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il est toujours au milieu de nous, plein de grâce et de vérité.
Ainsi, considérée comme sacrifice, la messe est la célébration des faveurs accordées à Fliomme en Jésus -Christ ; puis immolant à Dieu une victime sans tache , elle a pour fin , soit d'exprimer la vive reconnoissance des fidèles , soit de nous appliquer sans cesse les mérites de la rédemption. Et qui ne voit combien cette doctrine fait éclore de vertus dans les cœurs ? Rapprochant de notre esprit tous les bienfaits, toutes les actions du Sauveur, elle enfante la foi , Fespérance , la charité , en un mot tous les sentimens qu'exige la présence d'un Dieu trois fois saint ; et puis l'Agneau céleste offert en holocauste , nous obtient la grâce divine qui développe et féconde ces saintes dispositions. Comme selon les catholiques , la sanctification est étroitement unie au pardon des péchés; comme d'un autre côté, la grâce n^opère dans l'homme qu'autant qu'il agit avec elle , de là l'observateur pouvoit déjà conclure qu'il ne suffit pas d'assister de corps à l'action sainte pour qu'elle produise son effet.
Le sacrifice de la messe est aussi offert pour les vivans et pour les morts. Dans l'immolation, du Christ , nous prions le Ciel pour toutes les personnes qui nous sont chères , nous les recommandons à la clémence du Dieu des miséricordes.
Le chrétien ne peut se concentrer en lui-même ; sa charité s'étend à tous les hommes : mais combien à plus forte raison doit-il penser à ses frères dans le mystère d'amour? Combien doit-il demander le pardon des péchés du monde ? La société des fidèles avec les bienheureux et les puissances supérieures est aussi renouvelée dans la sainte oblation ; car les esprits consommés sont unis au divin Sauveur^ et nous ne pouvons contempler son ouvrage sans en voir en même temps tous les effets. Enfin unissant au sacrifice toute notre existence, tous nos mouvemens, nous offrons à Jésus-Christ nos douleurs et nos plaisirs, nos larmes et nos joies. En un mot, dans la célébration de la mémoire du Christ, le bienfaiteur du genre humain, nous glorifions et supplions notre Père céleste; dans les souffrances nous lui demandons des forces et des consolations ; dans la prospérité, l'abnégation de nous-mêmes , le détachement des biens de la terre.
Jusqu'ici cependant nous n'avons considéré la messe que comme sacrifice, il faut maintenant l'envisager sous un autre point de vue. Ainsi que déjà nous l'avons dit, les fidèles confessent qu'ils ne trouvent en eux qu'indigence et corruption ; que, sans la victime eucharistique, ils ne possèdent rien qui puisse être agréable à Dieu. Dans le sentiment de cette profonde misère , ils s'aban-
donnent à la bonté divine en Jésus-Christ , espérant toute grâce, toute miséricorde. Par cet acte de confiance et d'abnégation , le fidèle est , pour ainsi dire, sorti de lui-même ; il s'est séparé de son existence éloignée de Dieu, pour ne plus vivre qu'en Jésus -Christ et par Jésus- Christ. Or de ce moment le Sauveur peut entrer dans le cœur de son disciple , s'unir à lui par la communion ; le chrétien dès lors peut être rempli de la substance divine. Que si aujourdliui tous les fidèles ne communient plus chaque dimanche , comme dans les premiers siècles, on doit en rejeter la faute sur leur tiédeur et non pas sur l'Eglise; car toutes les prières de l'action sainte supposent une communion réelle de la part de tous les assistans. Au reste l'Eglise exhorte instamment ses enfans à s'unir d'esprit à la communion du prêtre, afin de recev^oir Jésus-Christ au moins spirituellement'. Yoilà le culte que nous rendons à Dieu sur nos autels : culte ineffable , profondément religieux.
^ Concil Trid. sess. XIÏÎ. c. VIÏI i « Quoacl usiim aiitem recte et sapienter Patres nostri très rationes hoc sanctum sacramentum accipiendi distinxerunt. Quosdam enim docuerimt sacramentaliter duiitaxat id sumere , ut pcccatores , alios autem spiritualiter, illos nimiriim , qui voto propositum illum celestem. panem edentes , tîde viva , quœ per dilectionem operatur, fructum ejus, et utilitatem sentiunt ; tertios porro sacramentaliter simul et spiritualiter : hi autem sunt , qui se prius probant et jîistruunt , ut vestem nuptialem induti , etc. «
"plein de vie et de vérité. Sans doute l'homme charnel qui ne peut croire encore à l'incarnation du Fils de Dieu^ parce qu'il sent Lien qu'en admettant ce mystère il doit tourner tout son cœur vers Jésus-Christ; cet homme, sans doute, ne peut voir dans la messe que superstition , qu'erreur, que folie. Constamment elle nous invite à confesser notre foihlesse , notre néant ; puis , représentation vivante de l'amour immense , éternel , qui nous a donné jusqu'à son Fils unique, elle éveille la reconnoissance la plus vive , la charité la plus ardente. Quiconque se déclare contre cet acte, veut ramper sur la terre, ou hien n'y voit que les cérémonies ^ les génuflexions du prêtre, que V habit quil porte à l'auteL Celui qui méconnoît les besoins du cœur de l'homme ainsi que le Lut élevé du céleste libérateur dans l'institution des sacremens ; celui surtout qui , à l'exemple des manichéens, rejette ces divins mystères comme grossiers et charnels; celui-là aussi trouvera nécessairement le dogme catholique inconcevable. Aux yeux de cet homme , le culte n'est spirituel qu'autant qu'il est faux : les bonnes pensées qu'il excite au-dedans de lui par la seule force de son esprit, les sublimes contemplations auxquelles il s exerce^ ^ les fermes projets, les saintes résolu-
* On reconnoît les paroles de J.-J. Rousseau. [Note du trad.)
