XXXIV
Doctrine catholique sur le saint sacrement de l'Autel et sur la
Messe.
Le grand sujet que nous abordons donna naissance aux controverses de la plus haute importance ; et nous voyons toutes les contrariétés doctrinales se refléter en ce point unique , et s'y dessiner dans une lumière plus vive encore. D'ailleurs l'Eglise chrétienne possède-t-elle un culte saint , plein de vie et de vérité ? telle est l'importante , l'immense question qu'il faut décider en ce moment.
Suivant le clair enseignement du Christ et des Apôtres; suivant la tradition constante, unanime de toutes les églises , les catholiques enseignent que Jésus-Christ est réellement présent dans l'eucharistie ; que le Dieu tout-puissant qui changea Feau en vin dans les noces de Carta', change de
dos esse. Caeteros verô , qui ex superstitione , ignorantia , irreverentia , aliunde quomodocunque provenerunt. . . mandat omnibus episcopis,ut diligenter quisque hujusmodi abusus ecclesiae suae coUigat, eosque in prima synodo provinciali référât, etc. »
^ Concil. Trident, sess. XIII. c. 4 : « Quoniam autem Christus , redemptor noster, corpus suum id, quod sub specie panis offerebat , vere esse dixit ; ideo persuasum semper in Ecclesia Dei
même la substance du pain et du vin au corps et au sang de Jésus-Christ. En conséquence nous adorons Jésus - Christ sur nos autels ' ; nous exaltons sa bonté , son amour, sa miséricorde ; dilatés par une joie toute divine , nos cœurs font éclater, dans des hymnes et des cantiques , les sentimens de piété dont nous sommes embrasés \
Or c^est sur cette croyance que repose le sacri-
fuit , idque nunc denuo sancta haec Synodus déclarât , per consecrationem panis et vini , conversionem tîeri totins siibstantiae panis in substantiam corporis Christi Domini nostri , et totius substantiae vini in substantiam sanguinis ejus. Quaî conversio convenienter et proprie a sancta catholica Ecclesia Transsubstantiatio est appellata. »
1 Loc. cit. c. 5 : « Nullus itaque dubitandi lociis relinquitur, quin omnes Christi fidèles pro more in catholica Ecclesia semper recepto latriœ ciiltum , qui vero Deo debetur, huie sanctissimo sacramento in veneratione exhibeant. Neque enim ideo minus est adorandum , quod f uerit a Christo Domino , ut sumatur, institutum. Nam illum eumdem Deum prœsentem in eo adesse credimus , qiiem Pater seternus introducens in orbem terrarum , dicit : Et adorent eum omnes angeli Dei , quem magi procidentes adoraverunt, quem denique in Galilsea ab Apostolis adoratura fuisse Scriptura testatur. »
'^ On connoît la prose :
Lauda Sîon salvatorem , Lauda ducem et pastorem , In hymnis et canticis.
Quantum potes, tantum aude, Quia major omni laude :
Nec laudare sufficis.
Laudis thema specialis, Panis vivus et vitalis, Hodie proponitur, etc.
fice de la messe; sacrilîce aussi ancien que l'Eglise quant à son essence , et dont nous retrouvons les formes principales déjà dans le deuxième et le troisième siècles. Pour mettre la doctrine catholique dans tout son jour, nous devons anticiper un peu sur l'article de l'Eglise.
Considérée sous un rapport, l'Eglise représente, d'une manière vivante, Jésus-Christ se manifestant et agissant à travers tous les siècles : éternellement elle continue son ouvrage; tous les joui*s elle renouvelle l'œuvre de la rédemption. Le Sauveur n'a pas seulement vécu il y a dix-huit siècles. Non , il n'est point disparu du milieu de nous; mais toujours vivant en son Eglise , il y révèle sa présence sous des formes sensibles. Dans la prédication de sa parole, il est lui-même le docteur éternel ; s'associant l'homme par les eaux du baptême, pardonnant au pécheur, fortifiant l'adolescent , bénissant l'union des époux , il s'unit dans l'eucharistie à tous ceux qui soupirent vers la vie bienheureuse ; c'est lui qui console , encourage le mourant; c'est lui qui consacre les organes par
Une hymne dit :
Pange lingua gloriôsi Corporis mysterium , Sanguinisque pretiosi , Quem in mundi pretium , Fructiis ventris generosi Rex effudit gentium^ etc.
