PREFACE DE L'AUTEUR
Tout livre a une double histoire ; l'une précède, l'autre suit son apparition. L'auteur seul peut éciire la première. Aussi le public lui fait-il comme un devoir de la révéler au grand jour, de montrer et les circonstances extérieures qui provoquèrent d'abord ses reclierclies , et les raisons fondamentales, intrinsèques, qui l'engagèrent à publier son travail. A ces deux égards , voici ce que nous avons à dire au lecteur.
Cet écrit doit son origine à des leçons publiques sur les contrariétés dogmatiques entre l'Eglise et les protestans. Depuis longues années , dans toutes les universités d'Allemagne, les luthériens et les réformés donnent des cours sur cette grande
controverse. J'ai toujours fort approuvé I. h
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cet enseignement : je voulus le transporter dans le domaine catholique.
Regardez là tout près de vous , plusieurs symboles se disputent l'empire des intelligences 'y la discorde religieuse a porté ses ravages et dans l'Eglise et dans l'Etat 5 le schisme, l'hérésie ont ébranlé l'Europe jusque dans ses fondemens. Il faut que le théologien remonte à la source de ces commotions 9 qu'il en saisisse , pénètre tous les ressorts; il faut qu'il apprécie les nombreuses doctrines qui, toutes, se renomment de Jésus. Fut-il jamais objet plus digne de ses travaux? Si, dans cette immense carrière, il se contentoit de quelques notions vagues , superficielles, incertaines, pourroit-il se croire au niveau de sa mission?
Mais si la science veut que le théologien approfondisse les nouveautés du seizième siècle , l'estime , le respect de lui-même ,
la paix, la sécurité qu'il doit apporter dans son âme , lui commandent cette étude plus impérieusement encore. L'Eglise qui m'a reçu dans son sein est-elle de Dieu , mènet-elle au Rédempteur? la tente qui m'abrite ne caclie-t-elle pas un énorme précipice ? cet examen nous est imposé par la raison comme par notre Auteur. Quoi!
nous fermerions les yeux sur l'origine et l'authenticité de nos idées religieuses et morales ^ nous les détournerions avec mépris de nos destinées éternelles. Et comment goûterions -nous le repos de l'âme , la paix de la conscience , si au milieu de vastes corporations qui disent toutes posséder la vérité pure, nous étions là sans connoissances , incapables de tracer nettement notre position? Il est bien encore ici une sorte de sécurité , un engourdissement léthargique 5 mais cette indifférence ravale l'homme au niveau de îa briiîe.
Ainsi nous nous devons tous à nousmêmes, nous devons au Créateur de sonder les bases , d'examiner la force ou la foiblesse de la société religieuse à laquelle nous appartenons. Or cette reclierclie nécessite la connoissance des communions opposées. D'ailleurs on ne peut embrasser, pénétrer scientifiquement une doctrine quelconque, si l'on n'a tout ensemble la vue de son contraire. Il y a plus, c'est que l'exposition d'un système dogmatique, s'il repose sur un fondement solide , en est en même temps l'apologie. Montrez au fidèle une proposition dans son véritable jour : il possède tant d^idées religieuses et chrétiennes, qu'à l'instant il en saisit la convenance ou la contradiction avec l'Evangile.
D'un autre côté , le ministre de la parole , surtout chez les peuples divergens de croyances, ne peut satisfaire à toutes ses
xxr oLligatioiis j s'il n'est à même de tracer exactement la ligne qui sépare les différentes églises. Le cycle des fêtes catholiques , il est vrai , ne donne point occasion à des discours de controverse : car les unes se rapportent à la vie du Sauveur et aux vérités qui édifient la foi commune 5 les autres célèbrent la mémoire des héros chrétiens, des hommes illustres qui affermirent le royaume de Dieu sur la terre et lui obtinrent de nouvelles conquêtes. Ainsi, à part quelques rares exceptions , le prédicateur n'aura point à traiter directement notre sujet. Mais ses instructions sur le dogme catholique n'iront-elles pas d'autant plus sûrement à leur but^ qu'il en aura mieux étudié l'antagonisme dans les autres symboles ? Je dis plus , il faut que les fidèles soient instruits sur les doctrines distinctives des confessions. Voici un devoir essentiel du catéchiste. Et d'où vient l'em-
barras de taut de catholiques, quand ils se trouvent en face des protestans? D'où vient leur indifférence pour toutes les religions? C'est qu'ils ignorent et l'enseignement antique ^ et les nouveautés des sectes séparées. D'où vient que les faux prophètes trouvent encore accès parmi nous? D'où vient qu'il leur est encore permis d'empoisonner les sources de la foi? C'est qu'on ignore et la doctrine orthodoxe, et les monstruosités de l'hérésie.
