La symbolique
« Il est trois ouvrages, a dit S. M. le roi de Prusse , » dont je suis prêt à récompenser dignement une » bonne réfutation : le premier, c'est la Symbolique » de Mœhler. »
Ce livre déjà classique en Allemagne , adopté comme tel dans plusieurs universités"^, parvenu à sa quatrième édition en moins de deux années, traduit dès son apparition en latin et en italien, est encore presqu'inconnu en deçà du Rhin. On a cru servir la cause de l'Eglise , qui est la cause de la vérité , la cause de Dieu même , en donnant une traduction française de cet ouvrage capital.
Le but de la Symbolique est de confronter en quelque sorte les Symboles ou confessions de foi des diverses communions chrétiennes, d'en exposer l'antagonisme, de faire ressortir la cohésion , l'harmonie intérieure du dogme catholique , sa conformité avec l'Evangile et avec la raison , tout en démontrant combien les autres doctrines sont en contradiction , soit avec elles-mêmes , soit avec la révélation.
Ce qui fait surtout l'originalité du travail de Mœhler, c'est, d'une part, qu'il réduit toute sa polémique à une simple comparaison des documens pour ainsi dire ofli-
''Par exemple à Giessen. Voy. îc Catholique, journal religieux. XII' année, iG" vol., 12^ cahier.
f^tes
ciels de celle coiilro verse , ôlant ainsi aux sectaires la ressource de rejeter la monstruosité de leurs enseignemens sur tel ou tel théologien qu'ils s'empresseraient de désavouer; c'est, d'autre part, qu'au lieu de voir dans chaque proposition hétérodoxe une erreur accidentelle et isolée, née du caprice de l'hérésiarque à qui elle est due , il la présente dans son enchaînement avec d'autres erreurs , établissant ainsi la filiation et la connexilé philosophique des fausses doctrines dont chaque hérésie se compose.
On est étonné , par exemple , que , dans ses emportemens les plus inouïs , Luther lui-même soit demeuré instinctivement assujetti à je ne sais quelle logique intérieure, de sorte que ses erreurs les plus disparates en apparence se tiennent par un lien secret, et que tout ce qu'il y a de faux dans ses ouvrages peut être ramené à une première et fondamentale erreur sur l'état primitif de l'homme; erreur qui ne lui permettoit plus d'apprécier ni la véritable notion de la chute originelle , ni les suites réelles de cette chute , ni par conséquent les moyens de réparation qui nous sont offerts.
Celte première aberration est la clef de tout le protestantisme. Le froid Calvin , de même que Luther, s'explique tout entier par une autre erreur non moins radicale sur la condition première de Thumanité.
Ici se présentent naturellement toutes les plus hautes questions de la philosophie , l'origine du mal , la liberté de l'homme, sa déchéance et sa réhabilitation; problèmes insolubles pour la sagesse humaine , qui ont tourmenté les plus puissantes intelligences depuis Platon
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jusqu'à Kant , et dont le catholicisme seul , à rexclusion des sectes séparées de l'unité romaine , offre une solution vraiment satisfaisante.
L'ouvrage se termine par une revue complète de toutes les déviations du protestantisme jusqu'au Schwedenborgianisme et au méthodisme que Bossuet n'a pu voir. C'est donc comme un complément indispensable à l'immortelle Histoire des Variations.
Les vues de M. Mœhler sur le catholicisme ne sont ni moins vastes^ ni moins profondes. L'idée du Dieu- Homme , voilà le fondement de tout l'édifice. Durant sa vie mortelle , le Sauveur a prononcé la parole du salut. Mais il n'a pas seulement vécu il y a dix-huit siècles 5 il habite toujours au milieu de nous plein de grâce et de vérité. Il est à jamais le docteur éternel, ses divins oracles retentissent à travers les temps , son Esprit mène au Père, son amour resserre les liens de l'unité i Plénum veritatis. Dans les célestes mystères , il fait l'homme enfant de Dieu, fortifie Tadolescent, bénit l'union des époux *, versant le baume sur toutes nos plaies , c'est lui qui nourrit ses frères , qui encourage le fidèle sur le bord de la tombe 5 c'est lui qui consacre les organes par lesquels son infatigable bonté répand tous ces bienfaits , toutes ces faveurs : Plénum gratiœ. Caché sous des formes humaines, le Sauveur continue d'agir dans son Eglise*, tous les jours, il y renouvelle l'œuvre de la rédemption.
