangère à la production de la tuberculose. »

Mygind ne croit pas à cette prédisposition du sourdmuet pour la phtisie pulmonaire. « Pendant de longues années, dit-il. de 1824 à 1839. un tiers des sourds-

(l) Urbantschitsch. — Traité des maladies de l'oreille, traduit par Calmettes. Paris, 1885, p. 430.

(3) Loc. cit., p. 29,

muets des institutions de Copenhague mouraient de tuberculose ; mais lorsque le nouvel établissement, en 1839, remplaça les vieux bâtiments qui étaient complètement dépourvus des aménagements hygiéniques les plus élémentaires, la mortalité diminua beaucoup et. en 1870, elle n'était pas plus élevée que dans les écoles ordinaires. Cette prédisposition n"est donc pas réelle, elle est due aux mauvaises conditions hygiéniques dans lesquelles se trouvent souvent les sourdsmuets. « Kerr Love est du même avis et ne croit pas que les sourds-muets offrent un terrain tout préparé pour le développement des bacilles de Koch.

H me semble que les arguments de Mygind ne sont pas tout à fait irrésistibles. Il est incontestable qu'en améliorant les conditions hygiéniques, on diminue les causes de mortalité par maladies contagieuses : mais il s"agit de savoir si des enfants normaux auraient succombé en aussi grand nombre dans les mêmes conditions. Il a certainement existé des pensionnats d'enfants normaux aussi peu hygiéniques que les institutions de sourds-muets citées par Mygind: si la tuberculose a pu y causer des décès, elle l'a fait dans des proportions moindres. Au contraire, lorsqu'il s'agit de sourds-muets, c'est presque toujours la tuberculose qui entraine la mort et dans tous les pays. Si l'on consulte le tableau XII, où sont résumées les relations d'autopsies de sourds-muets, on voit que la cause de la mort est presque toujours la tuberculose sous ses différentes formes.

SYMPTOMATOLOGIE

À l'Institut d'Asnières, depuis la fondation, en I un seul décès s'est produit, il était dû à la tuberculose pulmonaire. D'autres enfants phtisiques ont dû, pou éviter la contagion,, être renvoyés dans leur famille. Et cependant, les conditions sont aussi bonnes qu'on peut le désirer. La nourriture est saine et abondante. Des désinfections sont faites pour le moindre prétexte. L-rS professeurs ont des notions d'hygiène assez étendues. Dans les classes où. pour les exercices d'articulation,, les doigts ou des instruments doivent être mis dans la bouche des enfants, il existe des cuvettes remplies d'une solution antiseptique dans lesquelles le maître lave ses mains ou les instruments toutes les fois qu'ils ont été souillés : les planchers des classes sont lavés toutes les semaines avec des solutions de sublimé, etc. Des visites médicales ont lieu quatre fois par semaine : tous les enfants qui présentent le moindre malaise sont tenus de se rendre à la consultation, et chaque fois qu'une bronchite suspecte est révélée l'isolement est prescrit. MM. Piogey. Debierre et moi avons poussé jusqu'à l'exagération les prescriptions hygiéniques et tous ceux qui connaissent le distingué directeur. M. Baguer, savent avec quel soin il veille à l'exécution des moindres détails. Malgré toutes ces précautions, le nombre des tuberculeux est assez considérable; il n'est peut-être pas plus élevé que dans les écoles ordinaires, mais les conditions hygiéniques de l'Institut d'Asnières sont bien meilleures. Les élèves des écoles communales rentrent tous les soirs dans leurs familles

où ils trouvent parfois des causes d'infection que n'ont pas nos petits sourds-muets, et, en outre, les classes des écoles ordinaires où les enfants crachent en toute liberté ne sont pas aussi souvent désinfectées que celles de l'Institut départemental d'Asnières.

Si nous n'avons pu empêcher complètement réclusion des cas de phtisie, c'est que plusieurs de nos sourds-muets portaient en eux le germe de cette affection. En se reportant au chapitre relatif aux dégénérescences (page 100), on peut voir que la tuberculose se rencontre fréquemment chez les ascendants des sourdsmuets ; il n'est donc pas étonnant que cette maladie si fréquemment héréditaire, se constate aussi chez ces derniers. En outre, la surdi-mutité fait partie de la famille nèvropathique de Féré. Nous avons vu plus haut que la tuberculose fait de grands ravages dans cette famille dont la puissance biologique est diminuée et dont les membres offrent un terrain tout préparé pour les germes pathogènes. C'est en somme l'opinion émise par Gausit dans son étude, en 1888.

Gomme conclusion pratique, nous dirons que les sourds-muets étant, plus que les sujets normaux, pré disposés à contracter la tuberculose, devront être placés dans des conditions hygiéniques aussi bonnes que possible. Les dortoirs et les classes seront vastes et bien aérés, la nourriture saine et abondante. Une surveillance médicale de tous les instants devra être exercée et les cas suspects seront rigoureusement isolés. On prendra toutes les précautions pour assurer

SYMPTOMAÏOLOGIE 271

Vantiseptie et la désinfection des locaux habités par les sourds-muets et des objets dont ils se servent habituellement.

Stérilité. — Certains auteurs, Lent, Wilhelmi, Mygind, ont prétendu que les mariages de sourdsmuets produisent relativement peu d'enfants. 1,75 à 2 par ménage; la statistique américaine de M. E. A. Fay donne une moyenne de 2,21 par ménage. Il faut rapprocher ce fait de la stérilité relative qu'on rencontre dans la famille névropathique ; il met en évidence le défaut d'énergie embryogénique de ces sujets. D'un autre côté, les mariages qui donnent naissance à des sourdsmuets sont habituellement très fertiles, ainsi qu'on a pu le voir plus haut, (page 44). Gomment concilier ces deux faits en apparence contradictoires? Je mécontente de les signaler.

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