FONCTION VERBALE
MrTiTÉ. — De môme que la surdité, la mutité présente des formes et des degrés divers. Dans la presque totalité des cas, elle est la conséquence de la disparition de Touïe, et plus la surdité est grave, plus la mutité est profonde. Cependant, il existe des enfants qui, atteints ou non de surdité, ne parlent pas, sont atteints d'aphasie. Lorsque l'audition est conservée, il est facile de faire le diagnostic et d'éloigner l'idée de surdi-mutité : mais lorsque ces sujets sont sourds en même temps qu'aphasiques, ce qui n'est pas très rare, le diagnostic est impossible et ne se fait qu'à la longue, lorsqu'on voit qu'aucune méthode pédagogique ne peut arriver à les démutiser. Cette aphasie se rencontre à* des degrés divers; à côté d'enfants qui n'arrivent jamais à prononcer que quelques monosyllabes, il en est d'autres dont le vocabulaire peut devenir assez étendu, mais dont la prononciation reste toujours mauvaise en dépit de tous les efforts des professeurs de sourds-muets les plus habiles. Il est très vraisemblable que de tels troubles de la fonction verbale sont dus à des lésions de l'écorce cérébrale, probablement de la circonvolution de Broca ; mais nous ne pouvons encore donner aucune
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preuve d'une telle affirmation. Quoi qu'il en soit, ces cas> que j'ai cm néanmoins devoir signaler, sont tout à fait exceptionnels et la règle est de voir la mutité résulter de la surdité.
Mutité d.\ns les cas de surdité congénitale. — L'enfant naît sourd; ne pouvant entendre les mots qu'on prononce devant lui, il lui sera impossible de les répéter lui-même et par conséquent d'apprendre àparler. Cependant, on voit souvent des sujets atteints de surdité congénitale articuler, à l'âge où les enfants normaux commencent à parler, des mots tels que papa, roa-ma ; il est probable que cette émission de sons est le résultat du fonctionnement naturel des organes phonétiques plutôt qu'une véritable manifestation du langage. Il faut néanmoins rappeler qu'il ressort des recherches de Bezold que chez les sourds de naissance, il persiste parfois des restes importants d'audition qui ne sont peut-être pas étrangers à la prononciation de ces mots.
Mutité dans les cas df, surdi-mutité acquise. — Si la surdité se produit avant l'acquisition du langage articulé, le mécanisme de la mutité est le même que dans la surdi-mutité congénitale, avec cette aggravation que la perte de l'ouïe est ici généralement plus com< plète. Si la surdité survient lorsque l'enfant a déjà appris àparler, et si le processus morbide atteint seulement l'oreille sans léser le cerveau, on voit Toubli des mots se faire peu à peu, le vocabulaire diminuer gra-
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duellement, d'nne manière d'antant plus rapide que l'âge est moins avancé et que la possession du langage articulé était moins complète. Dans de tels cas, si la surdité, même totale, se produit après l'âge de 4 à 5 ans, la mutité n'est jamais absolue et il persiste un vocabulaire assez étendu, surtout si les personnes de Tentourage prennent soin de l'enfant et l'obligent à prononcer quelques mots.
Telle est la marche de la mutité lorsque la surdité est due à une affection qui atteint le labyrinthe seul, mais lorsque le cerveau est lésé, lorsque la perte de l'ouïe est consécutive à une méningite ou à une affection cérébrale, le tableau clinique est différent. Quand l'enfant entre en convalescence, il est sourd et muet ; une certaine hébétude persiste pendant un temps plus ou moins long, au bout duquel il semble se ressaisir. On peut alors, par des procédés spéciaux, lui apprendre à prononcer quelques mots, mais il n'a gardé aucun souvenir de son vocabulaire antérieur; on est forcé de lui apprendre le sens de mots qu'il connaissait fort bien avant sa maladie. Dans ces cas, l'âge n'a sur la production de la mutité qu'une influence insignifiante. L'enfant devient muet, quel que soit son âge, qu'il ait 4, 6, 8, 10, 12 et même 14 ans.
L'histoire des maladies nerveuses nous montre des faits du même ordre ; il arrive parfois qu'après une affection cérébrale, la guérison se produit sans qu'il en résulte de la surdité ; même dans ces cas, il se peut que le sujet ait complètement perdu la fonction du
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langage ; il doit apprendre de nouveaa à parler.
Tels sont les deux procédés cliniques au moyen desquels s'établit la mutité après l'acquisition de la parole; mais il va sans dire qu'il existe des formes intermédiaires qui relèvent de Tune ou de l'autre, avec des atténuations on des aggravations, ou même qui procèdent des deux, sans ligne de démarcation bien nette; le vieil adage, natura non facit saltus, peut s'appliquer ici comme dans toutes les sciences médicales et naturelles.
