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CHAPITRE IV

La suspension de la vie dans les organismes inférieurs.

Tout le monde sait que la vie subsiste à l'état latent dans les graines des végétaux et peut s'y conserver, pour ainsi dire, indéfiniment.

Des haricots, enfermés depuis l'année 1700 dans l'herbier de Tournefort, ont été semés en 1840 et ont produit plantes et graines.

Ridolfi a déposé, en 1853, dans le Musée égyptien de Florence, une gerbe de blé qu'il avait obtenue avec des graines trouvées dans un cercueil de momie remontant à environ 3.000 ans.

Cette aptitude à la reviviscence se retrouve à un haut degré dans les animalcules d'ordre inférieur. L'air que nous respirons est chargé de poussières impalpables qui attendent, pendant des siècles peut-être, des conditions de chaleur et d'humidité propres à leur donner une vie éphémère qu'elles acquièrent et reperdent tour à tour.

En 1707, Spallanzani put, onze fois de suite, suspendre la vie de rotifères soumis à la dessiccation et, onze fois de suite, la rappeler en humectant d'eau cette poussière organique. Il y a quelques années, Doyère fit renaître des tardigrades desséchés à la température de 150 degrés et tenus quatre semaines dans le vide.

Si l'on remonte l'échelle des êtres, on trouve des faits analogues produits par des causes diverses. Des mouches arrivées dans des tonneaux de madère ont ressuscité en Europe ; des chrysalides ont été maintenues en cet état pendant des années (Réaumur). Des hannetons, noyés, puis desséchés au soleil, ont été ranimés après vingt-quatre heures, deux jours et même cinq jours de submersion {Balbiani).

Des gTeiiouillos, des salamandres, des araignées, empoisonnées par le curare ou la nicotine, sont revenues à la vie après plusieurs jours de mort apparente {Van Hasselt et Vulpian).

M. Warburg cite, dans Entomologist, un cas remarquable de persistance de la vie chez les insectes. « Au cours d'excursions dans le Midi de la France, écrit-il, je découvris un jour, à ma grande joie, un beau spécimen de Saturnia pyr% femelle, caché dans les buissons. C'était le premier que je trouvais et je décidai, en raison de sa grosseur, de l'empailler (opération nullement nécessaire, d'ailleurs, car j'en ai conservé depuis des douzaines sans les empailler). L'insecte fut tué en l'introduisant dans un flacon à cyanure où il resta une heure durant, puis Tabdomen fut vidé et bourré de coton imprégné d'une solution de bichlorure de mercure, et l'insecte fut piqué dans la collection. Le lendemain, on pouvait le voir essayant de s'envoler. »

En 1885, M. Thibault, tanneur à Meung-sur-Loire, me communiqua l'observation suivante au sujet d'un nasicorne qu'il avait trouvé dans une fosse de tannerie pleine de jus assez concentré.

« Cet animal, très fréquent dans nos établissements, paraissait parfaitement mort et les membres étaient d'une rigidité extrême. J'attribuai d'abord le fait au tannin et, par curiosité, je posai l'insecte au soleil. Il se tenait sur les pattes comme pendant la vie. Le soir, il semblait tout aussi mort, mais les membres étaient devenus mous et le nasicorne gisait sur le flanc. Le lendemain il était revenu à la vie. Assez stupéfait de l'aventure, je le remis dans la fosse pendant plusieurs jours: même durcissement et même retour à la vie. S'il m'en souvient bien, je fis quatre ou cinq fois l'opération, mais je ne puis rien préciser sur la durée, parce que le fait remonte à plusieurs années.

« J'ai trouvé aussi quelquefois des hydrophiles vivant très" bien dans ces jus chargés de tannin et de divers acides. »

En juin 1877, le docteur Tholosan envoyait de Perse à son ami le professeur Laboulbène, qui les lui avait demandés, un lot d'acariens connus sous le nom d'argas persicus. Une lettre

accompagnait l'envoi; naais le tout fut égaré pendant quatre ans et c'est seulement le 27 juillet 1881 que la lettre et la boîte furent ouvertes dans une séance de la Société entomologique de France. On s'attendait à trouver les argas morts; mais il n'en était rien, et après ce jeûne de quatre années, la plupart se mirent immédiatement à marcher; à l'un d'eux même, M. Mégnin offrit, quelque temps après, sur le dos de sa main gauche, un repas qui fut accepté.

Le froid produit, dans cet ordre d'idées, des effets extraordinaires. Spallanzani a conservé pendant deux ans plusieurs grenouilles au milieu d'un tas de neige ; elles étaient devenues sèches, raides, presque friables et n'a^•aient aucune apparence extérieure de mouvement et de sensibilité; il a suffi de les exposer à une chaleur graduelle et modérée pour faire cesser l'état de léthargie dans lequel elles étaient plongées.

Des brochets et des salamandres ont été, à. diverses époques, ranimés sous les yeux de Maupertuis et de Constant Duméril, tous deux membres de l'Académie des sciences, après avoir été congelés au point de présenter une rigidité complète.

