ACTE II, SCENE VIII
bien taciturne; pourquoi laisser sortir le chevalier, puisque ce que vous allez lire lui convient? HoRTENSius appelle le chevalier.
Monsieur le chevalier! Monsieur le chevalier!
Le Chevalier reparaît.
Que me voulez-vous?
HORTENSIUS
Madame vous prie de revenir, je ne lirai rien de récréatif.
La Marquise.
Que voulez-vous dire, madame vous prie? Je ne prie point : vous avez des réflexions... et vous rappelez monsieur, voilà tout. Je m'aperçois, Madame, que je faisois une impolitesse de me retirer, et je vais rester, si vous le voulez bien.
La Marquise.
Comme il vous plaira; asseyons-nous donc. (Ils prennent des sièges.)
Hortensius, après avoir toussé, craché, lit. « La raison est d'un prix à qui tout cède; c'est elle qui fait notre véritable grandeur; on a nécessairement toutes les vertus avec elle; enfin le plus respectable de tous les hommes, ce n'est pas le plus puissant, c'est le plus raisonnable. »
Le Chevalier, s'agitant sur son siège.
Ma foi, sur ce pied-là, le plus respectable de
tous les hommes a tout l'air de n'être qu'une chimère : quand je dis les hommes, j'entends tout le monde.
La Marquise.
Mais, du moins, y a-t^il des gens qui sont plus raisonnables les uns que les autres.
Le Chevalier.
Hum ! disons qui ont moins de folie, cela sera plus sûr.
La Marquise.
Eh! de grâce, laissez-moi un peu de raison, Chevalier; je ne saurois convenir que je suis folle, par exemple...
Le Chevalier.
Vous, Madame? Eh! n'êtes-vous pas exceptée? cela s'en va sans dire, et c'est la règle. La Marquise.
Je ne suis point tentée de vous remercier; poursuivons.
Hortensius Ut.
« Puisque la raison est un si grand bien, n'oublions rien pour la conserver; fuyons les passions qui nous la dérobent; l'amour est une de celles... » Le Chevalier.
L'amour! l'amour ôte la raison? cela n'est pas vrai; je n'ai jamais été plus raisonnable que depuis que j'en ai pour Angélique, et j'en ai excessivement.