Au début de cet ouvrage (page 3), nous avons fixé à 8 ans l'âge limite après lequel la surdité peut se produire sans entraîner la mutité. On peut voir, par les lignes qui précèdent, que cette délimitation était tout artificielle. Il est impossible de déterminer cet âge limite. Il entre en jeu trop d'éléments dont il faut tenir compte. En premier lieu, la nature de la maladie occasionnelle joue un râle considérable; ensuite, tel enfant de 6 ans habitant Paris est plus développé intellectuellement, a une possession plus complète du langage articulé que tel autre de 8 ans habitant la campagne. Nous avons vu souvent de petits Parisiens devenir complètement sourds à 6 ans et conserver néanmoins un vocabulaire très étendu.
Quel que soit le procédé par lequel s'est établie ia mutité, qu'il s'agisse de surdité congénitale ou acquise, il est tout à fait exceptionnel que les enfants soient complètement muets; tous peuvent articuler pa-pa, ma-ma et même des mots plus compliqués ; mais ces
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sons sont toujours émis avec une voix rauque, désagréable, présentant des caractères indéfinissables qu'on ne rencontre que chez les sourds-muets, qu'il suffit d'entendre une fois pour les reconnaître ensuite. Ce timbre constitue pour moi un des moyens les plus sûrs de diagnostic lorsque j'ai & établir des certificats d'admission pour des enfants que je n'ai jamais vus et qui, le plus souvent, se prêtent difficilement à un examen méthodique. À Taide de procédés pédagogiques appro^ priés, on arrive à atténuer, dans une mesure très large, ces défauts de prononciation ; mais il persiste toujours des notes fausses dans la voix des sourds-muets ; il en est de même chez les adultes devenus sourds ; la voix a des éclats souvent bizarres et il est bien rare de voir persister chez une personne très sourde une émission harmonieuse du langage articulé.
BXAMBH OBJBCTIF DaL'APPARBlLPHONÉTIQUE*RESPIRATOIRB
Capacité pulmonaibe. — J'ai mesuré la capacité pulmonaire des élèves de l'Institut d'Asnières à l'aide du spiromètre de Verdin, et, pour avoir un terme de comparaison, j'ai pris les mêmes mensurations sur un nombre égal d'élèves du même âge de l'école J.-B. Say. Les résultats moyens de ces mesures figurent dans le tableau XVII (page 250). On peut voir que les chiffres obtenus sont bien moins élevés pour les sourds-muets que pour les enfants normaux. Les entendants de 10 ans
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ont une capacité pulmonaire plus élevée que les sourdsmuets de 14 ans; et cependant les mensurations du périmètre tiioraciciue montreut que les élèves d'Asnières ont le thorax à peu près aussi développé que les enfants normaux du môme âge, Ces différences sont dues, sans aucun doute, à ce que les sourds-muets, malgré l'application de la méthode orale et malgré les nombreux exercices de gymnastique respiratoire qu'on leur fait faire, savent bien moins diriger leur respiration. Tandis que pour les enfants normaux, cette opération se fait facilement, sans aucune difficulté, lorsqu'on s'adresse aux sourds-muets elle devient très délicate ; il faut montrer souvent la manière d'agir et recommencer plusieurs fois pour avoir un résultat satisfaisant.
Larynx. — On a beancoup écrit sur l'état du larynx chez les sourds-muets. Gibbs (') a dit que les cordes vocales manquaient chez eux. Lemcke et Bliss affirment avoir constaté souvent des aflFections catarrhales de la muqueuse laryngienne; Salomonsen et la plupart des autres auteurs n'ont trouvé rien d'anormal. J'ai pratiqué l'examen laryngoscopique de la plupart des élèves d'Asnières et je n'ai constaté aucune altération de cet organe qu'il soit possible de rattacher à la surdi-mutité. 11 existait parfois une couleur rosée des cordes vocales, on des altérations catarrhales de la muqueuse, mais ces mêmes modifications se rencontrent aussi fréquem-
(1) Médical Time» and Gtuetle, 186S. cité par Mygind.
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ment i^ez les enfants normaux du même âge, dans les écoles Arago, Turgot et J.-B. Say.
Pharynx, gorge et nez. — Le« affections nasopbaryngiennes ont été fréquemment constatées chez les sourds-muets. Déjà, Toynbee avait signalé des épaississements de la muqueuse pharyngienne avec sécrétion abondante. Roosa et Beard avaient trouvé, chez 67 0/0 des sujets examinés par eux, du catarrhe chronique de la cavité naso-pharyngienne, Schmaitz, Bliss, Hedinger, Ladreit de Lacharrière, etc., et tous ceux qui se sont occupés des sourds-muets ont fait des constatations analogues. Lorsque Wilhelm Meyer eut fait connaître les végétations adénoïdes, ces catarrhes chroniques changèrent de nom, mais les lésions signalées se rencontrèrent avec la même fréquence. Quelques médecins, voulant oublier les lésions anatomiques constatées pont .mortem dans le labyrinthe et l'encéphale, eurent l'espoir de guérir la surdi-mutité par l'ablation des végétations adénoïdes. On vit alors Boucheron édifier, pour les besoins de la cause, son ingénieuse théorie de Votopiésis, pais Lavrand, Hamon du Fougeray, Verdos y Mauri, et bien d'autres s'efforcer, avec une foi qu'aucun insuccès n'abattait, de faire entendre les sourds-muets. Il est certain que l'ablation des végétations adénoïdes peut produire, dans quelques cas, malheureusement très rares, une légère amélioration de l'ouïe, mais les cas de guérison complète sont tout à fait exceptionnels.