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lesquels son infatigable bonté répand tous ces bienfaits, toutes ces faveurs. Mais si Jésus-Christ, caché sous un voile terrestre, doit continuer jusqu'à la fin l'ouvrage qu'il a commencé sur la terre , il s'ensuit que , dans tous les temps , il s'immole à son Père pour le genre humain. Or nous devons retrouver dans son Eglise la représentation vivante de ce sacrifice ; car le Sauveur y célèbre son existence immortelle'.
Efforçons -nous de pénétrer le dogme catholique dans toute sa profondeur ; puisse enfin notre doctrine être saisie par les protestans'î Jésus- Christ s'est immolé sur la croix pour nos péchés.
* Concil. Trident, sess. XXII. c. 1 : « Is igîtur Deus, et Dominus noster, etsi semel seipsum in ara crucis, morte intercedente,Deo patri oblaturus erat, ut aeternam illic redemptionem operaretur : quia tamen per mortem sacerdotium ejus extinguendum non erat , in cœna novissima , qua nocte tradebatur, ut dilectae sponsae suse Ecclesiœ visibile , sicut hominum natura exigit , relinqueret sacrificium ; quo cruentum illud , semel in cruce peragendum, repraesentaretur, ejusque memoria in finem usque saeculi permaneret atque illius salutaris virtus in remissionem eorum , quse anobis quotidie committuntiir, peccatorum applicaretur, etc.» c. 2 : «Et quoniam in divinohoc sacrificio, quod in missa peragitur, idem illé Cliristus continetur, et incruente immolatur, qui in ara crucis semel seipsum cruente obtulit , docet sancta Synodus sacrificium istud vere propitiatorium esse , per ipsumque fieri , si cum vero corde , et recta fide , cum metu et reverentia , contriti ac pœnitentes ad Deum accedamus. »
2 Afin de mieux faire ressortir la doctrine catholique sur l'ineffable mystère , nous rapporterons quelques passages des
Mais comme le Fils de Dieu qui est mort et res^ suscité , a voulu , d'après ses propres paroles , résider dans Teucharistie , à Jésus-Christ présent
liturgies, soit de l'église d'Orient , soit de l'église d'Occident. Les liturgies orientales portent ordinairement le nom des fondateurs des églises où elles étoient en usage ; c'est ainsi que la liturgie de l'église de Jérusalem est appelée liturgie de saint Jacques ; celle de l'église d'Alexandrie, liturgie de saint Marc etc. Elles empruntoient aussi leur titre des évêques qui s'en servoient : nous disons , par exemple , la liturgie de saint Chrysostome : la liturgie de saint Basile, de saint Cyrille, etc. Quant à l'époque où elles ont été introduites dans les églises , on ne peut la déterminer avec autant de précision. Cependant il est certain qu'elles existoient déjà dans le quatrième siècle, puisque les monophysites de Syrie et d'Egypte qui se séparèrent de l'Eglise catholique dans la seconde moitié du cinquième siècle , les possèdent tout aussi bien que les grecs orthodoxes. D'ailleurs Cyrille de Jérusalem , dans ses catéchèses, cite plusieurs endroits de la liturgie de saint Jacques ; et saint Chrysostome , 'qui explique un grand nombre de passages tirés également de différentes liturgies , les suppose existant déjà depuis long-temps. Or^ le premier florissoit vers la fin , et le second vers le milieu du quatrième siècle. Enfin on trouve dans les liturgies orientales et celles de l'église d'Occident , une si merveilleuse uniformité de principes et même de formes , qu'on doit nécessairement admettre qu'elles remontent à une époque où les chrétiens n'étoient pas encore répandus par toute la terre. Au second siècle, Irénée parle déjà de l'invocation ( e7ti-/.h^ti), et au troisième , saint Cyrille fait mention de la préface avec le sursum corda, àvw tôv voOv ou rà? xo:p^to(.i, qui se retrouve dans toutes les liturgies (comparez Bona rer. liturg. 