‹ La sylviculture françaiseChapitre 14 sur 20 · L EXPLOITATION · texte numérisé non relu

L EXPLOITATION

L'exploitation forestière ne diffère pas en principe de l'exploitation agricole, industrielle ou commerciale.

Toute exploitation comporte un compte d'inventaires du matériel périodiquement renouvelé et un compte de recette et dépense.

De la balance de ces comptes résultent le mérite de l'exploitation comme affaire et les règles d'administration auxquelles elle doit être soumise. On voit notamment s'il convient d'augmenter, de diminuer ou de modifier dans sa composition le matériel et comment doit être organisé le service, qui se divise naturellement en deux parties, le contrôle et l'exécution.

Anciennement les forêts se distinguaient par leur destination en taillis, clairs chênes et hauts bois ou futaies pleines. Les premières seules étaient assujetties à des exploitations annuelles régulières. Dans les

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autres on n'exploitait qu'en cas d'urgente nécessité, et chaque fois seulement en vertu de lettres patentes, difficiles à obtenir et à faire vérifier.

Saint- Yon rapporte * qu'en 1418, le bois manquant à Paris, Charles VI délivra des lettres patentes pour l'exploitation de 300 arpents du domaine, taxés à 8 fr. l'un, et qu'en 1446, en pareille circonstance, un arrêt de parlement condamna Charles VII à supporter dans les bois du domaine une coupe dont le prix fut taxé par l'arrêt.

Très anciennement l'usage s'est établi de réserver dans les coupes de taillis des arbres destinés à fournir le bois de service dont on a journellement besoin. Ces arbres étant des futaies, le régime des défends leur était applicable, la coupe devait en être autorisée chaque fois par lettres patentes ; le taillis seul était exploité dans la coupe ordinaire.

Cet état de choses dura jusqu'à l'établissement des réserves par contenance, qui furent fixées au tiers 2 et finalement au quart ^ de la contenance des forêts. Le quart en réserve restait soumis au régime nbusif des défends, et dans le surplus , l'usance , on délivrait avec la coupe ordinaire de taillis les futaies dépérissantes. La coupe de futaies non dépérissantes, lors-

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* Ord. de mai 1597, art. 30.

3 C. de Henri III, liv. XVI, t. XXI, art. 6. — Ord. do 1669, t. XXIV, art. 2.

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qu'elle était nécessaire, ne pouvait avoir lieu qu'en vertu de lettres patentes K

Le régime des défends ne constitue pas une méthode d'exploitation proprement dite, car il ne comporte ni règle culturale ni contrôle. Ce serait plutôt un système de conservation, mais défectueux et manquant son but, car au lieu de conserver les forêts, il les conduit fatalement à la ruine en occasionnant les délits par la disette de bois qu'il entretient, et en ne laissant dans la forêt que les bois de rebut avec la coupe par pieds d'arbres. Vainement l'ordonnance de 1376 substitua à la coupe par pieds d'arbres la coupe par contenance, l'assiette en était incertaine et elle ne fit pas cesser la coupe par pieds d'arbres.

Ce régime, dont on voit encore la trace dans la législation actuelle, a mis en évidence la nécessité des coupes annuelles régulières, et par là donné naissance à l'art forestier, qui a son point de départ dans l'ordonnance de 1573.

La méthode française prescrit la coupe annuelle par contenance de proche en proche et équivalente à l'accroissement. L'ordre dans la forêt est assuré. Le problème de la sylviculture est bien posé, mais on n'en donne pas la solution, qui est cependant des plus simples et même connue de tout le monde. Il suffit en effet, comme en toute exploitation, d'établir

i Ord. de 1669, l. XV, art. 12, et t. XXIV, art. 3.

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rinventaire du matériel de la forêt, de le renouveler périodiquement, et la manière de procéder ainsi que les attributions particulières à chacun des deux services administratifs en découlent naturellement.

L'évolution vers cette solution naturelle a été lente mais progressive, et nous avons vu qu'au moment d'aboutir, la sylviculture française, désertant son antique tradition, s'est rattachée aux théories pseudoscientifiques de l'école allemande.

Ces lenteurs et cette aberration viennent évidemment de ce qu'on n'a pas, dès le début, procédé par inventaire, comme on le fait en toutes choses.

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