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Dans les examens que j'ai pratiqués à l'Institut d'Àsnières, J'ai troavé des végétations volamineuses, gênant la respiration, accompagnées d'amygdales hypertrophiées dans près de 60 0/0 des cas. Sauf pour quelques sujets dont les parents se sont énergiquement opposés à la moindre opération, toutes ces végétations adénoïdes ont été enlevées à l'aide du couteau de Moritz Schmidt, après anesthésie au bromure d'éthyle (97 opérations ont été faites ainsi). Trois opérés, qui possédaient, avant l'intervention, un pouvoir auditif très notable, ont eu l'ouïe sensiblement améliorée. Chez les autres, l'ablation des végétations adénoïdes n'a produit aucun changement dans l'audition.
Mais cependant cette opération n'a pas été inutile ; l'état général a été très amélioré, et les fonc:tions vocale et respiratoire ont subi des modifications très avantageuses. La respiration se fait, depuis lors, dans de meilleures conditions, l'émission de la voix est plus facile et le timbre en a été souvent changé dans un sens favorable.
Lorsque les amygdales étaient volumineuses, elles ont été enlevées à l'aide de la pince de Rnault.
L'hypertrophie des cornets, des déviations et des éperons de la cloison ont été constatés dans quelques cas. Un traitement approprié en a fait disparaître les inconvénients et, chaque fois, la fonction vocale a été améliorée.
Il y a donc un intérêt de premier ordre à faire, chez les soords-muets, l'ablatjon des végétations adénoïdes
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et des amygdales et à traiter d'une manière appropriée toute affection naso-pharyngienne qu'on peut rencontrer. On améliorera rarement l'ouïe, mais presque toujours on rendra plus facile l'acquisition du langage articulé et l'émission de la voix sera meilleure.
CARACTÈRES GÉNÉRAUX OBs SOURDS-MUETS
Lorsqu'on entre dans une classe de souids-muets, on constate qne lenr aspect général ne diffère pas sensiblement de celui des élèves qui fréquentent les écoles ordinaires. Le regard, cependant, estplus mobile et suit avec plus d'attention les moindres mouvements des visiteurs ; mais cette mobilité donne à ces enfants une apparence éveillée, intelligente, qui prédispose en leur faveur.
Des recherches ont été faites pour déterminer les conditions dans lesqueUes se fait le développement physique des jeunes sourds-muets. Kerr Love a mesuré avec soin la taille, le périmètre thoracique, le tour de la tète et le poids d'un certain nombre de sonrds-muets, pensionnaires de l'Institut de Glasgow ; puis il a pratiqué les mêmes mensurations chez un nombre égal d'enfants normaux fréquentant deux écoles primaires de la même ville (Queen's Park et Washington street ('). Voici ses conclusions ;
(c A 15 ans, les sourds-muets sont, dans la plupart
(') A Queea's Park scliool, les élèves appartiennent à la classe riche, tandis que ceux de Washington street sctioo) sopt fils à'a^- Triera et de commerçants.
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des mensarations, infénears aax élèves de l'école de Qaeen's Park. Les chiffres absolus sont moindres; mais les proportions dn thorax sont mieux eu rapport avec la taille et le poids.
f Les sourds-muets âgés de 13 ans, qui ont été examinés se trouvaient dans des conditions physiques excellentes, bien meilleures que celles des trois autres séries examinées (9, 11, 15 ans). La taille n'a qu'un demi-pouce de moins que celle des enfants de l'école de Queen's Park, mais elle dépasse de un demi-pouce celle des élèves du même âge de Washington street school. En poids, les sourds-muets sont supérieurs aux enfants des deux écoles, de même pour le périmètre thoracique dont la moyenne est de 3 pouces plus élevée. Le tour de la tête est à peu près le même qu'à Queen's Park, mais an peu moindre qu'à Washington street school.
« A 11 ans, les sourds-muets ont une taille et un tour de tête un peu moindre, mais leur poids est le même. Le périmètre thoracique est plus considérable.
c  9 ans, toutes les mensurations des sourds-muets sont supérieures à celles des entendants sauf pour le tour de tête. »
A l'Institut d'Asnières, deux fois par an, le poids, la taille, le périmètre thoracique, le tour de tête sont notés ave soin; la force est mesurée au dynanomëtre, la capacité pulmonaire est déterminée à l'aide du spiromètre de Verdin. Pour établir une comparaison, j'ai pris ces pjensQratlons à l'école J.-fi. Say, à l'aide des
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mêmes instraments, sur trois séries d'élèves; voici les moyennes obtenues d'un côté et de l'autre chez des enfants du même âge :
Korflnnes das mensnratloaa fttitM sur les Baords-mnets et BOT lee èlévea de Técole J.-B. Say
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-B, Sar
1-243 1-31 27'47 aa^Si 0^9 0-62 l'OO l'iit 0"508 0-519 12'' 875 17''500 13^375 16'600