1. II. c. 10.) Voyez sur l'âge des liturgies , une excellente dissertation de Renaudot : Dissertatio de Lit. Orient, orig. et auctor. t. II. Paris 1716., etLienhart de Jntiquis liturgiis, Argentorati, 1829. Dans la liturgie de saint Chrysostome (Goar, Euchologium .nve rituale Grœcorum, Paris , 1647. p. 70. ) voici la première prière que font les fidèles (in missà fidelium) : « E^xaprîTou/zei/ ac^
su
trune manière mystique et seulement visible aux yeux de la foi, l'Eglise a substitué (par l'ordre du Sauveur, Voy. Luc XXII , 20. ), le Christ his-
Kôpiz 0 ©èog Tûiv ouvâ//.îwv , Tw zaTaltwffavTt yj/Aaç TrîfpaTTîjvai xaî vuv t(5j «'/tw (7oy duatcAczrip'M^ xat lïpoiTzsasX'j Tot? Qi/.TipixoXii aou ùnèp r&v yjjWSTS/o&jv à//KpTV7^v.«Twv xat Toû aou ^.aou àyvQY]f;.ot.rcfiv. Updiâs^ai o Osog Tvjy âs-/]<jfj V) /jlQ-j j 'tïOiYj'jOv /j//âs à|t<5us '/îv£'(70at ■jipo(jf£psiy aot ^£>j(7££ç xKi ixsfftas, xaî ouatas avaj/xazToyç !>7r£p Travrèç toO ^aou crou , xat ixavwffov yiI^kç^ ovç, zdou £t5 Tïjv ^taxovtav i70y TaîJTvjv, ev Tïj (Juva/zst tou tz^sô/j-ktoç aoo tou àytow axara^vwcrTûJç xat à.TcpooMTztUi sv xcx.6cx.pu) jj-cxpTVpeioi Tîjs cuysitJ'/ja-swç •/j/AÛv sTrtxa^sto-ôat o-e £v Travrï xat^ow , xat to'ttw , 'îva stffaxoJwv vjy.wy , Oews yj/z-ïy st'vjç £v to) Ttl-^dsi tyi^ (Tîjç ocycx.OoTV]zoç. »
Pendant le chant chérubique , le prêtre fait entre autres cette
prière ( p. 72 ) : « 2ù yocp eî è Tzpoi'fépuv XCX.I TcposfspôiJ.svoi^ y-c/lI itpoaôsy 0[j.svoi y.od Sic/.St.§o[j.z-joii , Xptarc q ©soç -^//.wv , xaî aol tvjv io^(x.v ^lo(.- Tzéjj.Tzojj.sv^ irùy t^ (VJt/.pyc,i aoi> Ilarpt, xaî tw Trava'/tw, xaî aya^w, xat ÇwoTTOtw (70U nv£i/'//.aTi' vuv xat a£t , xat £tç T0D5 aicivaç twv at&ivwv' (/./j.y]v. » Plus bas (p. 75. ):
Le prêtre dit : « Stw/asv xaJwj, ^tww.îv //.îrà i^ioêcu, ■xp07x^l-'--:'-' T-/)v à'/tay cx.vcx.ipopo(.v £iç slp/^vY] (?) Tcpoçfépuv. w
Le chœur : « E).£Ov stp/j'yi^s, Ow^iocv aiv£7£&J5. »
Le prêtre : « H x^^P'S '^'''^ Ki^P'Oi' yj^wwv Ivjaou Xpi^TOÛ, /.al -h aycxizyi TOU (^ZQi)^ Y.cxX naTjSijç, xat /j xotvwvta toD âytou TIvEu/AaTOç , £iV7 //.srà Trav-
Le chœur : « Kat //.trà TOU TCVSVIJ.CX.TOÇ, gûv. »
Le prêtre : « Avw o^^f^sv ràs y.c<.pâlcx.ç. »
Le chœur : « Y.ypiié-i» itpbç ràv KOpiov. y>
Le prêtre : « Eùx(xpi'yr-/}'7(>}jj.£v tS Ky/jt'w. «
Le chœur : « A^iov y.où otxatov za-zi TzposAovsXv Tlarépcx.^ ulb-j xat aytov nv£Ci/;ta, rptaScx. oy.ooi171.ov xcà à;i/&jpt(7T0v. )>
Le prêtre î « A^toy xat Siy.cx.iov as ù/j.veiv^ ai £i3y',0'/£ty, ai aîv£ty, ffot aù-)(cx.piazsu j ai TTpoay.uvstv sv tzv.vtI to'ttw tvjç (?î77rOTcta? ffou, au '/àp £* ©:ô; 6:vsxfpo(.(jroçy KTZSpivOYjroç^ xopcxTOi, axarâJyjTTTOç, a£t wv, wnai^rw, ojy, X. T. X. M
Dans la liturgie de saint Basile, (Goar, Euchologium, p. 1G2.} la première prière des fidèles est ainsi conçue :
torique et accessible aux sens corporels; c'est-à-dire elle a pris Tun pour l'autre , car le Christ qui a souffert et le Christ eucharistique ne sont qu'un.
