‹ La surprise de l'amourChapitre 39 sur 79 · ACTE II, SCENE IV · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE IV

HORTENSIUS

L'esprit des anciens, au contraire, continue-t-il, ah ! c'est une beauté si mâle que, pour démêler qu'elle est belle, il faut se douter qu'elle l'est : simple dans ses façons, on ne diroit pas qu'elle ait vu le monde; mais ayez seulement le courage de vouloir l'aimer, et vous parviendrez à la trouver charmante.

La Marquise.

En voilà assez, je vous comprends : nous sommes plus affectés, et les anciens plus grossiers.

HORTENSIUS

Que le Ciel m'en garde, Madame; jamais Hortensius...

La Marquise.

Changeons de discours; que nous lirez-vous aujourd'hui?

HORTENSIUS

Je m'étois proposé de vous lire un peu du Traité de la patience, chapitre premier, du Veuvage.

Oh ! prenez autre chose; rien ne me donne moins de patience que les traités qui en parlent.

HORTENSIUS

Ce que vous dites est probable.

La Marquise.

J'aime assez l'éloge de l'amitié, nous en lirons quelque chose.

HORTENSIUS

Je vous supplierai de m'en dispenser, Madame; ce n'est pas la peine, pour le peu de temps que nous avons à rester ensemble, puisque vous vous mariez avec monsieur le comte.

La Marquise.

Moi!

HORTENSIUS

Oui, Madame; au moyen duquel mariage je deviens à présent un serviteur superflu, semblable à ces troupes qu'on entretient pendant la guerre et que l'on casse à la paix : je combattois vos passions, vous vous accommodez avec elles, et je me retire avant qu'on me réforme.

La Marquise.

Vous tenez là de jolis discours, avec vos passions; il est vrai que vous êtes assez propre à leur faire peur, mais je n'ai que faire de vous pour les combattre. Des passions avec qui je m'accommode ! en vérité, vous êtes burlesque. Et ce mariage, de qui le tenez-vous donc ?

HORTENSIUS

De mademoiselle Lisette, qui l'a dit à Lubin, lequel me l'a rapporté, avec cette apostille contre moi, qui est que ce mariage m'expulseroit d'ici.

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