lions qu'il forme dans son cœur ; c'est à Dieu seul , c'est au Christ idéal qu'il les présente , mais non pas au Christ qui a souffert et qui hahite parmi nous. Et cependant , par le fait de la manifestation du Yerhe , le culte du cœur doit avoir un fondement extérieur ; il doit , dans sa forme , représenter le Sauveur au milieu des souffrances , car il s'est révélé comme victime pour les péchés du monde. Mais comment l'homme qui a compris toute l'incarnation du Fils de Dieu , qui voit avec joie que c'est maintenant à lui de déposer la vie apparente pour reprendre une vie réelle et divine ; l'homme qui sait que la doctrine du pardon des péchés et de la divinisation de notre être ne peut lui être d^aucun avantage , tant qu'il ne Ta pas réalisée au-dedans de lui-même ; comment cet homme-là , disons-nous , peut-il ne pas honorer dans la messe une institution divine ? voilà , pour nous , une chose inconcevable.
Après cette exposition, nous sommes à même de répondre à la principale objection des protestans. Ils disent : La messe anéantit le sacrifice consommé sur la croix, ou du moins elle y porte préjudice; car elle le représente comme imparfait et insuffisant. Mais qui ne voit qu'en nous rendant éternellement présente l'immolation du Sauveur, la messe suppose et confirme le sang répandu sur le Calvaire; et que bien loin d'en
effacer la mémoire , elle le porte au contraire dans tous les cœurs? N'est-ce donc pas le même sacrificateur, la même victime qui se donna sur la montagne sainte et qui s'immole encore sur l'autel ?
[Cependant , comme , malgré l'évidence de cette vérité, les réformateurs néanmoins répétèrent mille fois l'objection dont il s'agit , elle doit avoir de profondes racines dans le protestantisme. Cherchons à découvrir la filiation de cette erreur.
La croyance que Jésus-Christ s'offre en sacrifice dans l'eucharistie , va détruire le péché jusqu'au fond des cœurs ; elle pénètre l'intérieur de l'homme et enfante une vie toute nouvelle'. Ainsi en admettant cette institution de la miséricorde
* Luther, de Captivitate Babyl. 0pp. éd. Jen. tom. II. pag. 279. b. et 280, peint les impressions qu'avoit faites sur lui, dans sa jeunesse , le culte catholique ; mais ces heureux souvenirs allèrent toujours s'affoibiissant , et s'éteignirent enfm sans retour. Yoici les paroles de Luther : « Est itaque missa , sed secundum substantiam suam , proprie nihil aliud , quam verba Christi praedicta : Jccipite et manducate , etc. Ac si dicat : Ecce ô homo peccator et damnatus , ex mera gratuitaque charitate , qua diliga te , sic volente misericordiarum pâtre, his verbis promitto tibi , ante omne meritum et votum tuum , remissionem omnium peccatorum tuorum et vitam œternam. Et ut certissimus de hac mea promissione irrevocabili sis , corpus meum tradam et sanguinem f andam , morte ipsa hac banc promissionem contirmaturus , et utrumque tibi in signum et memoriale ejusdem promissionis relicturus. Quod cum frequentaveris , mei m.emor sis , hanc meam
divine , on est forcément conduit à la doctrine de la justification intérieure ; et réciproquement il faut rejeter le mystère ineffable, dès qu'une fois on a rejeté cette doctrine. En effet, si le sang de l'Agneau céleste ne purifie point le cœur de l'homme; si tant de bienfaits n'excitent point en nous de vifs sentimens d'amour, de reconnoissance; si, à la vue de cet immense abaissement, tout notre être ne s'offre point en holocauste au Seigneur , alors nous doutons avec droit de notre propre sanctification , et nous disons avec les pro-
in te charitatem et largitatem prœdices et laudes et gratias agas. Ex quibus vides , ad missam digne habendam , aliud non requiri , quam fidem , qua liuic promissioni fideliter nitalur , Christum in suis verbis veracem credas, et sibi hsec immensa bona esse donata , non dubitet. Ad hanc fidem mox sequetur sua sponte dulcissimus affectus cordis, qua dilatatur et impinguatur spiritus hominis ( hœc est charitas, per Spiritum sanctum in fide Christi donata ) ut in Christum , tam largum et benignum testatorem, rapiatur, fiatqiie penitus alius et novus homo. Quis enim non dulciter lacrymetur, imo prœ gaudio in Christum pêne exanimetur, si credat fide indubitata, hanc Christi promissionem insestimabilem ad se pertinere ? Quomodo non dihget tantum Benefactorem , qui indigno et longe alia merito tantas divitias et hœreditatem hanc aeternam , prseveniens oifert , promittit et donat ? « Comp. sancti Anselmi Orationes, n. XXV. — XXXV. 0pp. edit. Gerberon. Par. 1721. p. 264. et seq.