« 2ù Kijpiz xaTs'J'âÇa; Y}fj.h rà /JLsycx. zovto tîjs 'yoi'ZYipiaç y.vi7T-/jpiov , ait xaTvjltwcrocs yi/zâî roî/s rcx.T:eivoliç xal ùva^iovi SoùXou^ aou, yî-psodat ),sixovp'/ovç zoi) K'/iou cou duljia.'j'z-fipiov. Su txâvwaov -/j/Aâç Tîj Suvàfj.st toù àyiou l\veî>[j.cA.zoç, de, t/jv iianovioLv raùz-riv , ha. à/.arazptT&jç aTavTSç èvw- TTtov Tvjî à'/ta.g (Jo'f/j? cou , TzpoçxyuiJ.év aoi Quaia.'j «tv^ascoç. Su yap s.i o Ivipywj rù TrâvTK èv Tract. Aisç Kopts xaî ÙTiip Twy ■rijJ.STépoiv a//.apTVî- //ârwv , xoct Twy tou AaoO cf:poriii6!.x(>iv , iJsxtïîv yiyvsQdai tvjv OwjLav v;,udÔVy
X«t SÙTVpÔi^SATOV gVCÔTTto'v (TOU. W
Voici la prière de l'offertoire ( p. 164 ) :
« Kuptô û ®£05 yj/A&iv è xTicas vj/aôcs , xac àyv.yùv sic, Tyjv Çcov^v TCtUTvjVy 0 ÙT:QSit^a.i;Yi/j.tv ô(?oÙ5 et? aoiT/]piv.v, à )(a.pL7a/j.svoç y;//,tv oùpuvîuv fj-vuTyipiav ùno/.cij.vôiv j sv sï 0 6s[j.s'joç Tii^y.ç, siz tyjv (?iax!5viav TOçy'Tïjv èv Tîj Swâi^s-i TOÛ Ti-jau/Jiv.TÔi; aou roû àyioo. EJooxvjtov ^yj Ky|3t£ tûu yevéaOKi y;/^«5 otaxà-joui XYii xaiv^s cou ^ic/,dï}XYiÇy hnovpyoôç twv â'/i'wv ffou /^ucTvjpi'w"-'-' Trpo?- Oîlat -/j/Aâç 7rpo5£'/'/tÇovTa; rôi âyt'w o-oy 6ui7ia.<jTripicoj xarà to tt^^^oî tou £^£0US COU* tva ysvdi/j.sda. à^ioi zou Tipoiyfépsiv aoi Tyjv 'koyif.-q-J TayTvjv, xac a.voii[j.(/.x.TOv Qu7iav ù-jzkp twv vî/AETspwv à/itapTvj/JiaTwv, xaî tôv tou /aou ccyvo-riiJ.OLTU))' vîv Ttpoids^afiLSvos sic ro cîyLOv Aod vospbv aou duaicf.GZ-ripiO'J^ sic, oij/j.yjv £Ùwc?ia$, àvztxa.zr/.iis/J.'pov ^yuv zy}v y^u.pi-i zou v.yiou gqo Jlvaijy.a.zoç- èizi^h'lov èf vjfJ.&i o ©£0? xat stxiSs stzI tïjv lazpsîavhf-ôîv za.ôzY}v xat 'ïvpoais^'Xi. OMZYi'J àiç, TzpoisSé^o} 'A&èX rà «Jt3p«, N<îi£ ràs ÔUGioci, 'Aêpaà//. ràs ô).ox.of.p7:û(7Stç, Mugsojc, xcà *Apwv ràs upoiaûvtx.i, 2a//oyrj> ràç slpr^vixàs' cïiç TzpoisSé^u £x TWV K'/iCùv ffoy CK.Tioazôloiv ZYjv kXyi6ivy]v Tay'Tvjv /«- T/3£iav' o^TW xat £x TWV ;i^£tpwv ^/jiwv TWV Kf/.a.pza))M'j TtpàaSs^a.i zà. âupcx. ZKUza èv ZY} y^pr)(;z6zr,zi aou Kypt£' tva xaTa|twS£vT£s A£iT(5ypy£t'v à/A£'//.7:TWç Tw «'/£W 50U 6vci!X7ZYipio)y svpdifKsôy. zov fiicdov zcùj TTtffTwv xat fpcviy.oyj oUoyô/jMv, Iv Tvj Yiy.spcf. zr; (foZspci. zyjç, àvzy.iïoSoGSÙs uov TÎ75 (?txatKç. ')
Dans la liturgie de saint Marc , en usage dans l'église d'Alexandrie, le prêtre dit à l'élévation de l'hostie (Renaudot, Liturg.
