II LES DEUX SURPRISES
l'amour (3 mai 1722), reprit, cinq ans plus tard, le même titre pour donner une comédie nouvelle, cependant différente de la première quant au fond du sujet, aux acteurs du Théâtre-Français. Cette comédie porte dans le répertoire de ses œuvres l'appellation de LA Seconde Surprise de l'amour.
La première, jouée au Théâtre-Italien ', fut le triomphe de la célèbre Benozzi [Zanetta-Kose], connue à la scène sous le nom de Silvia, et dont notre erudit confrère et ami Gustave Larroumet a donné le portrait dans l'étude, si considérable et définitive, qu'il a publiée sur Marivaux^. C'est à cette exquise interprète, en effet, que la Surprise de l'amour dut d'abord son très long succès; la pièce fut même reprise plusieurs fois, et le Mercure d'août i^iZ constate que, malgré la grande chaleur de la saison, elle faisait de très fortes recettes, bien qu'elle fût alors dans la deuxième année de ses représentations. Abandonnée depuis, cette amusante comédie a reparu, de nos jours, sous une forme nouvelle, et adaptée très heureusement au genre de l'Opéra-Comique par M. Charles Monselet (3i octobre iSj'j). La parti-
1 . « Représentée par les Comédiens Italiens ordinaires du Roi », dit la brochure publiée chez la veuve Guillaume en
2. Marivaux, sa vie et ses œuvres, par Gustave Larroumet, agrégé de l'Université, docteur es lettres, professeur au Lycée de Vanves, un fort volume in-8° de 65o pages, chez Hachette, 1882.
DE L'AMOUR m
tion, un peu archaïque, écrite par M. Ferdinand Poise sur ce joli livret, a encore ajouté à Vinlérêt de la représentation. La coniédie de Marivaux, ainsi transformée, est demeurée au répertoire du théâtre de l'Opéra-Comique '.
C'est cinq ans plus tard qu'il donna au Théâtre- Français sa seconde Surprise de l'amour, pièce beaucoup plus littéraire et plus étudiée que la première du même nom, et où il avait cherché à s'élever jusqu'à la grande comédie. Il y préludait aux pièces encore plus célèbres, du même genre, qu'il devait écrire par la suite, telles que le Jeu de l'amour et
DU HASARD (lyBo), LE LeGS [l'jSG), LES FaUSSES
Confidences (lySy), etc. Mais ses procédés étaient déjà les mêmes : la recherche, et, pour ainsi dire, l'exploration minutieuse du sentiment, la finesse et même la quintessence de l'observation, la mièvrerie et les plus exquises délicatesses de l'amour, en un mot tout ce tissu complexe et léger à la fois dont il semblait recouvrir la trame un peu frêle de ses ouvrages, qui n'avaient cependant que l'apparence de la simplicité ; de l'afféterie et du charme en même temps, enfin certaines lenteurs voulues dans l'exposition et surtout dans le développement du sujet, conime pour mieux faire apprécier les agréments du
I . Les principaux artistes de la création étaient à l'Opéra- Comique : MM, Nicot, Morlet, et M™^^ Q^ni g^ ji.,;^^ Marié.