Auguste Duméril, fils de Constant et celui-là même qui fut le rapporteur de la Commission académique relative au crapaud de Blois, dont il sera question plus loin, publia en 1852, dans les Archives des sciences naturelles, un très curieux mémoire dans lequel il raconte comment il a interrompu la vie par la congélation des liquides et des solides de l'organisme : des grenouilles, dont la température intérieure avait été abaissée jusqu'à — 2° dans une atmosphère à — 12° sont revenues devant lui à la vie; il a vu les tissus reprendre leur souplesse ordinaire et le cœur passer de l'immobilité absolue à son mouvement normal.

M. Raoul Pictet a soumis des grenouilles à la température (Je — 28", un serpent à — 25'^ et des infusoires à — 60<* sans que la vie cessât de se manifester. Bien plus, des escargots ont supporté pendant vingt jours une température de — 130" et ont continué à vivre. Dans une conférence à l'Institut international des sciences psychiques, M. d'Arsonval a même émis l'opinion que des germes vivants pouvaient supporter le froid absolu qui règne dans l'espace interplanétaire et que,

par suite, la vie pouvait avoir été importée sur notre terre par des débris provenant d'autres mondes.

D'après les récentes expériences de M. Pictet, les poissons rouges, les tanches et, en général, les poissons qui vivent dans les étangs d'eau douce peuvent être gelés, puis dégelés sans mourir. Pour cela, il faut les laisser vingt-quatre heures environ dans une eau à 0° ; on les congèle alors lentement dans une atraosplière de — 8" à — 15°. Dans ces conditions, ils ne forment plus qu'un bloc avec la glace. Qu'on casse le bloc et qu'on mette à nu un des poissons, on pourra le briser en petits morceaux, tout comme on brise un fragment de glace. Et cependant en laissant fondre la glace tout doucement, les autres poissons qui ont été congelés, eux aussi, se remettent à nager sans donner aucun signe de malaise. Au-dessous de — 20", l'expérience ne réussit plus avec les tanches et les poissons rouges ^

Il n'y a donc pas lieu de révoquer en doute les assertions des voyageurs racontant que les habitants du Nord de l'Amérique et. de la Russie transportent des poissons entièrement congelés et raides comme du bois et les rendent à la vie en les trempant, dix ou quinze jours après, dans de l'eau à la température ordinaire; mais je pense qu'il ne faudrait point trop compter sur le procédé imaginé par le grand physiologiste anglais Hunter pour prolonger indéfiniment la vie d'un homme par des congélations successives; il n'a encore été donné qu'à Edmond About, dans son roman de L'homme à l'oreille cassée, d'indiquer comment cela pouvait se faire.

Francisque Sarcey a raconté, dans un journal, la genèse de cette amusante fiction.

Vous savez que dans cet ouvrage il s'agit d'un cuirassier de la garde impériale dont on refroidit le corps par des moyens scientifiques, sans éteindre en lui la source de la vie, et qui, cinquante ans après, dégelé par les soins d'un physiologiste, renaît à la vie et cric pour première parole :

^ Des expériences du même genre ont prouA'é que les œufs de certains animaux pouvaient aussi supporter des températures très basses.

Des œufs d'oiseaux ont continué il se tlévelopper après avoir supporté un froid de — 1", des œufs de grenouilles après — 60° et des œufs de vers a, soie après — 40°.

— Garçon, l'Annuaire !

L'idée de ce récit avait été donnée à notre ami About par Claude Bernard. Le docteur Tripier nous avait un jour invités, About et moi, à déjeuner chez lui avec l'illustre savant. Claude Bernard nous conta l'histoire des rotifères, ces animalcules qui peuvent rester dix ans, vingt ans, endormis, vivant d'une vie sourde, en état de mort apparente. On les humecte d'une goutte d'eau et ils s'éveillent aussitôt de ce long sommeil; ils s'agitent et reprennent la vie juste à l'endroit où elle avait été interrompue.

About demanda si la vie pourrait être ainsi suspendue chez des animaux supérieurs'. Claude Bernard dit qu'en ce moment il essayait de congeler des grenouilles, sans altérer leurs tissus, et qu'il ne savait s'il y réussirait.

— Et des hommes ? interrogea encore About.

— Oh ! dame ! pour les hommes, leur vie est si compliquée que rien ne serait plus difficile que de suspendre l'action de tant d'organes sans en briser un essentiel.

— Est-ce impossible ?

— Pratiquement, oui; théoriquement, non.

About rapporta de ce déjeuner l'idée de V Homme à l'oreille cassée. Il en parla à Robin 2 et lui demanda de lui indiquer avec précision les procédés scientifiques à l'aide desquels on pourrait suspendre, par un refroidissement graduel, la vie chez le bipède sans plumes que l'on appelle un homme. Robin lui donna une leçon; il n'en fallait pas davantage à About, qui traduisit dans sa langue claire, nette et spirituelle le jargon effroyablement scientifique de Robin.

En réalité, l'homme est, parmi les animaux supérieurs, celui dont l'organisme s'accommode le mieux aux températures extrêmes ^.

En Sibérie, d'après Gmelin, on a observé jusqu'à — 53%5 à Tomsk en 1735, à Kirenga — 66°,75 en 1738, et jusqu'à

* On a trouvé des moutons ensevelis sous la neige depuis 37 jours et encore vivants.