Voilà quelques-unes des raisons qui m'encouragèrent : voici celles qui me déterminèrent à publier mes leçons.
Dans ces derniers temps, les évangélistes ont mis au jour plusieurs ouvrages sur la Symbolique : VldLiik, y Marheineke, Winer, Clausen et d'autres, se sont essayés dans ce genre d'écrit. Du coté des catholiques , plusieurs théologiens sont aussi descendus dans la lice, on a vu pa-
roître une foule de productions contre les travaux des hétérodoxes. Cependant le but que se proposent tous ces auteurs^ c'est de ramener Fancienne doctrine à sa véritable base 5 aucun, du moins que je sache, n'expose les nouveautés du seizième siècle systématiquement. Ainsi, en donnant au public le résultat de mes leçons, j'ai cru remplir une lacune très sensible dans la littérature catholique.
De plus , quand j'étudiai les sources , il me sembla que ce champ n'é toit pas épuisé, qu'il pou voit fournir encore une abondante moisson. Pour ne parler que du point de vue historique , il est clair qu'une foule de dates, dont on n'a point tiré un assez grand parti, offrent des aperçus lumineux sur les rapports des confessions. Si mes recherches n'ont point été stériles dans cette carrière, le public en jugera. -Néanmoins j'ose le dire, il y a ici quelques
indices qui montreront au théologien que ses travaux ne resteroient pas sans récompense, s'il les tournoit de ce côté. Depuis quelques dizaines d'années , les plus beaux talens sacrifient leur temps j leur vie même à l'étude des mythes anciens , de religions séparées de nous par l'espace du temps et des lieux. Sans doute ils rendent de très grands services à la science 5 mais l'examen, l'investigation des croyances qui nous touchent est d'autant plus rare que son objet est plus près de naus. Nous avons bien plusieurs ouvrages sur les rapports les sectes protestantes 5 mais vainement chercherions -nous, dans leurs auteurs, les connoissances qui peuvent seules ëclaircir ce sujet.
En publiant cet écrit, je voulus aussi ramener la paix dans les deux camps. J'ai toujours pensé qu'on pourroit atteindre ce but, si l'on mettoit en lumière l'antago-
iiisme des confessions. Toutefois je ne me promis jamais une réunion prochaine. Et comment seroit-elle possible aujourd'hui?
Lorsqu'il n'existe plus de lien , plus de société entre les intelligences j quand on révoque en doute les dogmes les plus sacrés , qu'on nie jusqu'à la divinité du céleste Libérateur 5 lorsqu'enfiri on appelle foi l'assentiment à ses propres opinions , alors nul rapprochement n'est possible que dans l'indifférence. Je n'espère donc pas ôter la pierre de scandale } mais ne pourroit-on du moins rappeler la paix , la bonne harmonie entre les différentes églises? C'est ce que je me suis demandé.
On croit souvent que la controverse n'a pas ses racines dans le cœur du christianisme. Cet idée enflamme la discorde, envenime les passions. Deux adversaires qui se combattent sans voir la nécessité du combat, se méprisent Fan l'autre, se
méprisent eux-mêmes. Or qu'arrive -t- il de là? On attaque son ennemi avec colère 5 puis on donne le change à sa propre conscience , en prenant les injures pour le zèle de la vérité. Yoilà le principe de la bile , du noir cliagrin de tantd'a uleurs. Souvent aussi, dans l'ignorance du vrai point de la controverse, on invente de fausses différences : nouvelle source de haine , de déchiremens j car rien ne blesse, rien n'irrite comme une objection mal fondée. On se taxe d'entêtement, de mauvaise foi 5 on s'accuse de sacrifier l'Evangile à l'intérêt particulier. Ecoutez les protestans : L'ambition sacerdotale , la haine des lumières , le rampant servilisme : voilà les colonnes de l'édifice catholique. Plusieurs de leurs adversaires ne parlent guères autrement : L'orgueil , la recherche de soi-même , le désir, l'ardeur du commandement, l'amour effréné de la li-
ceiice 5 les passions les plus abjectes en un mot ; telles sont les causes qui donnèrent le jour au protestantisme. Malheureusement on ne peut le nier, dans tous les partis , vous trouvez des hommes qui cherchent les avantages d'une secte , d'une faction, d'un système, mais non pas les intérêts de la vérité. On ne peut nier tout cela , sans doute ; mais asseoir les communions sur de pareilles bases, c'est faire preuve d'un esprit singulièrement étroit. Si donc on pouvoit détourner l'attention des personnes et la ramener sur les choses mêmes*, pense-t-on que ce seroit un petit avantage ? Nous le disons sans craindre de nous tromper, on reconnoitroit bientôt que la controverse porte sur le centre de l'éta-
* Ce vœu de l'auteur a été complètement réalisé. Ils en conviennent eux-mêmes, la Symbolique a forcé les protestans de revenir à leur propre doctrine. Voyez par exemple , la Gazette évangéKque, octobre 1834. {Noie du trad. }
xxyiii blissement chrétien. Les adversaires , dès lors y se croiroient sincères , de bonne foi 5 la paix se rétabliroit entre les églises , et nous verrions se développer le plan que la Providence s'est proposé dans une rupture si douloureuse.