Luther dit, loc. cit. p. 281 : « Ita possum quotidie, imo omni hora , missam habere , dum quoties voluero , possum mihi verba Christi proponere et fidem meam in illis alere. « Cela est vrai en soi; mais ces paroles jetées là sans aucun modificatif, rendent inutiles les sacremens et le culte public qui doit reposer sur quelque chose d'extérieur.
testans, que la justice de Jésus-Christ ne nous est imputée que sous un rapport extérieur. A présent nous devons comprendre les paroles du catholique à l'élévation de l'hostie : O Jésus! que toute mon existence soit à vous pour toujours. Observons toutefois que les réformateurs purent être engagés dans l'erreur par de nombreux et de déplorables abus , spécialement par l'indifférence et la tiédeur des catholiques ; et avec tout cela , ils ignoroient les traditions des premiers siècles sur la sainte eucharistie. Au reste, on ne peut nier que , sous un rapport , toute leur doctrine ne soit favorable au sacrifice de la messe ; mais , comme ils apercevoient vaguement, dans ce culte, quelque chose d'infiniment plus profond que leur système , ils furent conduits par une pente insensible à rejeter le mystère adorable de nos autels. Reste encore à faire quelques observations particulières. Et d'abord l'Eglise enseigne que , par les paroles sacramentelles , la substance du pain et du vin est changée au corps et au sang du divin Sauveur. Cette doctrine occupe une place importante dans le système catholique. Et qui ne pense aussitôt au changement moral qui transforme tout notre être ? Qui ne se rappelle que , par notre union avec le Rédempteur , l'homme terrestre finit et l'homme céleste commence ; tellement que ce n'est plus nous qui vivons , mais c'est le Christ
qui vit en nous ? Luther ne put jamais voir Jésus- Christ seul dans l'eucharistie , toujours le pain et le vin se présentoient à son esprit ; de même qu*à ses yeux dans l'homme régénéré , deux volontés , Tune spirituelle et l'autre charnelle , se livrent un comhat à mort sans que jamais la seconde puisse se transmuer en la première.
D'un autre côté , cette même croyance est l'expression la plus formelle de l'objectivité de la nourriture divine ; car elle nous montre la substance matérielle anéantie devant l'aliment supérieur. Enseigné avec plus ou moins dé netteté à telle ou telle époque , mais toujours existant dans l'Eglise % ce dogme a été formellement défini dans
* Dans la liturgie de saint Chrysostome (Goar. Eucholog. p. 77. ) , le diacre dit : « 'EùhyYino-j âduTzozoc to-j u'/lov cipTov. )) Le
prêtre répond : « noiv?^©^ rcv {jàv aproy roùrov xiff-io-j (TW/AK zov Kp'.ijTO'j
cou. 3) Alors le diacre prie le prêtre de bénir le vin, et le prêtre dit;
« To ^è èv TTOTvjptw TOUTW Tt//.toy ac//.a roi> Xpiazou aov, » et SUr leS deUX
espèces : <( MsTaêsc^wv tw nveu/xart aou r&i àytco. » On retrouve dans la liturgie de saint Basile, p. 166 , jusqu'aux mêmes expressions. Nous lisons dans celle de l'église d'Alexandrie (Renaudot, Collée-
tio liturg. orient, tom. I. p. 157. : « En ^è ef' yi/j^kç xaî è-rà
Toùj ccprovç TOVTOuç, Y.aX k^zi zcx, Ttor-z^pia. zauroc. ro Tlvsuy.à cou ro àytov, tvoc ZKUTcx. àyitkijY] xat tsIsicHuy], w? 7r«vTO(?ûva//05 Qsoç. — Kai Tioi-ficri ro fiev clprov (7W^aa...T0 «?£ TTOT/fpwv, ou/j-cx. tSjs xoctvvjs ^LaO-/jKYiq ccurou rou liuptou x«t ©cOu xt/.l ScjTîjpoç, xoct TTa/xêaaiAe'ws rif/Mv 'Ivjo-ou Xpiarou. »
Le canon des Ethiopiens dit (loc. cit. p. 504.) : « Ostende faciem tuam super hune panem et super hune calicem, quos proposuimus super hoc altare spirituale tuum : benedic , sanctifica etjpurifica illos ; et transmuta hune panem , ut fiat corpus tuum purum , et quod mistum est in hoc calice , sanguis tuus
le moyen âge , alors qu'un mysticisme panthéiste , confondant le fini et l'infini , identifîoit Dieu le Père avec le monde , Dieu le Fils avec l'idée éternelle de l'homme , et le Saint-Esprit avec les sentimens religieux. Déjà nous l'avons dit , ces monstruosités furent défendues par plusieurs sectes gnostiques, plus tard par Amauri de Chartres, David de Dinant, etc. La révélation chrétienne n'étoit , aux yeux de ces hérétiques , que la révélation de l'homme ; ils ne voyoient dans les sacremens que ce que nous y mettons nous-mêmes ; ils dévoient donc les rejeter comme inutiles. Identifiant la natur^e avec le grand Etre , ils croyoient participer à l'essence infinie : comment eussentils admis des moyens extérieurs pour les diviniser ? Dans ces circonstances , il parut nécessaire de proclamer de nouveau la croyance antique , et d'en placer au grand jour toutes les conséquences. Or la doctrine de la transsubstantiation , c'est-àdire le changement d'une substance créée en une nourriture divinisant l'homme , énonça de la manière la plus claire le dogme catholique contre ces différentes sectes , qui oublioient que Jésus-Christ
