HISTORIQUE
A l'heure actuelle, on n'hésite plus à suturer un olécrâne fracturé et mal consolidé ; on discute seulement pour le cas des fractures récentes. Quoi d'étonnant à ce que l’on trouve dans l’histoire de la suture osseuse une première période où les fractures anciennes seules sont l'objet d’une intervention, puis une seconde où l’on devient plus hardi etoù les fractures, même récentes, sont rendues justiciables de la suture ?
La première idée de la suture semble remonter à Sheldon qui, en 1789, proposait de mettre à nu les fragments, de les aviver et de les réunir en passant un fil au travers; 1l se défendait, d’ailleurs, de mettre en pratique sa conception théorique.
C’est donc à Lister que revient, à juste titre, le mérite d'avoir le premier, en mars 1873, suturé un olécrâne fracturé ;
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la fracture était ancienne et dalait de cinq mois. Le résultat fut satisfaisant, les suites des plus simples. En 1877, 187, deux nouvelles interventions non moins heureuses, mais qu'il publie seulement en 1881, lui attirent de nouveaux imilateurs.
Déjà Cameron, de Glascow, en 1878, répare un eal fibreux par la suture ; Henry Smith oblient un succès dans un cas où la consolidation fibreuse tardait trop.
Il s’agit encore de fractures anciennes dans les cas de W. Rose (1880), Mac Cormac (1881), Walsh, Laver (1882).
Hors de l'Angleterre, Peil Schneider, Langenbeck (1881), Trendelenburg sont, en Allemagne, les imitateurs de Lister.
Eulin, en 1882, Ollier fait pour la première fois en France une suture de l'olécrâne, non plus pour fracture ancienne, mais pour fracture ouverte avec double fragment. L'on s’achemine ainsi peu à peu vers la suture immédiate.
D'ailleurs Lister, en 1883, communiquant ses deux succès de 1877 et 1878, considérait l'intervention comme le procédé de choix applicable à tous les cas : « Réfléchissant aux grands inconvénients qui peuvent résulter dans bien des cas du traitement ordinaire, je pense que si nous sommes réellement sûrs de ne faire courir aucun risque à notre malade, le devoir nous oblige à le faire bénéficier de la nouvelle méthode. »
La Société de chirurgie de Paris, en novembre 1883, se fait l'écho de l’une et l’autre opinion. M. Chauvel, qui rapportait un cas de suture ävee succès appartenant à M. le docteur Beauregard, du Havre, condamne hautement l'opération. Avec lui, Gilette, Verneuil, Desprès, Le Fort, se montrent adversaires énergiques du procédé, qu'ils ne comprendraient que dans les cas de fractures compliquées de plaies ; ils insistent sur les dangers que crée l'ouverture d’une articulalion, citent à l'appui les cas de mort de Langenbeck, Bull, Mac Cormac, Wood. Il s'agissait d’ailleurs là de la rotule et ces revers devaient s'expliquer plus tard, après enquète, par des fautes contre
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l’asepsie. Mais, sans se laisser influencer par eux, Lucas-Championnière, Pozzi et Richelot défendent déjà vigoureusement la suture osseuse : « Après avoir constaté, dit Championnière, la bénignité de ces opérations, après la lecture des conelusions de Lister, chirurgien sage et prudent entre tous, j'avoue que J'ai une grande tendance à n’en pas rester là, etje me demande moi aussi si l'ouverture des articulations n'est pas le véritable traitement à appliquer aux fractures de lolécräne , même récentes. Je n'ai pas encore conclu, mais je suis près de conclure et par l’affirmative. »
Clark et Cagnol, en 1883, Jessop, Mac Cormick et Ein, Parker en 1885, obtiennent chacun un succès. On trouve également un cas cilé dans le traité des fractures de Hamilton et Poinsot, de 1885, cas appartenant à Lesser.
Jusque-là, en Amérique, l'opération de Lister avait trouvé peu de partisans. Cependant Fraipont cite un cas en 1887, Manley publie deux observations dans le Pittsburg med. review, l’une datant de 1887, l'autre de 1890, et Mackay une autre en 1888 dans le Canada Lancet de Toronto.
En Italie, Coselli, de Gênes, pratique en 1888 trois opéralions de suture de l’olécrâne, toutes suivies de succès.
La même année, un cas de Symes, cas heureux.
À ce moment, Mac-Éwen, de Glascow, ramène la question à l'ordre du jour dans un long article où il étudie les causes de non-consolidation et se montre le partisan enthousiaste de la suture osseuse dans tous les cas.
En France, de 1889 à 1893, Gigon, Springer et Vercoustre, dans leurs thèses, rapportent un cas de Déxanneau, un cas de Berger, trois cas de Michaux, un cas de Vercoustre lui même, et signalent une intervention de Reverdin.
Depuis cette époque, depuis 1893, les cas que nous avons pu rassembler sont au nombre de 6: Tachard en 189%,
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Adenot en 1895, Keetley en 1898, Vollbrecht en 1900, Routier en 1900, Rollet en 1901.
Pour notre propre compte nous apporions deux faits inédits, datant de 1896 et 1902, où l'intervention fut faite par M. le professeur Forque.
Récemment, M. le professeur Berger, de Paris, a préconisé pour les fractures de l’olécräne la méthode du cerclage qu'il pratique depuis 1892 pour la rotule. Un seul cas a été publié par lui en décembre 1901,
Si les cas de suture osseuse de l’olécräne restent encore rares, cela tient surtout au peu de fréquence de la fracture elle-même, mais la méthode tend de plus en plus à trouver des adeptes.