D'après cela qu'est-ce que l'Eglise ? c'est Jésus-Christ reparoissant toujours, vivant éternellement-, c'est l'incarnalion permanente du Fils de Dieu. De là il suit que
la société des fidèles participe aux prérogatives du Rédempteur, qu'elle partage ses attributs. Or Jésus-Christ est ce qu'il est et non autre, sans cesse le même , à jamais immuable , donc l'Eglise est une. Le Verbe s'est fait chair, il a pris une forme extérieure, donc l'Eglise est visible. Le médiateur est Dieu : l'Eglise est infaillible. Le Christ est le prêtre éternel : l'Eglise n'a pas de fin. En un mot, comme en Jésus-Christ, la divinité et l'humanité , bien que distinctes entr'elles , n'en sont pas moins étroitement unies, de même l'Eglise est divine et Iiumaine tout à la fois : eMe est dwine, car elle représente le Sauveur d'une manière vivante -, elle est humaine, car elle est une société composée d'hommes.
Ainsi , dans tous les dogmes catholiques , se fait jour cette idée sublime, ineffable, l'idée de l'Homme-Dieu^ ainsi nous voyons partout la nature s'associant à la grâce, Télément terrestre à l'élément supérieur. On ne suivra pas sans intérêt le développement de cette pensée fondamentale ^.
* On nous permettra de citer ici quelques journaux allemands. L'Allemagne si morcelée sous le rapport géographique , si divisée sous celui des doctrines , l'Allemagne où l'opinion n'est pas centralisée dans une seule ville, mais où l'engouement de Vienne ou de Berlin est sévèrement contrôlé par les critiques de telle autre capitale j l'Allemagne, disons-nous , n'a eu qu'une voix pour exalter le mérite de la Symbolique de Mœhler,
« Evidemment nous viendrions trop tard , dit un critique, si nous prétendions appeler l'attention publique sur un ouvrage qui , publié il y a deux mois , en est déjà à sa seconde édition. Traduite en latin et en italien , la Symbolique de M. Mœhler a été saluée par les applaudissemens unanimes des catholiques. Pour obtenir un si favorable accueil, il faut qu'un écrit fasse comme une révolution dans la science.
') Nous ne craignons pas de le dire , celui dont nous parlons est une nouvelle aurore pour l'Eglise catholique Il n'est pas moins
La Symbolique a trouvé de nombreux adversaires ; le protestantisme dévoilé , remué jusque dans ses entrailles, s'est senti frappé au cœur. Aussi Pflanz, Nitzsch, Marheineke, Gieseler, Sartorius, Tafel, docteurs , professeurs , superintendans , se sont hâtés tous de mettre
instructif pour les protestans, auxquels il fait voir, l'histoire à la main, la filiation et le développement de leur doctrine, en même temps qu'il leur montre le dogme catholique dans toute sa pureté et toute sa lumière : il les met ainsi à même de porter un jugement sain et assuré sur la controverse qui sépare les deux églises...
» Bien que nécessairement composé d'élémens souvent hétérogènes, l'ouvrage forme un système complet, dû à de mûres études, à de longues recherches , à un travail infatigable pour la disposition des matières. Il se distingue par l'ordre le plus méthodique. Non content de mettre en regard les oppositions doctrinales , l'auteur fait voir leur connexité intrinsèque, et montre comment l'une est nécessitée par l'autre en ramenant chaque doctrine à son idée mère et fondamentale. Toujours avant d'exposer l'antagonisme des divers symboles, il développe une savante théorie sur le dogme controversé ; se plaçant à différens points de vue, il pénètre jusqu'aux dernières profondeurs ; et c'est ainsi que les contrariétés de doctrine ressortent avec la plus vive clarté. Esprit d'ordre et d'analyse, lucidité d'expression, force de raisonnement, sublimité d'images, éclat de coloris, sentiment profondément religieux; tout ici va de pair et concourt à former un livre du plus grand attrait. La dogmatique, l'histoire de l'Eglise et des hérésies, la connoissance des Pères, l'exégèse, l'archéologie , la philosophie , l'histoire profane ; en un mot, toutes les branches principales et accessoires de la science théologique sont tributaires de l'écrivain...
» Jamais on n'a renfermé tant de matière dans un si court espace. « ( Allfjemeiner Religions - und Kirchenfreund. VII« année , i*"^ cahier. Wurtzbourg 1833. )
« Personne avant M. Mœhler, dit un autre écrivain , ne s'étoit annoncé au monde savant par un semblable ouvrage. La polémique contre les protestans y est élevée à la dignité de science.