= Désigne dans le roman sous l'anagramme transparent de Karl Nilor.

' On ne trouve pas, parmi les animaux, d'aussi grandes résistances à la chaleur qu'au froid. Certains organismes résistent bien à des températures de 100°, mais il n'en est pas qui puissent supporter une température plus élevée.

Claude Bernard ayant effectué un certain nombre d'expériences à ce sujet, a vu des pigeons vivre pendant six minutes à la température de 90° ; des cobayes pendant cinq minutes à 100° ; des lapins pendant dix minutes à 100° et enfin des chiens pendant dix-huit minutes à la même chaleur. A une température plus intense, la mort sui-vient par paralysie des nei-fs de la respiration et des nerfs du cœur.

— lO"" à Jeniseik en 1735. Back, le 17 janvier 1834, au Fort Reliance, a vu le thermomètre de Fahrenheit descendre à 70° au-dessous de zéro ( — 56°, 7 centigrades). Les Esquimaux, dans leurs huttes de neige, souffrent à peine du froid. En 1832, les compagnons de Ross ont vécu et dormi dans ces huttes par une température de — 26°, 6 à l'intérieur et de

— 34° au dehors; on s'y trouvait commodément, au rapport de Ross. L'expédition autrichienne, qui s'est avancée jusqu'à 83° de latitude nord et qui est restée pendant deux ans emprisonnée dans une banquise, a eu à subir des températures de — 50° centigrades; le mercure restait gelé pendant des semaines entières. Dans l'expédition anglaise au Pôle nord de 1875, les traîneaux se sont avancés jusqu'au 83°,20; on a eu à supporter des périodes de froid terribles: pendant quinze jours, le thermomètre ne s'éleva pas au-dessus de — 33° centigrades, et le minimum fut de — 60° centigrades. Ross, Parry, Franklin ont supporté, avec leurs équipages de chiens ^, des températures de — 48° et de — 56° centigrades. Peary a constaté — 59° au pôle Nord.

J'avais souvent entendu raconter par des paysans du Dauphiné des histoires de crapauds trouvés vivants dans des pierres, notamment dans les carrières de tuf de La Buisse (Isère), mais la chose me paraissait si étrange que j'attendais, pour me former une opinion, d'avoir vu par moi-même, ou du moins par les yeux de témoins dignes de foi Un document authentique qui existe au Musée de Blois m'a conduit à faire quelques recherches sur ce sujet et j'ai pu constater que des faits analogues avaient été constatés, d'une façon positive, une trentaine de fois.

Voici les principaux par ordre de date :

D'après Georges Agricola {De animalihus subterraneis.

* M. Pictet a vu un chien vivre pendant près de deux heures à la température de — 92°.

' Le Dictionnaire d'histoire naturelle de d'Orbigny nie (tome IV, p. 320) la possibilité de ce phénomène et j'ai entendu soutenir encore récemment la même opinion i>ar les géologues les plus distingués.

1546), on a trouvé, à Imberg et à Mansfeld, des grenouilles dans des pierres si solides qu'on n'y apercevait aucune ouverture apparente quand on les fendait avec des coins.

Fulgose {De mirabilibus , 1565) parle d'un crapaud trouvé à Autun dans des conditions semblables et d'un ver, aussi vivant, qui fut retiré du milieu d'un caillou.

On trouve dans le livre publié en 1634, à Londres, par Th. Moufet, sous le titre : Insectorum sive minimorum animalium Theatrum, l'indication suivante : « Retulit mihi Fœlix Platorus, dignissimus Medicorum Basiliensum Autistes, se in centro magni lapidis serra divisi, vivum bufonem a natura inditum reperisse » (p. 248).

Alexandre Tassoni, qui vivait au commencement du xvii« siècle, rapporte que, de son temps, les ouvriers qui travaillaient aux carrières de Tivoli, près de Rome, trouvèrent dans un grand vide qui existait au milieu d'une roche une écrevisse vivante du poids de 4 livres.

En 1862, un crapaud vivant fut trouvé par les mineurs de Tilery, près Newport (Angleterre), dans un bloc de houille de 25 centimètres d'épaisseur sur 2 mètres de longueur. Ce bloc était enfoui à 200 mètres de profondeur et il fut précieusement conservé par les ingénieurs de la mine pour être exhibé dans une exposition de produits houillers.