orient. Coll. tom. I. p. 145. ) : « nâvTa oè hitoiri^y.ç, Stà. t^îî c>jç aofiKç, ToD ^"WtÔî tûD à^YiÔivovj zou ij.o'JOysvcôi ffov i/ioOy ToD Kypj'oy xat ®£cC xat 2wTîjp05 V7//WV V^zoï) Xpiizoo' §1. où 'zoi crùv a'Jrw xat âyt'w nv£u- MaTt sî>y'-/pi-^iowzsi , 'jipo'^'jépoii.vj zy\'j loyiyyiv xat v.vy.ujyy.zo-J ^aTCstav
Ainsi l'Agneau de Dieu, dans l'auguste mystère, est encore la victime de propitiation pour les péchés du monde. En effet, pour nous exprimer avec
TauTV7V , ^v Tzpoçfépsi cot "Kôpis Travra rà é'OvYj , ktzo «vaTO^wv yjAtoy xv.'t fj-éy^pt J'uff/Awv" àrô apx.TOi) xaî /Asayj/A/Sptaç* on //s'ya ro ovo/xcf. cou sv Tuôcît roïi é'OvsGi j /.où sv îravTt to'ttw Ov/xia.y.ix. izpoi^fépsrc/.i tw ov6iJ.cf.ri àytw coy , xac ôvaLor. xa.1 rcpoçipopA. »
Dans la liturgie de saint Jacques, dont se servoient les jacobites ou monophysites de la Syrie , et qui leur étoit commune avec l'église de Jérusalem , le prêtre fait cette prière ( Renaudot. tom. IL p. 30. ) :
« Deus pater , qui propter amorem tuum erga homines mag- " num et ineffabilem , misisti filium tuum in mundum , ut ovem errantem reduceret , ne avertas faciem tuam a nobis , dum sacrificium hoc spirituale et incruentum celebramus : non enim justitiae nostrae confidimus, sed misericordiae tuae. Deprecamur ergo et obsecramus clementiam tuam , ne in judicium sit populo tuo , mysterium hoc , quod institutum nobis est ad salutem : sed ad veniam peccatorum , remissionem insipientiarum , et ad gratias tibi referendas : per gratiam , misericordiam , et amorem erga homines unigeniti filii tui per quem et cum quo te decet gloria. »
Le prêtre continue ( p. 32. ) :
« Memoriam igitur agimus , Domine , mortis et resurrectionis tuae e sepulcro post triduum , et ascensionis tuae in cœlum , et sessionis tuse ad dexteram Dei patris : rursumque adventus tui secundi , terribilis et gloriosi, quo judicaturus es orbem in justitia, cum unumquemque remuneraturus es secundum opéra sua. Oiferimus tibi hoc sacrificium terribile et incruentum , ut non secundum peccata nostra agas nobiscum , Domine , neque secundum iniquitates nostras rétribuas nobis , sed secundum mansuetudinem tuam et amorem tuum erga homines magnum et ineffabilem , dele peccata nostra , servorum nempe tuorum tibi supplicantium. Populus enim tuus et haereditas tua deprecatur te et per te et tecum Patrem tuum , dicens , etc. »
Dans le missel des Goths , nous lisons ( Mabillon, de Liturg. Gallic. Par. 1729. p. 210. ) :
toute la précision qui nous est possible , le sacrifice de la croix n'est qu'une partie d'un ensemble organique : toute la vie du Sauveur, ses actions,
« Sacrificiis prsesenlibus, Domine, quaesumus, intende placatus i quibus non jam aurum , thus et myrrha profertur , sed quod iisdem muneribus declaratur, offertur, immolatur , sumitur (scih Christus). »
Dans le missel des Francs ( loc. cit. p. 318.) : « Sacrificium, Domine, quod desideranter offerimus, etc. » p. 319 : « Hanc igitur oblationem servitutis nostrœ , sed et cunctae familiae tuse , quam tibi offerimus, etc. »