» La Symbolique est la fidèle expression du dogme catholique.... Quiconque n'est point indifférent à la grande scission du XVP siècle, n'aura po'nt assez d'esîimc pour un tel livre, point assez d'exprès-
la main à l'œuvre j l'attaque est devenue générale. Plusieurs écrivains catholiques , entre autres le célèbre Gunter, Staudenmayer, Kuhn, sont alors descendus dans la lice ; de sorte que cet ouvrage est maintenant le centre de toutes les disputes entre les deux camps. La faculté évangélique de Tubingue a aussi donné sa réfusions de reconnoissance pour l'homme qui s'est chargé d'un aussi vaste travail. Nous pouvons le dire sans exagération, l'ouvrage de M. Mœhler fera époque dans l'histoire de la théologie. » ( Der Katholik, journal religieux publié à Spire sous la direction de MM. Weiss et Rœss ; ce dernier est supérieur du grand séminaire de Strasbourg. Xlle année, 46^ vol. 12^ cahier. )
« Sur la Symbolique de M. Mœhler, tel est notre jugement définitif : Sous le triple rapport de l'érudition , du raisonnement et de la profondeur, la littérature ne connaît point d'ouvrage semblable. » ( ubi supra, 47^ vol. 3« cahier, p. 367. )
« Toute la Symbolique décèle à la fois une vaste érudition et un jugement d'une pénétration infinie ; pour la clarté de l'exposition , la profondeur des pensées , la force du raisonnement, M. Mœhler laisse bien loin derrière lui tous ses devanciers. » ( Sion , journal d'Augsbourg, 3e cahier, 1834. )
« Parmi les ouvrages de théologie publiés dans ces derniers temps, on doit sans contredit placer au premier rang la Symbolique de M. Mœhler. Partout ce livre décèle une richesse d'érudition qui rappelle les anciens Pères, les Origène, les Terlullien, les Augustin, etc.» ( Jahbûcher fur Théologie und christliche Philosophie. 3^ vol. 2^ cahier 1834.)
A ces témoignages on pourroit en ajouter une foule d'autres. Les protestans eux-mêmes ont rendu hommage à l'impartialité, à la profondeur, à l'érudition de l'auteur de la Symbolique. Un écrivain célèbre parmi les siens , M. Augusti , conseiller du consistoire de Coblentz, membre des académies de Berlin et de Munich, etc., porte ce jugement : « Après d'excellens travaux sur les Pères et la dogmatique , travaux qui révèlent un riche talent , M. Mœhler vient de donner, dans sa Symbolique, un ouvrage dont peut être fière l'Eglise romaine, et auquel nous devons appliquer le vieux adage : Iniroiie, nam et hic dii sunl l Dans cet écrit , qui a trouvé le plus favorable accueil, l'auteur combat Uéglise évangélique, par ses propres symboles, avec beaucoup de profondeur et de pénétration. Il raéritoit
talion ; mais elle a bientôt jugé plus utile à sa cause d'opprimer, de tramer dans l'ombre. Après avoir essuyé toutes sortes de persécutions, M. Mœbler s'est vu forcé de quitter sa patrie. L'université de Munich s'est empressée de l'admettre au nombre de ses savans professeurs.
Nous dirons ici quelques mots sur un ouvrage opposé à la Sjmholique, d'autant plus que nous verrons ce qu'est aujourd'hui le protestantisme au-delà du Rhin.
L'auteur, M. Baur *, regarde la doctrine de Calvin comme le véritable enseignement évangélique. Or voici les principes fondamentaux érigés par le docteur de Genève. 1° L'homme n'est pas libre, c'est une machine vivante dont les ressorts sont dans la main du suprême E-égulateur. 2° En conséquence Dieu opère toute chose, le mal comme le bien , par le moyen de la créature. 3** Antécédemment, de toute éternité, tel est prédestiné à la gloire , et tel autre à la damnation "^^ -, en créant les réprouvés, Dieu n'a d'autre fin que de les dévouer aux
mieux que tout autre que quelques-uns de nos théologiens les plus estimés le soumissent à un examen sévère, et s'attachassent sérieusement à le réfuter. Aussi plusieurs sont-ils descendus dans la lice; un combat s'est engagé, qui se poursuit encore à cette heure, et qui ne peut être qu'avantageux aux deux églises. Seulement il seroit à désirer, pour le bien de la science, qu'il se continuât avec autant d'impartialité, de modération et de dignité qu'il a été commencé, n ( f^otjages à la recherche d'une religion, par Thomas Moore ; traduit de l'anglais et accompagné de notes, par le docteur Augusti ; Cologne, 1835. p. XIII. )
Si le temps nous le permettoit, nous pourrions citer encore Marheineke, Nitzsch, Sartorius , Tafel et bien d'autres.