Un journal américain a publié, il y a quelques années, la note suivante :

« Des lézards ^'ivants ont été trouvés dans le tuf des carrières de pierre à chaux de Lux et Talbott, au Nord de Andersen (Indiana). Des ouvriers en train de piocher à même la roche découvrirent une série de « poches ». Dans chacune de ces poches on trouva un lézard vivant; aussitôt retirés et exposés à l'air, ils moururent au bout de quelques minutes. Ils étaient d'une couleur cuivrée très particulière ; quoiqu'ils eussent la place des yeux, ils n'avaient pas de globe dans l'orbite. Les zoologistes déclarent, et cela semble évident, que ces lézards vivaient il y a des milliers et des milliers d'années et qu'ils ont été ainsi murés, enterrés vivants au moment de la formation de la roche. Il n'y avait aucun passage possible pour l'air dans leur étrange cellule, et naturellement aucune espèce de nourriture n'y pouvait parvenir. »

On lit dans les Œuvres d'Ambroise Paré (édition in-folio, p. 664) : « Estant en une mienne vigne près du village de Meudon, où je faisais rompre de bien grandes et grosses pierres solides, on trouva, au milieu de l'une d'elles, un gros crapaud vif, et n'y avait aucune apparence d'ouverture, et m'emerveillay comme cet animal avait pu naître, croistre et avoir vie. Alors le carrier me dit qu'il ne s'en fallait m'émerveiller parce que, plusieurs fois, il avait trouvé de tels animaux au profond des pierres, sans apparence d'aucune ouverture. »

Aldovrandi {De testaceis, fol. 81, 1642) cite un crapaud vivant trouvé à Anvers par un ouvrier qui sciait une grosse pierre.

Richardson écrivait, en 1698, dans son Iconographie des fossiles d'Angleterre: « Lorsque 'je vous ai écrit, il y a huit ans, au sujet d'un crapaud trouvé au milieu d'une pierre, moi-même j'étais présent lorsqu'on cassa cette pierre et je fus aussitôt averti par les carriers. J'ai vu cet animal et l'endroit où il était placé. Cet endroit était au milieu de la pierre et celle-ci n'était percée d'aucun trou qu'on pût voir à la vue simple. Je me souviens très bien que l'endroit où était placé l'animal était plus dur que le reste de la pierre. »

Bradley rapporte {Acta eruditorum, année 1721, p. 370) qu'il a été témoin oculaire de la découverte d'un crapaud dans le cœur d'un gros chêne et qu'on a présenté de son temps à la Société royale de Londres un crapaud trouvé dans une pierre.

On voit dans V Histoire de l'Académie des sciences (de 1717 à 1731) et dans A philosophical acount de Bradley (1721) quatre autres exemples de crapauds découverts dans de gros troncs d'arbres sans qu'on pût se rendre compte comment ils s'y étaient introduits.

En 1760 on trouva dans un mur du Raincy un crapaud que l'on supposa, d'après la date de la construction, avoir été enfermé dans le plâtre une quarantaine d'années auparavant.

J'arrive enfin au fait le plus récent au sujet duquel j'ai interrogé plusieurs témoins oculaires.

Le 23 juin 1851, trois ouvriers travaillaient à approfondir un puits près de la gare de Blois, sur le plateau de la Beauce.

Ce puits, creusé depuis deux ans, traversait successivement un banc de marne de 9 m. 73, un banc de calcaire épais de 6 m. 66 et un banc de tuf de 0 m. 85. On s'était arrêté à 19 mètres au-dessous du sol, à la partie supérieure d'une couche humide composée d'argile grasse et de silex roulés. C'est en reprenant le travail dans cette couche et à environ 1 mètre au-dessous de sa face supérieure qu'ils trouvèrent un

Silex fendu en deux, dans l'intérieur duquel on a trouvé un crapaud vivant. (D'après une aquarelle du Musée de Blois.)

silex assez gros qu'on fut obligé de frapper à l'orifice du puits pour le dégager du baquet qui l'avait monté. Le silex frappé

^ - . , se fendit en deux portions

presque égales : entre les deux fragments d'une pâte homogène et sans vides se trouvait une sorte de géode incrustée d'une légère couche de matière calcaire.

Dans cette cavité était un gros crapaud qui chercha à fuir, mais les ouvriers le saisirent et le replacè-

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Coupe du terrain et du puits au fond duquel on a trouvé le silex représenté ci-dessus.

rent dans son logement. Il

s'y blottit aussitôt en s'y plaçant de manière à le remplir complètement ; les deux parties du silex furent rapprochées ; elles s'adaptèrent avec exactitude et l'animal s'y trouva renfermé comme dans une boîte.

On entoura alors ce singulier caillou de gravats humides et on le laissa ainsi enterré sur place, sans y attacher d'importance, jusqu'au 27 juin, époque à laquelle on l'apporta en ville pour le montrer à M. Mathonet qui le présenta à la Société des sciences et lettres de Blois. La Société nomma une Commission; la Commission fit une enquête et un habile peintre fit du crapaud et de son enveloppe une aquarelle qui est conservée au Musée de Blois.

On constata que le crapaud appartenait à la variété, assez commune en France, du Bufo vîridis ou vanahilis; il pesait 15 grammes et avait 0 m. 052 de la bouche au cloaque. Il remplissait complètement en largeur la cavité qui était exactement moulée sur la partie inférieure de son corps, mais laissait un certain jeu sur son dos; son museau se trouvait légèrement encastré dans le fragment inférieur. Quand on enlevait avec précaution la partie supérieure, il ne cherchait point, dans les premiers temps, à quitter son logement; mais, au bout de quelques jours, il se sauvait dès qu'il sentait l'action de l'air et courait assez rapidement en soulevant le tronc tout à la fois sur ses quatre pattes. Quand on le replaçait sur la partie plane de la cassure, il allait de lui-même se blottir dans la cavité en arrangeant ses membres de façon à ne pas être blessé par la superposition du couvercle.