Dans l'ancien missel gallican, sont les prières suivantes (loc. cit. p. 334) : « Sacrificium tibi Domine celebrandum placatus intende : quod et nos a vitiis nostrae conditionis emundet, et tuo nomini reddat acceptos : et communicatio praesentis osculi perpetuœ proficiat caritati. » p. 385 : « Descendat, precamur, omnipotens Deus , super hœc , quœ tibi offerimus , verbum tuum sanctum ; descendat inœstimabilis gloriae tuœ Spiritus ; desdendat antiquae indulgentiae tuse donum : ut fiât oblatio hsec Hostia spiritualis in odorem suavitatis accepta : etiam nos famulos tuos per sanguinem Christi tua manus invicta custodiat. — Libéra nos ab omni malo omnipotens aeterne Deus : et quia tibi soli est praestandi potestas, tribue, ut hoc solemne sacrificium sanctificet corda nostra , dum creditur; deleat peccata , dum sumitur. » Les protestans nous permettront-ils de transcrire quelques passages de la liturgie romaine? « Suscipe, sancte Pater, omnipotens aeterne Deus, hanc immaculatam hostiam, quam ego indignus famulus tuus, offero tibi Deo meo vivo et vero, pro innumerabilibus peccatis et offensionibus et negligentiis meis , et pro omnibus circumstantibus , sed et pro omnibus fidelibus Christianis vivis atque defunctis : ut mihi et illis proficiat ad salutem in vitani aeternam.
5> Offerimus tibi Domine calicem salutis , tuam deprecantes clementiam : ut in conspectu divinae majestatis tuae , pro nostra et totius mundi sainte cum odore suavitatis ascendat.
» In spiritu humilitatis, et in animo rontrito suscipiamur a te
ses souffrances et sa mort, ne forment qii'mi immense sacrifice , qu'un acte d'amour et de miséricorde. A. la vérité cet acte se compose de plusieurs momens ; mais aucune de ses parties ne constitue le chef-d'œuvre de la bonté divine. La volonté du Christ de se donner à nous sur nos autels , entre aussi dans cette grande immolation ; car elle compte parmi les mérites qui nous sont imputés"*^. Le sa-
Domine : et sic fiât sacrificiutn nostrum in conspectu tuo hodie , ut placeat tibi Domine Deus.
"Suscipe, sancta Trinitas, hanc oblationem, quam tibi offerimiis ob memoriam passionis , resurrectionis et ascensionis Jesu Christi Domini nostri, etc. Suscipiat Dominus hoc sacrificium de manibus tuis ad laudcm et gloriam nominis sui , ad utilitatem quoque nostram totiusque Ecclesiee sr 2 sanctœ.
)> Te igitur , clementissime Pater , per Jesmii Christum filium tuum Dominiim nostrum , supplices rogamus ac petimus , uli accepta habeas , et benedicas hœc dona , heec munera , hœc sancta sacrificia illibata , inprimis quse tibi offerimus pro Ecclesia tua sancta catholica : quam pacificare, custodire, adunare et regere digneris toto orbe terrarum, etc. (La prière qu'on vient de lire est dans toutes les liturgies. ) Mémento , Domine , famulorum famularumque tuarum , et omnium circumstantium , quorum tibi fides cognita est , et nota devotio , pro quibus tibi offerimus , vel qui tibi offerunt hoc sacrificium laudis pro se suisque omnibus : pro redemptione animarum suarum , pro spe salutis et incolumitatis suœ : tibique reddunt vola sua aeterno Deo , vivo et vero. »
Dès la plus haute antiquité, on trouve, dans toutes les liturgies, la mémoire des principales actions du Sauveur , des prières pour les vivans et pour les morts et la commémoraison des Saints. Il Seroit trop long de rapporter tous ces passages.
