ACTE II, SCÈNE VIII
La Marquise, Vous en aurez tant qu'il vous plaira, ce sont vos affaires, et on ne vous en demande pas le compte. Mais l'auteur n'a point tant de tort; je connois des gens, moi, que l'amour rend bourrus et sauvages, et ces défauts-là n'embellissent personne, je pense.
HORTENSIUS
Si monsieur me donnoit la licence de parachever, peut-être que...
Le Chevalier.
Petit auteur que cela, esprit superficiel...
HoRTENSius, se levant.
Petit auteur, esprit superficiel ! Un homme qui cite Sénèque pour garant de ce qu'il dit, ainsi que vous le verrez plus bas, folio 24, chapitre v ! Le Chevalier.
Fût-ce chapitre 1000, Sénèque ne sait ce qu'il dit.
Hortensius.
Cela est impossible.
La Marquise, riant.
En vérité, cela me divertit plus que ma lecture : en voilà assez, votre livre ne plaît point au chevalier, n'en lisons plus; une autre fois nous serons plus heureux.
C'est votre goût, Madame, qui doit décider.
La Marquise.
Mon goût veut bien avoir cette complaisance-là pour le vôtre.
HoRTENSiuSj s'en allant.
Sénèque un petit auteur! Par Jupiter, si je le disois, je croirois faire un blasphème littéraire. Adieu, Monsieur.
Le Chevalier.
Serviteur, serviteur.