pretiosus. » Sur quoi Renaudot fait cette remarque, p. 627: « Veram mutationem significat vox jEthiopica , rei scilicet unius in aliam , ut agnoscit ipse Rudolphus in Lexicis suis : multique Scripturae loci in quibus usurpatur, palam faciunt. Si vel levissima de ejus significatione esset dubitatio , vox coptica , cui respondet, et versiones arabica? illam plene discutèrent, w
fait un monde nouveau , Lien loin qu'il ait été lui-même enfanté par le monde. D'ailleurs c'est à cette époque que remonte la fête du très Saint- Sacrement'. Comme dans cette solennité, le Christ apparoît hors de l'homme , venant à nous d'une manière externe , il fut dès lors impossible de le confondre avec les actes de l'esprit humain. Par la doctrine de la transsubstantiation , le christianisme avec tous ses dogmes se montre une révélation extérieure , ayant Dieu pour auteur immédiat. Lorsque les réformateurs commencèrent à dogmatiser, il étoit d'autant plus urgent d'ériger de nouveau cet enseignement, qu'alors aussi un faux spiritualisme envahissoit toutes les classes, toutes les conditions.
Enfin, dans l'Eglise catholique, s'est établi l'usage de n'administrer la cène que sous une espèce. C'est ici un point de pure discipline, qui
* Une foule de passages montrent que l'adoration remonte beaucoup plus haut qu'au moyen âge , et il n'appartenoit qu'à l'ignorance de nier ce fait* Sans parler du témoignage beaucoup plus ancien d'Origène , nous lisons dans la liturgie de saint Chrysostome (Goar. Eucholog. p. 81 : « Erra ( à l'élévation de l'hostie) : « TvpoixvvsT b [spzxjq ^ ■Kv.l b âiKy-Ovoçy ev ù eijziv tottw* léyovTSi; /Auaxtxwç Tpt's' b ©ààç UaffS/jTt ixoi rat à/Acc^T&jJ.w . — Kat b Iccoç by-oiui
"^ Alors ( à l'élévation ) le prêtre et le diacre se prosternent , disant trois fois à voix basse : O Dieu, aie pitié de moi, pauvre pécheur. — Et tous les fidèles se prosternent également avec dévotion.
n'entre point dans le dogme universel '. Dé plu5^ cette coutume n'a été introduite par aucune loi, mais elle étoit déjà générale quand la loi est venue la confirmer. D'ailleurs, et ceci n'est pas moins connu , les monastères qui , les premiers , supprimèrent l'usage du calice , furent conduits par les motifs les plus purs : par la crainte pieuse de profaner le sang du Très-Haut. Pour qui admet la présence réelle , cette crainte ne peut être superstitieuse ; et le catholique , instruit par l'Ecriture et par la tradition , sait qu'il peut s'abstenir de la coupe sans s'éloigner de l'Esprit du Christ , sans se priver des bénédictions du sacrement. S'approchant de la sainte' table avec ses frères dans la foi , il a encore la consolation de voir que personne n'y est conduit par un goût charnel; désordre qui n'existe que trop dans les églises séparées.
Lorsque les zwingliens nous reprochent de mutiler le sacrement, les zwingliens qui en ont ôté le corps et le sang adorable pour n'y laisser que du pain et du vin , on se rappelle le passage de l'Evangile où Notre-Seigneur dit aux pharisiens (Matth. XXIIÏ. 24. ) : Conducteurs aveugles^ vous passez ce que vous buvez, de peur d'avaler un
1 Concil Trident, sess. XXI. can. I — IV. sess. XXÏI. décret, sup. concess. Calicis.
moucheron, et vous açalez un chameau. Au reste, nous verrions avec joie l'usage du calice laissé à la liberté de chacun ; ce qui arrivera sans doute , lorsque le vœu général se sera prononcé en faveur de cet usage , avec autant d'énergie qu'il s'y est montré opposé depuis le douzième siècle.
$ xxxy.
Doctrine des luthériens et des réformés sur l'Eucharistie.
A peine les réformateurs avoient-ils poursuivi leur carrière pendant quelques années , qu'on vit naître dans la doctrine touchant reucharistie des contrariétés de la plus haute importance. Luther, à la vérité , défendit la présence réelle ; mais une parois de Pierre d'Ailly^, bien plutôt certes que l'Ecriture sainte, lui fit rejeter la transsubstantiation'.