* L'eucharistie est la continuation , ou plutôt le complément de la rédemption. Dans l'Incarnation, Dieu a pris la nature humaine;
crifice de la messe est donc un véritable sacrifice; mais on ne peut toutefois le séparer de la vie du Sauveur, comme on le voit clairement par le but de son institution '. Dans cette dernière partie de son sacrifice , Jésus-Christ nous donne tout ce qu'il a fait pour nous : son immolation, d'objective qu'elle étoit, devient subjective, propre à chacun de nous en particulier. Le Rédempteur s'immolant sur
dans l'eucharistie , l'homme est associé à la nature divine. II. Pelr . I. 4.). Le mystère inefifable , dit le concile de Trente, renferme quelque chose par la vertu des paroles sacramentelles; d'autres n'y sont que par concomitance. Or qu'y trouvons-nous en vertu de la consécration? La Divinité? Non, elle n'y est que par l'union inséparable des deux natures. Quoi donc? Le corps et le sang du Sauveur, son humanité : Hoc est corpus meum. Ainsi dans l'Incarnation , dit Estius , la divinité marche la première , et l'humanité ne vient qu'à sa suite ; mais dans le sacrement de nos autels, l'humanité se présente avant la divinité. Jésus-Christ, pouvoit dire : ffoc est corpus meum deificatum; et alors la divinité eût eu le premier rang. Pourquoi ne l'a-t-il pas fait? C'est qu'il vouloit reporter l'homme à Dieu , c'est qu'il vouloit nous rendre participans de la nature divine. O mystère à jamais adorable ! 0 prodige d'amour ! ce n'étoit pas assez , divin Jésus , de vous être abaissé jusqu'à notre néant, vous nous élevez jusqu'à Dieu! ( Note du trad. )
' Dans l'ouvrage qui a pour titre : Annœ Comnenœ supplementa, Tubingue I832,t. IV. p. 18 — 23; l'auteur, M. Tafel rapporte un fragment de la Panoplie de Nicétas, laquelle n'est pas encore imprimée. Ce fragment est , à notre avis , le plus ancien monument oîi l'on ait mis en question si la messe est un véritable sacrifice. Il a trait à Sôtérichos Panteugonos qui vivoit dans le douzième siècle sous Manuel Comnène. Sôtérichos soutenoit que le Sauveur, sur nos autels, n'est offert à Dieu que dans un sens impropre. Condamné par les évêques grecs ,
la croix nous est encore étranger ; dans le culte , il est notre bien propre, notre victime. Là il se donna pour tous les hommes, ici il se donne à chacun de nous ; là il n'est que victime , ici il est reconnu , adoré comme tel.
