‹ La surprise de l'amourChapitre 38 sur 79 · SCÈNE IV HORTENSIUS, LA MARQ^UISE · texte numérisé non relu

SCÈNE IV HORTENSIUS, LA MARQ^UISE

La Marquise, nonchalamment.

Eh bien, Monsieur, vous n'aimez donc pas les livres du chevalier?

HORTENSIUS

Non, Madame, le choix ne m'en paroît pas docte; dans dix tomes, pas la moindre citation de nos auteurs grecs ou latins, lesquels, quand on compose, doivent fournir tout le suc d'un ouvrage; en un mot, ce ne sont que des livres modernes, remplis de phrases spirituelles; ce n'est que de

l'esprit, toujours de l'esprit, petitesse qui choque le sens commun.

La Marquise, nonchalante.

Mais de l'esprit! est-ce que les anciens n'en avoient pas?

HORTENSIUS

Ah ! Madame, distinguo; ils en avoient d'une manière... oh! d'une manière que je trouve admirable.

La Marquise.

Expliquez-moi cette manière.

HORTENSIUS

Je ne sais pas trop bien quelle image employer pour cet effet, car c'est par les images que les anciens peignoient les choses. Voici comme parle un auteur dont j'ai retenu les paroles. Représentezvous, dit-il, une femme coquette : primo, son habit est en pretintailles; au lieu de grâces, je lui vois des mouches ; au lieu de visage, elle a des mines; elle n'agit point, elle gesticule; elle ne regarde point, elle lorgne; elle ne marche pas, elle voltige; elle ne plaît point, elle séduit; elle n'occupe point, elle amuse ; on la croit belle, et moi je la tiens ridicule, et c'est à cette impertinente femme que ressemble l'esprit d'à présent, dit l'auteur.

La Marquise.

J'entends bien.

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