* Voici le titre de cet ouvrage : Hcponse à l'écrit de 31. Mœhler contre la doctrine et l'Eglise protestante.
'* Telle est aussi la foi prèchce par Luther et par Mélanchlhon au
peines de l'enfer. 4° Dans la régénération, la lâche héréditaire n'est pas détruite , mais seulement affoihlie. 5° La foi justifie , mais la foi seule j car toute bonne œuvre est à jamais impossible à l'homme.
Or Baur sature de panthéisme ces propositions des réformateurs, puis il donne son assemblage comme l'unique enseignement qu'avouent l'Ecriture et la raison. Il dit :
1° La religion est le sentiment de notre dépendance absolue : définition qui détruit elle seule la liberté morale, puisqu'elle montre l'homme purement passif entre les mains de Dieu.
2° La notion d'être fini implique l'idée du mal , c'està-dire , tout ce qui a des limites est mauvais par cela même ; car où finit le bien , là commence le mal nécessairement. Autant qu'il est un écoulement de la souveraine Essence , l'homme est bon ; mais comme , en créant , Dieu ne pouvoit produire que des êtres finis , l'homme est à cet égard sous le poids du péché. C'est ce (■e que veulent dire les réformateurs, ajoute le disciple de Calvin , quand ils enseignent que Fauteur de toute chose opère le mal.
3° Cette limitation , cette qualité d'être fini que tout homme apporte dans ce monde, voilà le péché originel.
4° Adam , tel que le montrent les Ecritures avant sa chute , n'est pas une personne réelle ; mais seulement ridée, le type, le modèle de l'humanité. Il nous trace l'idéal auquel nous devons tous atteindre ; il peint
commencement de la réforme. Le premier dit : « Dieu vous plaît ioisqu'il couronne les indignes, il faut qu'il vous plaise aussi quand il damne les innocens. » ( Luther, de scrvo arbiirio, p. 465. )
l'homme parfait, l'homme consommé .^ il figure en un mot le dernier terme de la nature humaine.
5° En Jésus-Christ , Dieu s'est fait homme \ c'est-àdire en Jésus-Christ a paru l'image vierge et pure , le plus haut idéal du genre humain. Tous nous portons au fond de notre être un principe, un germe divin : eh bien, dans le Rédempteur ce principe s'est développé au suprême degré, ce germe a fait éclore et mûrir ses plus beaux fruits.
6° La foi au Sauveur justifie , mais non pas les œuvres 5 car la faute originelle , pour être affoiblie , ne subsiste pas moins dans l'homme régénéré. En effet ^ l'idée d'être fini , nous l'avons vu , a pour corrélatif l'idée du mal, et nous ne sommes pas faits Dieu par la justification.
1"^ Dans la suite des siècles , tous sont rachetés en Jésus-Christ ; mais , comme plusieurs n'ont pas la foi dans leur existence terrestre , ils n'arrivent à la perfection que dans l'immortel séjour. Or voilà, dit notre théologien , ce qu'entendent les réformateurs par le dogme de la prédestination. Tel homme est prédestiné à la gloire et tel autre aux flammes dévorantes ^ cela veut dire que les uns brisent leurs chaînes déjà dans ce bas monde , tandis que les autres ne s'éveillent à la vie que dans le monde à venir. En un mot, l'élection divine ne concerne que l'état présent de l'humanité *.
* Cette théorie est empruntée au professeur Schleiermacher, mort dernièrement à Berlin. En général les protestans d'Allemagne sont ou panthéistes ou naturalistes, et cela se conçoit facilement. Luther brise le lien vivant qui rattache l'élément supérieur et l'élément humain. Or de cette heure il faut dire ou que tout est Dieu ou que tout est fini.
Quelle doctrine étrange! Que d'erreurs! Que d'absurdités ! Encore avec tout cela Baur échappe-t-il aux objections de M. Mœbler ? nous le verrons dans un instant. A l'égard de ses attaques contre le catholicisme , un mot va nous mettre à même d'en juger. Ecoutons : La doctrine de l'Eglise donne dans le pélagianisme , dans le nestorianisme , dans le gnosticisme , dans le docétisme , dans le judaïsme, dans le paganisme, dans le kantianisme ( pris en mauvaise part ) , dans le panthéisme , dans le matérialisme ; elle nie le péché originel et la rédemption -, elle est froide , morte , relâchée , équivoque , etc. '*'. Qui ne se lasseroit de lire tant d'inepties? On nous dispensera bien, j'espère, de parler des injures que le professeur répand à pleines mains sur M. Mœhler ^ sous le rapport du courage , je voulois dire de l'impudence , Baur est un héros.