* Ce savant cardinal avoit dit que , sans le dogme de la transsubstantiation , il seroit plus facile de concevoir la présence réelle. [Note du trad. )
1 On lit aussi dans la Confession d' Augsbourg , art. X : « De cœna Domini docent , quod corpus et sanguis Christi vere adsint et distribuantur vescentibus in cœna Domini , et improbant secus docentes. » Dans le texte primitif se trouvoient les mots sub specie panis et vini; mais ils furent effacés par Mélanchthon dès 1531. Voici ce que dit Salig dans son Histoire complète de la Confession d' Augsbourg, vol. III. c. l. p. 171 : « Dans l'édition^ de 1530 , dont on présenta un exemplaire à Charles-Quint, le
Partant des principes érigés dans la réforme sur les sacremens en général, Carlostadt, professeur à Wittemberg, attaqua la présence du Christ dans
dixième article étoit ainsi conçu : « A l'égard de la cène du Seigneur, ils enseignent que le corps et le sang du Christ sont vraiment présens sous les apparences du pain et du vin , qu'ils sont offerts au fidèle dans la communion ; et ils rejettent la doctrine contraire. »
Luther abolit aussi la messe privée , et voici pourquoi : « Je vais vous faire , dit-il , une petite confession , mon Père ; vous me donnerez l'absolution. Je me trouve éveillé au milieu de la nuit ; alors le diable me tient ce discours (souvent le diable m'a attaqué, tourmenté pendant la nuit) : « Ecoute , profond docteur : depuis quinze ans , tu as dit la messe presque tous les jours. Qu'as-tu fait ? Un acte d'idolâtrie : tu as adoré , non le corps de Jésus- Christ , mais du pain et du vin ; tu l'as adoré et présenté aux adorations des autres. « Je répondis : « N'ai-je pas été ordonné prêtre par mon évêque ? N'ai-je pas suivi les ordres de mon église ? w Là-dessus le diable dit : « Les Turcs et les infidèles n'agissent-ils pas aussi par l'ordre de leur église.... ; et que seroit-ce si ton chrême et ton ordination étoit fausse comme celle des Turcs? )> Alors une sueur mortelle se répand sur mon front, mon cœur bat violemment et tremble. Le diable sait serrer, presser ses argumens , sa puissante parole accable , terrasse , écrase. La question et la réponse se font sentir à la fois. Quelle voix terrible ! Quelle énergie d'expression ! Quelle éloquence mâle , vigoureuse ! Je ne le sais que trop , il peut étrangler les hommes pendant la nuit ; il peut jeter l'âme dans une si grande détresse, qu'elle brise ce corps périssable. C'est ainsi que plusieurs ont été trouvés morts le matin dans leur lit. Voilà comme il m'assaillit dans cette dispute. Je ne voudrois plus , non , pour toute chose au monde , passer par des angoisses si affreuses. Ecoutez maintenant comment il attaqua mon ordination.
ff Tu le sais, tu n'avois pas beaucoup de foi dans Jésus-Christ. . . » Ici Luther rapporte les longs raisonnemens du diable, puis il continue : « Les saints papistes vont répandre sur moi tout le fieî
reucharistie , et nous avons vu que du même point de vue , il n'est pas facile de répondre à ses objections*. Quant aux preuves directes sur lesquelles il bâtit son enseignement, rien de plus pauvre , de plus mesquin ; mais ce qu'il ne put faire lui-même , Zwingle et OEcolampade , qui vinrent à son secours , le firent avec assez d'habileté.
Déjà plus d'une fois nous l'avons observé , les premiers réformateurs suisses n'avoient que des idées étroites , indigentes ; mais ils semblent ici s'être surpassés eux-mêmes. Selon leur doctrine, la cène n'est que le souvenir des souffrances et de la mort du Sauveur; et s'ils y virent quelque cbose de plus profond, c'est à peine si nous le remarquons dans leurs écrits'. Au surplus nos
de leur satire , ils diront : Voila ce "grand docteur qui ne sait
répondre au diable Si j'étois un papiste et que le diable me
laissât tranquille , je saurois bien lui répondre ; car je suis aussi un de CCS preux qui n'ont pas peur de dix hommes quand ils sont seuls. Mais que n'entendent-ils la voix du diable ! Leur verbiage sur l'Eglise , sur les anciens usages , leur caquet ne seroit pas long... Je ne doute pas qu'Emser et OEcolampade n'aient été étouffés de cette manière. » ( OEuvres de Luther, édit. allem. de Jena. tom. VI. p. 82 — 83. b.). Cette citation nous a conduits un peu loin , mais nous avons vu quel étoit le maître de Luther. {Note du trad.).
* Ce pesant réformateur avoit parié , le verre à la main, qu'il renouvelleroit les opinions de Bérenger contre la présence réelle.
* Huldrici Zwinglii Opp, tom. IL Dans son mémoire intitulé : lUustrissimis Germaniœ Princij)ilt?us in concUiis Aug, con-
deux réformateurs , bien qu'ils arrivassent aux mêmes conséquences, interprétoient différemment le 26° verset du chapitre XXYI de saint Matthieu. Zwingle * prétendoit que le verbe èo-r) veut dire signifie , tandis qu^OEcoiampade le prenoit dans son sens naturel; mais le mot '^o^iTci^ disoit-il , est employé métaphoriquement pour figure de mon corps.