On le conservait enfermé dans son silex entouré de mousse mouillée, au fond d'une cave; on ne le vit jamais manger et on ne constata aucune déjection. .

Le 8 juillet il changea de peau.

Le 21 juillet, le docteur Monin, membre de la Société, le présenta à Paris à l'Académie des sciences, où il fut examiné par une Commission composée de MM. Elle de Beaumont, Flourens, Milne Edwards et Duméril ^. Ce dernier lut, dans la

* Les comptes rendus de l'Académie des sciences, pour l'année 1851 (t. XXXIII), contiennent Jl ce sujet les rapports suivants :

séance du 4 août 1851, un rapport très complet et très affirmatil' dans lequel ont été puisés la plupart des renseignements qui précèdent; ce qui n'empêcha point certains académiciens de manifester leur crainte d'être victimes d'une mvstiflcation, comme pour le phonographe.

Le pauvre animal ne survécut pas longtemps à son triomphe; une semaine après, il perdait encore une fois le jour et cette fois pour jamais ^

Le fait de la découverte d'un animal vivant dans l'intérieur d'une pierre où il ne pouvait recevoir ni air ni nourriture, si ce n'est peut-être en quantité infiniment petite à l'aide de fissures invisibles à l'œil nu, me paraît suffisamment démontré par les témoignages que j'ai rapportés; il reste à savoir comment l'animal avait pu pénétrer au milieu de cette pierre.

Y est-il arrivé à l'état de germe microscopique, par une fissure que l'on n'a pas su voir, pour s'y développer ensuite au point d'arriver à la taille ordinaire d'un individu adulte, malgré le régime plus que sobre auquel il était condamné?

A-t-il été au contraire surpris, il y a peut-être des milliers d'années, par un bouleversement du sol et confit, pour ainsi dire, dans une enveloppe gélatineuse où sa vie a été suspendue comme on suspend le mouvement d'une montre?

Je ne vois que ces deux hypothèses; toutes les deux sont

DUMÉRIL. — Rapport sur un crapaud trouvé vivant dans la cavité d'un gros silex où il paraît avoir séjourné pendant longtemps (p. 105-115). Remarques de M. jNIaqendie (p. 115-116).

Seguin aîné. — Crapauds conservés vivants pendant plusieurs années dans une étroite cavité et sans communication apparente avec l'air extérieur (p. 300).

Vallot. — Note sur les crapauds trouvés vivants, etc. (p. 389).

On trouve encore dans les mêmes comptes rendus pour 1852 (t. XXXIV) :

Vauteo. — Note sur une rainette trouvée à La Voulte (Ardècbe) dans un puits que l'on creusait. L'animal était caché dans les fragments de roc que la mine venait de détacher (p. 26).

Et dans les comptes rendus de 1860 (t. IV) :

DUMÉEIL. — Note relative aux pluies de crapauds et aux crapauds trouvés vivants dans des cavités closes (p. 973-975).

^ Le silex qui l'avait renfermé et son corps plongé dans de l'alcool furent déposés dans les galeries du Muséum de Paris, ainsi que l'atteste un accusé de réception signé Chevreuil, conservé au Musée de Blois qui devait en recevoir un moulage en plâtre, moulage qui n'a jamais été envoyé.

extraordinaires, c'est-à-dire qu'elles supposent des événements qui ne se produisent pas ordinairement, mais ni l'une ni l'autre ne sont absolument invraisemblables, en ce sens qu'elles ne contredisent aucune des vérités primordiales, aucun des faits certains. Il est donc sage de choisir entre les deux celle en faveur de laquelle militent des observations analogues.

Or, on ne connaît, je crois, aucun exemple d'animal ayant pu vivre et croître dans des conditions semblables ^ Des expériences directes ont, au contraire, été faites par Hérissant (de l'Académie des sciences), sur l'invitation du duc d'Orléans, à propos du crapaud trouvé dans le mur du Raincy: des crapauds ont été enfermés, sans préparation, dans du plâtre et plusieurs y ont été retrouvés vivants au bout de dix-huit mois.

En 1822, Seguin l'aîné, correspondant de l'Académie des sciences, et en 1824, Will. Edwards reprirent avec succès les essais de Hérissant. Quelques-uns des crapauds de M. Seguin moururent, mais l'un d'eux fut retrouvé vivant au bout d'une dizaine d'années. Le plâtre était exactement moulé sur lui et il en remplissait toute la cavité. « Au moment où je brisai le plâtre, dit M. Seguin, il s'élança pour sortir de son étroite prison, mais il fut retenu par une de ses pattes qui restait engagée. Je brisai cette partie du plâtre et l'animal s'élança à terre et reprit ses mouvements habituels comme s'il n'y avait eu aucune interruption dans son mode d'existence ^. »

Claude Bernard a rapporté, dans un de ses livres, une expérience analogue.