Je dois enfin rappeler une circonstance qui j si je me souviens bien^ fit naître en moi le dessein de livrer cet écrit à l'impression. Le luthéranisme fut pendant long-temps banni de l'Allemagne ^ du moins n'inspiroit - il plus aucune voix dans l'opinion publique. Le noir calvinisme , d'un autre côté, ne put jamais s'asseoir dans ma sage patrie 5 s'il obtint quelques partisans-, toujours il lui fallut subir de grandes modifications. Ses foyers furent constamment une partie de la Suisse , de la France , puis la Hollande , l'Angleterre et l'Ecosse. Aujourd'hui les temps sont changés. On a vu l'ancien
évangélisme sortir du tombeau 5 Luther j à l'heure qu'il est, trouve de zélés et quelques savans défenseurs. Bientôt, comme on peut le croire , les nouveaux docteurs attaquèrent l'Eglise avec acharnement, tournèrent contre elle toutes les armes qui leur tombèrent sous la main.
En alliance intime avec les piétistes, favorisé d'ailleurs par un des cabinets les plus influons d'Allemagne*, ce parti voit se grossir le nombre de ses sectateurs.
Dans cette conjoncture ou jamais, c'est un devoir aux catholiques de dessiner clairement leur position. Ceci n'est pas aussi facile qu'il paroît au premier coup d'œil. En effet , depuis quelques vingtaines d'années, les naturalistes attaquent l'élément divin j le protestantisme orthodoxe, au contraire, anéantit l'élément humain.
* Par le roi de Prusse. On sait que sa Majesté est animée d'un -zèle vraiment évangélique.
Il feut donc nous tourner d^un pôle à l'autre, nous transporter dans un tout autre monde religieux. Cependant le catholique a cet avantage que sa foi comprend la liberté et la grâce , le divin et l'humain j disons mieux , son symbole est l'unité de ces deux natures. Par cela même, notre doctrine embrasse le rationalisme et le protestantisme 5 elle réunit, concilie ces deux extrêmes. Luther a conquis aux matérialistes la liberté de rejeter ses propres enseignemens 5 et voilà le seul lien qui les unisse à la réforme. De l'autre côté, les protestans ne peuvent, logiquement, exclure les matérialistes de leur communion : et c'est tout ce qu'ils ont de commun avec eux. Le catholicisme, au contraire^ pénètre les deux systèmes j il est en affinité intime avec l'un et l'autre , il a tout ce qu'ils ont, moins leurs vues étroites. Partant d'un point commun, ces erreurs s'at-
tachèrent l^une à la racine et l'autre aux branches 5 mais Farbre est resté dans toute sa vigueur.
Encore un mot. La profondeur^ la pédanterie , la défiance allemande , comme on voudra , m'a imposé l'obligation de rapporter de nombreux passages. Il faut que le lecteur soit mis en état d'examiner, de comparer les matériaux, d'apprécier le jugement de l'auteur j il faut qu'il puisse prononcer en dernier ressort. J'ai supposé que plusieurs n'ont pas sous la main les écrits symboliques des protestans 5 et, si je ne pouvois tenir un juste milieu, j'ai mieux aimé manquer en donnant trop que pas assez. D'ailleurs presque tous ces extraits sont renvoyés dans des notes. Celui donc qui ne voudra pas les lire , pourra les passer facilement 5 mais pour ceux qui veulent approfondir le sujet par eux-mêmes, il seroit plus difficile de se les procurer.