Quoiqu'à cette époque Luther eût déjà rejeté îa transsubstantiation , il soutint néanmoins la présence réelle avec toute sa rude véhémence,
ijreg. p. 546. b. et seq. , il établit une doctrine qui ne seroit point désavouée par les rationalistes du jour. Il dit : « Quo faclum est , ut veteres dixerint corpus Christi vere esse in cœna : id autem duplici nomine, cum propter istana , quœ jam dicta est, certam fidei contemplationem , quœ Christum ipsum in cruce propter nos deficientem nihil minus prœsenîem videt , quam Stephanus carnalibus oculis ad dexteram patris regnantem videret. Et adseverare audeo, hanc Stephano reveîationem et exhibitionem sensibiliter esse factam , ut nobis exemplo esset , fidelibus , cuni pro se paterentur , eo semper modo adfore , non sensibiliter, sed contemplatione et solatio fidei. « p. 549 : « Cum paterfamilias peregre profecturus, nobilissimum annulum suum, in quo imago sua expressa est , conjugi matrifamiliœ , liis verbis tiadit : En me tibi maritum , quem absentem teneas et quo te oblectes. Jam ille paterfamiliae domini nostri Jesu Chrisîi typum gerit. Is enim abiens ecclesiae conjugi suae imaginem suam in cœnœ sacramento reliquit. »
* Un esprit apparut aussi à Zwingle pour lui fournir un texte contre la présence réelle. Etoit-ce le diable , cette fois , qui raisonnoit contre l'auguste mystère ? Notre auteur ne le décide pas positivement : il dit que c'étoit un fantôme blanc ou noir. ( Note du trad. )
il est vrai * ^ mais aussi avec beaucoup de talent ; car lorsqu'il combat pour la vérité il est un athlète invincible , incomparable ; et ses écrits contre Zwingle méritent encore notre attention. Constamment entre les deux partis flottèrent sans point d'arrêt Capiton et le souple Bucer; et ils s'efforcèrent inutilement de ramener leur croyance à une expression claire et précise'.
* Luther disoit que « le diable avoit pris possession du corps des zwingliens ; qu'ils étoient endiablés , superendiablés , perendiablés ; que leur langue n'étoit qu'une langue mensongère , remuée au gré de Satan , infusée , transfusée dans son venin infernal. » Après ces paroles, Luther pouvoit, comme il le fait souvent dans ses écrits, se vanter d'avoir bien défendu la présence réelle. Bayle n'avoit pas tort de dire : « Deux sectaires qui se brouillent se haïssent plus que le tronc duquel ils sont séparés. » ( Note du trad. )
1 Confess. tetrapolitana, cap. XVIII. p. 352 et seq. : « Singulari studio hanc Christi in suos bonitatem semper depraedicant, qua is non minus hodie , quam in novissima illa cœna , omnibus qui inter illius discipulos ex animo nomen dederunt , cum hanc cœnam , ut ipse instituit , repetunt , verum suum corpus verumque suum sanguinem , vere edendum et bibendum , in cibum potumque animarum , quo illee in aeternam vitam alantur, dare per sacramenta dignatur, utjam ipse in illis, et illi in ipso vivant et permaneant , in die novissima in novam et immortalem vitam per ipsum resuscitandi, etc. » Comme Zwingle disoit aussi que Jésus-Christ est réellement présent dans l'eucharistie ; comme d'ailleurs il étoit en relation intime avec les villes de l'Allemagne supérieure , personne n'avoit confiance dans les paroles que nous venons de citer. Salig dit ( Histoire complète de la confession d'Jugsbourg, vol. II. chap. 12. p. 400) : « Dans plusieurs points , la confession des quatre villes étoit vraiment selon l'esprit du christianisme ; mais dans l'article de la sainte
Calvin prit également une route intermédiaire ; pour lui, doué d'une grande sagacité, il auroit pu formuler sa doctrine avec toute la netteté désirable, s'il n'eût mieux aimé s'envelopper dans une certaine obscurité. Il enseigna que le corps de Christ est réellement présent dans la sainte cène , qu'ainsi le fidèle le reçoit à la table du Seigneur ; mais il entendoit par là que , lors de la manducation des élémens terrestres , qui ne sont que la figure du corps et du sang adorables , une vertu céleste découlant de l'esprit du Sauveur, se répand sur le fidèle \ Dans la conférence de Zurich , Calvin vit ses principes embrassés par les réformés de la Suisse, et plus tard ils furent sanctionnés par tous les symboles du parti*.
cène , elle étoit des plus équivoques , tellement qu'elle pouvoit être tournée au sens de Zwingle aussi bien qu'en celui de Luther. . . C'est pourquoi , sur ce dernier chapitre , elle doit être interprétée d'après les lettres , par nous citées , de Bucer et de Mfclancht'ion. »
* C3^\m institut. 1. IV. c. 17. fol 502. Consens, tig. Calvin, opp. tom. VIII. p. 648.