Un crapaud fut. enfermé dans un vase poreux, clos, entouré de terre saturée d'humidité, pour que l'animal ne fût soumis à aucune

^ On pourrait supposer que, le puits de Blois ayant été creusé deux ans auparavant jusqu'à la couche de silex roulés, c'est depuis cette époque que l'animal avait pu s'introduire dans la géode, mais est-il admissible que les infiltrations aient pu amener, dans une période aussi courte, assez de matières nutritives pour transformer le germe ou têtard microscopique en un animal pesant 15 grammes? .Te ne le pense pas.

^ Lettre de M. Seguin a M. Mauvais (Comptes rendus de VAcadémîe des sciences, année 1851, p. 300).

— lOi —

action desséchante. Ce vase était placé dans le sol à une certaine profondeur et abrité de manière que sa température restât à peu près constante. Au bout d'un an, exhumation du crapaud qui n'avait point cessé de vivre. La seconde année, il vivait encore, malgré ce jeûne si prolongé; mais il était considérablement amaigri. A la troisième exhumation, faite il y a très peu de temps, le crapaud était mort : mais il était peut-être mort accidentellement. L'hiver, plus rigoureux que les précédents, avait permis à la gelée de pénétrer plus avant dans la terre et le crapaud avait été saisi par le froid. Cette expérience suffit toutefois à démontrer que les animaux à sang froid supportent la privation de nourriture pendant une durée tout autrement longue que ne pourraient le faire les animaux supérieurs *.

En 1882, Charles Richet a pu conserver vivantes, pendant six mois, des tortues enfermées dans du plâtre {Comptes rendus hebdomadaires de la Société de Biologie).

Un article que je publiai, en 1885, dans La Nature provoqua une série de communications ^ sur le même sujet. Voici quelques extraits des principales.

De M. Adrien Planté :

Je puis affirmer avoir vu, dans le musée du docteur Léon Dufour, correspondant de l'Institut, à Saint-Séver-sur-Adour (Landes), qui le tenait d'un de ses flls, alors médecin-major aux cuirassiers de la garde, un bloc de plâtre dans lequel se trouvait un crapaud parfaitement conservé et qui avait été trouvé vivant quand le major des cuirassiers l'avait découvert au camp de Ghâlons. Le crapaud fut éthérisé par lui de façon à l'empêcher de sortir de sa coque solide qu'un coup de pioche avait entr'ouverte.

De M. Ch. Garnier, architecte de l'Opéra:

M. Ch. Garnier raconte qu'en visitant, en 1849, les tombeaux antiques de Cornetto (Italie), et notamment la Grande Tombe, il laissa tomber de sa poche deux louis d'or qui allèrent se nicher entre le gradin taillé dans le roc, autour du tombeau, et une vieille pierre

^ Leçons sur les propriétés des tissus vivants. Paris, 1866, p. 49. ^ Ces communications parurent principalement dans l'Intermédiaire de L'Afas et dans V Intermédiaire des chercheurs et des curieuw.

gisant prôs de ce gradin. « Les pensionnaires de l'Académie, dit M. Garnier dans son ouvrage A travers les arts, n'étaient pas assez riches pour abandonner volontairement quarante francs aux mânes des Etrusques; nous cherchâmes à retrouver notre petite fortune. » La pierre, vigoureusement saisie, est renversée sur le flanc et l'or est retrouvé. « Mais tout à côté de lui, continue M. Garnier, et juste au milieu de la place où. se trouvait la pierre, nous apercevons une espèce de galette ovale, grise, piquetée, d'environ 1 centimètre d'épaisseur au plus et de 20 centimètres de long. Gela ressemblait, à s'y méprendre, à un vieil emplâtre de poix de Bourgogne. Je crois voir un léger mouvement dans la galette, je regarde plus attentivement, le mouvement se marque et se continue, la surface de l'emplâtre se gonfle et frémit pendant que deux petites taches rondes se brisent en oscillant. Quelques minutes se passent, le gonflement se poursuit, le frémissement s'accélère, et enfin la galette se transforme en un vénérable crapaud, depuis bien longtemps peut-être aplati sous la pierre. » Le lendemain, le crapaud ressuscité avait disparu.

De M. G. DE La Benotte:

Il y a quelques années, dans un château du département de l'Eure, on avait remarqué qu'un certain endroit de la muraille sonnait le creux. La châtelaine, curieuse de voir ce qu'il y avait derrière, fit ouvrir le mur. Au liea d'un trésor qu'on espérait vaguement y découvrir, on ne trouva là- dedans qu'un gros crapaud vivant. Comment ce crapaud avait-il pu pénétrer dans cette excavation ? Comment avait-il pu vivre ? Autant de questions qu'on se posa et qui restèrent sans réponse. Je tiens l'anecdote de la châtelaine ellemême. Son château a été commencé sous Henri IV et fini sous Louis XITI.

De M. A. Baysselange :

On se disposait à équarrir un gros chêne que mon père avait fait abattre. L'ouvrier, ayant préparé ses encoches sur un côté, fit sauter un gros copeau. Quel fut l'étonnement de mon père en voyant se découvrir une cavité dont sortit un"^ crapaud parfaitement vivant ! On ne put découvrir aucune communication entre la cavité et l'extérieur. Il fallait donc que le crapaud y eût pénétré lorsqu'elle était encore ouverte et y fût resté tout le temps qu'elle avait mis à serecouvrir par la croissance de l'arbre ! Et l'on sait avec quelle lenteur grossissent les chênes I

De M. l'abbé Mairetet:

Vers l'an 1849, on traçait la route départementale de Dijon à Châtillon-sur-Seine, par Recey-sur-Ource.

