‹ La surprise de l'amourChapitre 48 sur 79 · SCÈNE VII · texte numérisé non relu

SCÈNE VII

LE CHEVALIER, Les Acteurs précédens.

Le Chevalier.

Vous m'avez peut-être attendu. Madame, et je vous prie de m'excuser; j'étois en affaire. La Marquise.

Il n'y a pas grand mal, Monsieur le chevalier; c'est une lecture retardée, voilà' tout. Le Chevalier.

J'ai cru d'abord que monsieur le comte vous tenoit compagnie, et cela me tranquillisoit. LuBiN, derrière.

Ahi! ahi ! je m'enfuis.

La Marquise, examinant le chevalier.

On m'a dit que vous l'aviez vu, le comte?

Oui, Madame.

La Marquise, le regardant toujours.

C'est un fort honnête homme.

Le Chevalier. , Sans doute; et je le crois même d'un esprit très propre à consoler ceux qui ont du chagrin. La Marquise.

Il est fort de mes amis.

Le Chevalier.

Il est des miens aussi.

La Marquise.

Je ne savois pas que vous le connoissiez beaucoup; il vient ici quelquefois, et c'est presque le seul des amis de feu monsieur le marquis que je voie encore; il m'a paru mériter cette distinctionlà, qu'en dites-vous?

Le Chevalier.

Oui, Madame, vous avez raison, et je pense comme vous; il est digne d'être excepté. La Marquise, à Lisette, bas.

Trouvez-vous cet homme-là jaloux, Lisette?

Le Chevalier, à part les premiers mois. Monsieur le comte et son mérite m'ennuient. [A la marquise.) Madame, on a parlé d'une lec-

ACTE1I,SCÈNEVII 69

ture, et, si je croyois vous déranger, je me retirerois.

La Marquise.

Puisque la conversation vous ennuie, nous allons lire.

Le Chevalier.

Vous me faites un étrange compliment.

Point du tout, et vous allez être content. [A Lisette.) Retirez-vous, Lisette, vous me déplaisez là. [A Hortensius.] Et vous, Monsieur, ne vous écartez point, on va vous rappeler. [Au chevalier.) Pour vous, Chevalier, j'ai encore un mot à vous dire avant notre lecture; il s'agit d'un petit éclaircissement qui ne vous regarde point, qui ne touche que moi, et je vous demande en grâce de me répondre avec la dernière naïveté sur la question que je vais vous faire.

Le Chevalier.

Voyons, Madame, je vous écoute.

La Marquise.

Le comte m'aime, je viens de le savoir, je l'ignorois.

Le Chevalier, ironiquement.

Vous l'ignoriez?

La Marquise.

Je dis la vérité; ne m'interrompez point.

Le Chevalier.

Cette vérité-là est singulière.

La Marq^uise.

Je n'}' saurois que faire, elle ne laisse pas que d'être; il est permis aux gens de mauvaise humeur de la trouver comme ils voudront.

Le Chevalier.

Je vous demande pardon d'avoir dit ce que j'en pense : continuons.

La Marquise, impatiente.

Vous m'impatientez. Aviez-vous cet esprit-là avec Angélique? Elle auroit dû ne vous aimer guère.

Le Chevalier.

Je n'en avois point d'autre; mais il étoit de son goût, et il a le malheur de n'être pas du vôtre, cela fait une grande différence.

Vous l'écoutiez donc quand elle vous parloit? écoutez-moi aussi. Lisette vous a prié de me parler pour le comte, votis ne l'avez point voulu. Le Chevalier.

Je n'avois garde; le comte est un amant, vous m'aviez dit que vous ne les aimiez point; mais vous êtes la maîtresse.

La Marquise.

Non, je ne la suis point; peut-on, à votre avis,

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