2 Confess. helvet. II, art. XX, XXIÎ. p. 99 et seq. : « Cœnam verô mysticam , ^y lisons-nous à l'article XXII , « suis vere ad hoc offert , ut magis magisque in illis vivat , et illi in ipso : non quod pani et vino corpus domini et sanguis vel naturaliter uniuntur, sed quod panis et vinum ex institutione domini symbola sunt , quibus ab ipso domino per ecclesia3 ministerium vera corporis et sanguinis ejus communicatio non in periturum ventris cibum, sed in aeternœ vitœ alimoniam exhibealur. Hoc sacro cibo ideo ssepe utimur, quoniam hujus monitu in crucifixi mor-
Faisons encore quelques observations. Les querelles qui divisoient les réformateurs affligeoient profondément les nouveaux clirétiens. Outre qu'elles fournissoient des armes aux catholiques, elles détruisoient l'union parmi les églises protestantes ; union d'autant plus désirable alors , que la
tem sanguinemque fidei oculis intuentes ac salutem iiostram non srne cœlestis vitaî gustu et vero vitae œternae sensu méditantes hoc spirituali, vivifico intimoque pabulo ineffabili cum suavitate reficimur ac inenarrabili verbi laetitia propter inventam vitam exultamus , totique ac viribus omnino nostris omnibus in gratiaTum actionem , tam pro admirando Christi eiga nos beneficio effundi-mur, etc. » Ce passage doit être rangé dans la catégorie de ceuxde la confession tétrapoïitaine. Confessio galL, art. XXXVI. p. 123 : « Affîrmamus sanctam cœnam domini, alterum videlicet sacramentum esse nobis testimonium noslrae cum domino nostro Jesu Christo unitionis , quoniam non est duntaxat mortuus semel et excitatus a mortuis pro nobis , sed etiam vere nos pascit et nutrit carne sua et sanguine , ut unum cum ipso facli vitam cum ipsa communem habeamus. Quamvis enim nunc sit in cœlis , ibidem eliam mansurus , donec veniat mundum judicaturus : credimus taraen eum arcana et incomprehensibili spiritus sui virtute nos n atrire et vivificare sui corporis et sanguinis substantia per fidem apprehensa. Dicimus autem hoc spiritualiter fierl , non ut efficacitT3 et veritatis loco imaginationem aut cogitationem supponamus, sed potins , quoniam hoc mysterium nostr» cum Christo coalitioiiis tam sublime est , ut omnes nostros sensus totumque adeo ordinem naturœ superet : denique quoniam cum sit divinum ac cœleste, nonnisi fide percipi et apprehendi potest. » Confessio anglie. art. XXXVIII. p. 137 : « Cœna domini non esttantum signum mutuae benevolentiœ Christianorum inter sese , verum potius est sacramentum nostrae per mortem Christi redemiionis. Atque adeo rite , digne et cum fide sumentibus , panis , qucm frangimus, est communicatio corporis Christi : similitei poculum I;>en©dTGtîonis est communicatio sanguinis Christi. y
guerre civile commençoit à s'enflammer en Allemagne. Les sacramentaires surtout (c'est ainsi que Luther appeloit les disciples de Zwingle , de Carlostadt, etc.), se trouvoient dans la position la plus critique. Petit troupeau en Israël , ils ne comptoient de partisans que dans quatre villes : ils altoient succomber sous les coups de leurs adversaires. Aussi dans la diète d'Augsbourg , en 1530 , firent-ils tous leurs efforts pour être admis à communion. Mais vainement épuisèrent-ils , sous la direction de l'artificieux Bucer, tous les détours de l'équivoque ^ leurs tentatives échouèrent devant la loyauté allemande de Luther , qui flétrit leur phraséologie captieuse. Dans le traité de paix conclu à Nuremberg , on n'admit non plus que ceux qui reconnoissoient la confession d'Augsbourg.
Ainsi l'opinion modérée , par laquelle on cherchoit à concilier tous les partis , dut bien plutôt son origine à des intérêts politiques , qu'à la conviction religieuse de ses auteurs. Néanmoins on vit le nombre de ses adhérens se grossir de jour en jour. Mélanchthon lui-même n'y resta pas étranger; au contraire , il porta la complaisance jusqu'à introduire en sa faveur quelques changemens ' dans
' Voici les changemens opérés par Mélanchthon. On lit dans les premières éditions : « De cœna Domini docent , quod corpus et sanguis Christi vere adsini et disirïbuaniur
les éditions qui parurent après 1540, de la confession d'Augsbourg. Comme les partisans de cette doctrine disoient formellement que Jésus-Christ est présent dans la cène , que son corps est offert dans la communion; comme d'ailleurs la nouvelle confession d'Augsbourg favorisoit une certaine confusion d'idées^ on en vint bientôt à dire , après la mort de Luther, que le sentiment des sacramentaires étoit orthodoxe même selon les réformateurs wittenbergeois.