Dans cette dernière localité, le tracé passait près du presbytère actuel. Un obstacle se trouvait près de cet endroit, un vieux colombier dont les angles étaient en magnifiques pierres de taille.

On le démolit et, je ne sais pourquoi, on eut besoin d'une de ces pierres qu'on choisit au hasard. Pour la partager sans la détériorer, on commença par la scier jusqu'à une certaine profondeur, puis on employa des coins de bois pour finir de l'écartcler.

Nous étions alors présents une dizaine d'enfants à peu près de mon âge ou un peu plus vieux et sept ou huit ouvriers terrassiers et autres.

Quelle ne fut pas la surprise de tous quand la pierre fut entièrement partagée : on aperçut un crapaud, de belle taille, couché dans son trou qu'il remplissait exactement. Je me rappelle très bien lui avoir vu faire quelques pas. Quelle fut sa fin ? Elle est sortie de ma mémoire. Périt-il de lui-même ? Le tua-t-on ? Je l'ignore.

Après de si nombreux siècles passés sans voir le jour, sa couleur native n'avait pas subi d'altération; elle était d'un très beau jaune d'or.

Voilà tout ce dont j'ai été témoin oculaire; je ne puis rien dire de plus.

Ce fait m'a tellement frappé que, môme aujourd'hui, je vois encore la scène comme si elle se passait actuellement.

Comment expliquer la présence de cet animal dans cette pierre ? On dira peut-être qu'il fut emprisonné au moment où les éléments de la pierre se soudèrent ensemble pour la former; mais cette formation n'eut pas lieu en un jour, une semaine, pas môme en une année, à moins de circonstances particulières. Il fallut donc à la bête un prodige de patience dans son immobilité pour se laisser ainsi enfermer.

D'un autre côté, il n'a certainement pas pu pénétrer dans cette pierre lorsqu'elle est devenue pierre.

Autre difficulté. Comment respirer et se nourrir ? Quelqu'un me demandait si la pierre n'avait pas de fissure. Non, elle n'en avait aucune. De plus, on ne place pas, dans l'angle d'une construction, une pierre qui a des défauts. Le soin qu'on prit pour la partager en deux parties prouve bien qu'elle était saine.

Sans doute les pierres les plus denses ont des pores; mais ils sont de si faibles dimensions qu'on ne comprend guère qu'ils fournissent' une quantité d'air suffisante pour entretenir la vie d'un être respirant par les poumons.

Et la nourriture, d'où lui venait-elle ?

Dans tout cela, je n'ai fait que narrer, reconnaissant ma complète ignorance pour donner une explication quelconque.

Beaune, le 9 septembre 1906,

De tout ce qui précède, on peut conclure que la conservation de la vie chez un être enfermé dans un espace clos, où il est à l'abri des causes mécaniques de destruction, est parfaitement concevable.

Le corps d'un animal peut, en effet, être comparé à une machine qui transforme en mouvement les aliments qu'elle reçoit. Si elle ne reçoit rien, elle ne produira rien; mais il n'y a pas de raison pour qu'elle se détraque si elle n'est pas détériorée par des agents extérieurs. Le paysan légendaire qui voulait accoutumer son âne à ne pas manger n'était donc théoriquement absurde que parce qu'il voulait, en même temps, le faire travailler. Toute la difficulté consiste à rompre avec de vieilles habitudes. Il ne faut pas d'à-coups; et, pour revenir à notre comparaison dé tout à l'heure, on risque de faire éclater la chaudière si on la chauffe ou si on la refroidit brusquement; mais il est possible de la faire marcher très lentement et très longtemps avec très peu de combustible. On peut même arriver à conserver simplement sous la cendre un reste de feu qui n'a pas la puissance de mettre en jeu les organes, mais qui suffira pour ranimer plus tard le foyer quand on l'aura de nouveau chargé du combustible nécessaire.

On a, pendant longtemps, classé les êtres en trois règnes nettement distincts: les animaux, les végétaux et les minéraux.

Quand on a eu mieux étudié la nature, on a reconnu d'abord que les propriétés caractéristiques des animaux et des végétaux se confondaient à mesure iqu'on avait affaire à des organismes plus simples et qu'on arrivait, par gradations insensibles dans chaque règne, à des êtres qui pouvaient appartenir aussi bien à l'un qu'à l'autre.

De nos jours, on est allé plus loin et on a constaté chez les minéraux des propriétés qu'on croyait spéciales aux êtres vivants: organisation cellulaire, faculté de nutrition et d'assimilation, irritabilité et sensibilité, motilité, reproduction, formes individuelles caractéristiques, maladies dues aux mêmes agents qui les produisent chez les végétaux et les animaux.