Voilà où la Sjmholique a réduit les protestans 5 car si le docteur de Tubingue nous a jetés dans l'etonnement , il étoit forcé de descendre à ce point d'absurdité.
M. Mœhler a montré, dans un nouvel ouvrage '^"*', que l'enseignement de Baur est contraire à la raison , contraire à la parole écrite , puis en contradiction flagrante avec les principes des réformateurs. Dès que l'homme parvient à la conscience du moi , dit notre auteur, il se sent dans la main de son conseil. Et d où viennent les cris de la conscience 5 pourquoi des récom-
* Voyez l'ouvrage cité, p. 40 et suiv., 68, 59, 164, 1G5 , 287, 592, 300, 375 et passim.
** Nouvelles recherches sur les contrariétés dogmatiques entre les, catholiques et les protestans. 2'' édition, Mayonce, 1834,
penses, des peines, des châlimens, si la liberté n'est qu'un vain nom? Bref, ce système, Lliomme est sous le poids de la nécessité, renverse la différence entre le bien et le mal , sape les fondemens de toute société , fait de Dieu le plus injuste des tyrans.
La rédemption , d'un autre côté , est une grâce de Dieu , un acte de l'infinie miséricorde. Voilà l'idée que nous en donnent les Livres saints. Or, si l'iiomme n'avoit point dans sa volonté le mobile de ses actions , auroit-il besoin de grâce et de miséricorde .^ Le Sauveur a dissipé nos ténèbres et guéri nos cœurs , il a ramené les hommes dans la voie droite , il déclare que sans lui nul ne peut aller à son Père 5 il n'est donc pas vrai que la réparation prenne sa source dans la nature humaine.
Enfin les prétendus réformateurs avoient aussi conçu la rédemption comme une grâce de Dieu j jamais ils n'élevèrent l'homme à la dignité suprême *, ils reconnurent dans Jésus-Christ le Fils éternel du Très-Haut 5 ils enseignèrent d'ailleurs que quelques peines sont réservées au coupable : toutes doctrines incompatibles avec la théorie que nous combattons. Ainsi Baur renverse jusqu'aux vérités maintenues par ses maîtres 5 il ébranle le christianisme dans sa base, et détruit toute morale parmi les hommes.
Avant la Symbolique, M. Mœhler étoit déjà connu en Allemagne par deux ouvrages remarquables. Le premier est /' Unité de l Eglise, ou le Principe du catholicisme. La vérité et l'amour, dit M. Mœhler, sont les fondemens de la société des fidèles. En conséquence il divise son
livre en deux parties. Dans la première , il mon Ire la vérité triomphant , comme doctrine , de toutes les hérésies; dans la seconde, on voit comment l'amour, fille de la vérité, unit tous les membres deTEglise en un même corps , bannit à jamais le schisme et la division. (( Cet ouvrage n'a point encore été égalé , dit un écrivain -, il ne cessera de long-temps d'être un beau monument du riche talent de son auteur *. »
Le second écrit de M. Mœhler n'a pas trouvé un accueil moins favorable ; il est intitulé : Histoire de saint Atlianase et de V Eglise de son siècle.
La traduction de la Symbolique a été faite sous les yeux mêmes de l'auteur. Nous ne saurions dire avec quelle complaisance il nous a aidés par ses conseils 5 qu'il daigne recevoir l'hommage public de notre reconnoissance.
Enfin on s'est fait un devoir rigoureux de n'omettre aucune note de l'original. Elles sont dues à de longues recherches ; plusieurs éclaircissent des faits peu connug ou même ignorés en France , toutes sont nécessaires dans le plan de l'ouvrage. Enfin si on en ajoute quelquesunes , on a ?oin de les indiquer par un astérisque , afin que le lecteur sache aussitôt ce qui n'est pas de l'auteur.
* Staudenmayer. Der Katholih , eine religiœse Zeitschrift. 47e vol. 3e cahier, p. 367.
Un critique français blâme un passage de l'Unité de l'Eglise; mais il seroit facile de montrer qu'il s'est grossièrement trompé sur le sens de l'auteur.