Le malheureux Jean de Lasko , sans ressource, sans asile , craignant pour sa liberté , avoit fait aussi quelques changemens à la formule présentée à l'empereur. Les protestans en masse se soulevèrent contre l'impie, l'abreuvèrent d'outrages; c'étoit à qui lui porteroit le dernier coup de pied. Que dirons-nous alors de Mélanchthon ? Avoit-il le droit de modifier, de changer la confession d'Augsbourg, par cela qu'il en étoit le rédacteur? Sa duplicité , tranchons le mot , sa fourberie sera une tache éternelle dans sa mémoire. Afin d'ap-
vescentibus in cœna Domiai, et improhant secu^ docenles. >> Il faut toujours observer qu'ici encore a disparu le sub spede.pcmis et vint; mais ce n'est pas là, dit Salig, (dans l'ouvrage cité vol. III. c. I. p. 477. } un changement essentiel, in realibus.
Le texte corrigé dit: «De cœna Domini docent, quod cum pane et vîno vere exhibeantur corpus et sanguis Christi, vescentibus in cœna Domini. » Au reste , cette différence ressortira mieux tout à l'heure.
prendre par sa bouche la vraie doctrine de leur père dans la foi , de foutes parts les églises venoient le consulter avec une entière confiance. Eh bien ! recourant à l'équivoque , le saint réformateur répondoit par de longs et larges détours , se servoit d'expressions embrouillées qui se détruisoient les unes les autres. Enfin quelques mois avant sa mort, quand il n'eut plus rien à craindre pour sa personne, il embrassa ouvertement les principes de Calvin. Au reste, les successeurs de Mélanchthon se montrèrent, en fait d'hypocrisie, les dignes disciples de leur maître; et l'on approuveroit les justes châtimens que leur prépara l'électeur de Saxe , s'ils n'eussent été , du moins en partie, par trop rigoureux^.
Ainsi , non-seulement les luthériens avoient à
* Les luthériens eux-mêmes n'ont pas condamné Mélancluhon moins sévèrement. Voici ce qu'ils déclarent en plein synode : « En changeant et rechangeant éternellement ses écrits, il a donné des armes aux pontificaux , il a réduit les fidèles à ne plus savoir à quoi s'en tenir sur la véritable doctrine. Ses Lieux théologiques, ajoutent-ils , seroient bien mieux appelés jeux théologiques. » ( Colloc. Jltenb. p. 502 ,503.} Ces variations ne surprennent pas , quand on se rappelle qu'il avoit pour règle fondamentale, que les articles de foi doivent être souvent changés , accommodés aux temps et aux circonstances. Si Mélanchthon revenoit réformer sa réforme , sur ce principe il nieroit les devoirs les plus essentiels de la morale , il nieroit l'inspiration de l'Ecriture sainte , il nieroit la divinité de Jésus-Christ, il nieroit le christianisme. Si l'on demande des preu- Tes de ceci , on en donnera. (Note du trad. )
défendre la doctrine primitive de leur église, mais il leur falloit encore la formuler avec netteté et précision. C^est ce qu'ils firent de la manière suivante. Calvin disoit à la vérité qu'on reçoit réellement Jésus-Christ dans la cène ; mais cette communion , poursuivoit-il , n'a lieu que par la foi 5 dans le moment où le corps de Christ est offert à l'homme. D'où il suit qu'entre la nourriture céleste et l'élément matériel il n'y a qu'une union passagère , accidentelle. A cela qu'opposèrent les luthériens ? Ils définirent dans le livre de la Concorde, que le corps de Jésus-Christ est donné dans, avec et sous le pain.
Déplus, suivant le docteur de Genève, l'homme uni au Christ par l'amour et par la foi, c'est-àdire le prédestiné, peut seul recevoir le corps et le sang adorahles. Donc l'incroyant ne reçoit que du pain et du vin. Pour ohvier à cette erreur, le livre de la Concorde établit que les indignes mêmes reçoivent le corps du Sauveur, mais pour leur condamnation.
Enfin ,pour étayer leur sentiment, les sacramentaires disoient que le Seigneur étant assis à la droite de son Père, ne peut être dans l'eucharistie. Ils répétèrent souvent cette objection dans la conférence de Poissy, et Bèze avança que le Christ est aussi éloigné de la cène que le ciel de l'enfer. D'un autre côté, Luther et ses disciples
avoient déjà soutenu que le Sauveur est présent partout, même quant à son humanité (ubiquitas corporis Chrïsti), A l'instigation du réformateur Brenz, cette monstrueuse opinion avoit d'abord été reconnue dans le symbole des Wittenbergeois; puis enfin consacrée par le livre de la Concorde , elle fut proclamée dogme de foi. On répliqua donc aux réformés que, par rapport à Dieu, il ne pouvoit être question ni de droite ni de gauche , parce qu'il est en tous lieux ; qu'ainsi Jésus-Clirist est aussi partout quant à son humanité.
Ici se rattache la doctrine de la commimication d'idiomes y doctrine qui fut souvent un brandon de discorde parmi les protestans ; car les réformés accusoient les luthériens de n'admettre qu'une nature en Jésus-Christ, et ceux-ci reprochoient à leurs adversaires de tomber dans l'hérésie de Nestorius^
1 Soîid. declar. p. 65î) — 691 — 724.
FIN DU TOME PREMfER.