Gos affirmations, quelque singulières qu'elles jDaraissent au premier abord, ont été mises en lumière par divers savants, notamment par M. Dastre \ dont je me bornerai à citer plus loin un passage relatif aux cristaux.

Il semble que la matière brute acquière par des changements de composition et d'architecture moléculaire des propriétés qui les rapprochent de plus en plus de la matière vivante ; on peut se demander si elle ne subit pas ainsi une évolution qui l'amène progressivement à l'état des animaux et des végétaux inférieurs. Le premier germe de vie ne serait-il pas produit fortuitement dans l'une de ces combinaisons innombrables qui ont dû avoir lieu au cours des siècles? Dans ce cas, il serait permis de supposer que le phénomène de reviviscence des anguillules et des rotifères serait dû, non pas à un réveil de vie latente, mais à une création nouvelle de la vie en donnant à la matière morte persistante, par l'adjonction d'une certaine quantité d'eau, la composition nécessaire pour la doter de propriétés nouvelles.

« Il existe chez le cristal, dit M. Dastre, quelque chose d'analogue à la nutrition, une sorte de nutrilité qui est l'ébauche de la propriété fondamentale des êtres vivants. Le point de départ, le germe de l'individu cristallin est un noyau primitif comparable à l'œuf ou à l'embryon de la plante ou de l'animal. Placé dans un milieu de culture convenable, c'est-àdire dans la solution de la substance, ce germe se développe. Il s'assimile la matière dissoute, il s?en incorpore les particules, il s'accroît en conservant sa forme, en réalisant un type ou une variété de type spécifique. L'accroissement ne s'interrompt pas. L'individu cristallin peut atteindre d'assez grandes dimensions si on sait le nourrir — on pourrait dire le gaver — ■ convenablement. Le plus souvent, à un moment donné, une nouvelle particule du cristal sert à son tour de noyau primitif et devient le départ d'un nouveau cristal enté sur le premier (c'est un bourgeonnement).

« Retiré de son eau-mère, mis dans l'impossibilité de se nourrir, le cristal, arrêté dans son accroissement, tombe dans

* A. Dastre, La vie et la mort.

un repos qui n'est pas sans analogie avec la vie latente de la graine ou de l'animal reviviscent. Il attend le retour des conditions favorables, le bain de matières solubles, pour reprendre son évolution. »

Nous voyons ici ce qu'on peut appeler la vitalité du cristal déterminée, comme pour les animaux et les végétaux, par un germe.

Mais quelle est l'origine du premier germe qui est ici un petit cristal?

De nos jours, on en a vu apparaître spontanément dans la glycérine.

Jusqu'en 1867, on ne connaissait pas la glycérine cristallisée et l'on avait vainement essayé d'en produire artificiellement: quand on refroidissait la glycérine, elle devenait visqueuse, mais ne cristallisait pas.

Un jour de cette année 1867, on trouva dans un tonneau envoyé de Vienne à Londres, pendant l'hiver, de la glycérine cristallisée et Grookes montra les cristaux à la Société chimique de Londres.

Quelques années après, on signalait de nouveau la formation accidentelle de cristaux de glycérine dans une fabrique de Saint-Denis.

On ignore encore comment ces cristaux ont pu se former, mais ils ont une postérité. On les a semés dans de la glycérine en surfusion et ils s'y sont reproduits. Il y a maintenant à Vienne (Autriche) une usine qui pratique l'élevage en grand dans un but industriel.

On a reconnu que les cristaux fondent à 18°, de sorte que si l'on ne prenait pas des précautions pour les préserver, il suffirait d'une année, avec des étés suffisamment chauds sur toute la surface de la terre, pour faire disparaître complètement tous ces cristaux et en détruire l'espèce jusqu'à ce qu'un nouveau concours fortuit de circonstances ou la découverte d'un chimiste permette de la reconstituer.

On trouve, du reste, dans l'histoire de la civilisation des processus analogues.

Jusqu'au moment où l'homme apprit à tirer des étincelles par le choc de deux cailloux ou par le frottement de deux

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morceaux de bois sec, tout feu nouveau était l'enfant d'un fea plus ancien.

Avant qu'on eût découvert l'électro-magnétisme, les aimants n'étaient engendrés que par des aimants préexistants au moyen de passes qu'on appelle la simple ou la double touche.

L'homme arrivera-t-il à créer scientifiquement des vies élémentaires au moyen de la combinaison de matières inertes par elles-mêmes? C'est ce qu'on est tenté de prévoir d'après les expériences récentes du directeur de la station géologique de Roscoff. ^ ^

En 1908, M. Yves Delage a pris sept œufs d'oursins non fécondés par le mâle et les a traités par l'eau de mer renforcée par certains éléments, dont le principal était l'ammoniaque. Sur ces sept œufs, trois se sont développés normalement et ont donné des oursins qui ont vécu.

On peut objecter que le germe de vie se trouvait en partie dans les matières constitutives de l'œuf qui avaient été élaborées dans le corps vivant de la femelle, mais il n'en reste pas moins établi que les idées courantes sur l'origine, la transmission et les caractéristiques de la vie doivent être aujourd'hui singulièrement modifiées.

Grenoble, imprimerie Allier frères, cours de Saint-André, 26.

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