D'après le but que nous venons de lui assigner, le sacrifice eucharistique peut être envisagé sous
il rétracta cette erreur de la manière la plus formelle. Sa rétractation ne se trouve plus dans l'écrit de Nicétas , mais nous l'avons fait imprimer dans la Tûbinger Quartalschrift *. La
voici : « OuiOfpovoi Tvj à'/toc x«t Ispa. cwôSoi STti t6j ryjy Ôugiixv xv.l ryjv vuv TzpoçayoïJiSv/iv xoù tvjv to'ts 'Kpoc.u.yQzXisaM 7iv,pa. zoo i^ovoysvoui xat
èvKvdpuT:y}(7C(.vzoi làyou^ xat to'ts Tiposa/ôstciav (porte la copie du caliicr de Paris, mais évidemment il faut lire 7r/3O5a;^0^vai ) zat vm TraAty
"Kpoiaystjdoii , wç tvjv aÙTyjy oùaoiv y.aX ij.iv.-j , xat t&j //.y] outw fpo'jouvzt à-jadsiiot.. Kav Tt itpoi àvarpOTi/jy syptaxvjrat yzypv.ixixé-JOv , cf.va.6éiJ.a.Tt
xu-Qo-no^cùloi. H v-Koypa'fô ^oiv/jpt^oi o Ua.-jrsvyo-JOi. )> En français : « Je crois avec le saint et sacré synode que le sacrifice qui est offert maintenant et qui a été offert autrefois par le Fils unique de Dieu , le Verbe fait homme , est encore offert aujourd'hui , parce qu'il est une seule et même chose. Que celui qui pense autrement soit anathème. Et si l'on trouve quelque chose écrit contre cette croyance, je le soumets à l'anathème. Signé Sôtérichos* Panteugonos. »
■^ Ecrit trimestriel de Tubingue publié par MM. Moehler, Hirscher, Drey et Herbst. De tous les journaux religieux qui se publient en Allemagne, celui de Tubingue est sans contredit le plus savant et le plus profond. M. Mack qui se montre le digne successeur du célèbre exégète Feilmoser; M. Lang, professeur de droit canon; M. Schœnweiler, directeur du séminaire catholique; MM. Eisenbach, Hefele,ete., ont fourni plusieurs articles remarquables. Nous cédons au désir d'indiquer quelques-uns des ouvrages de M. Hirscher, le poète de la théologie morale : Méditations sur les évangiles du Carême, Tubingue 1834. Théologie morale, Z vol. ibid. 1833. Catéchises, ibid. Missœ genuina notio, 18.21, Sur les indulgences^ 1829. Rapport de l'E-
un double point de vue. Et d'abord comme l'Eglise reconnoît ne devoir son existence qu'à l'Incarnation du fils de Dieu , nous devons le considérer comme un sacrifice de louanges et d'actions de grâces. L'Eglise se déclare incapable d'offrir à Dieu sa reconnoissance autrement qu'en lui rendant celui qui s'est fait la victime du monde , elle s'écrie : « Dans votre miséricorde vous nous avez regardé comme vos enf ans en Jésus-Christ ; souffrez que par Jésus-Christ , votre Fils présent au milieu de nous , nous vous adorions comme notre Père 5 dans les sentimens de la plus vive reconnoissance. Hélas ! nous ne possédons rien , rien qui puisse vous être agréable que Jésus-Christ; recevez notre offrande avec miséricorde. » Telles sont les paroles que prononcent les fidèles par la bouche du prêtre, témoignant que le Christ est devenu leur victime , et qu'il continue d'être leur médiateur auprès de Dieu. Ainsi c'est Jésus-Christ présent dans l'eucharistie que nous offrons au Père céleste , mais non point nos adorations , nos louanges, nos actions de grâces. Sans doute la
vangile à la scolasiique, 1823. Tous ces ouvrages sont regardés en Allemagne comme autant de chefs-d'œuvre. Nous aimerions aussi à faire connoître l'Introduction de M. Drey à la théologie, ses Recherches sur les Constitutions et les Canons des Aipôtres , son Ecrit sur les Conciles ; V Introduction de M. Herbst à. l'ancien Testament; le Commentaire de M. Mack^ity les Epîtres pastorales de saint Paul ; les travaux de M. Lang sur le droit canon, etc. etc. ; mais cela nous mèneroit trop loin. [JYote dutrad.)
présence du Christ porte dans les cœurs la reconnoissance la plus vive, l'amour le plus ardent; mais ces sentimens considérés en eux - mêmes , sont indignes des regards de Dieu. Jésus-Christ, victime dans le culte, est une source intarissable de piété et de dévotion ; mais pour cela il faut qu'il soit présent à l'homme, il faut que l'âme puisse s'attacher à lui comme à son objet extérieur.
En second lieu les fidèles se reconnoissent pécheurs , et s'efforcent de s'approprier de plus en plus les mérites delà rédemption. Or, sous ce point de vue, le sacrifice de nos autels devient un sacrifice propitiatoire , il resserre constamment les liens qui nous unissent à Dieu. Le Sauveur, présent au milieu de nous , ne cesse de dire à son Père dans le ciel : « Regarde en moi avec pitié ce peuple fidèle et repentant : » et à ses frères sur la terre : « Venez à moi y vous tous qui êtes chargés et fatigués y et je vous soulagerai; à quiconque se tourne vers moi dans la sincérité de son cœur, miséricorde , pardon et grâce. » Les liturgies grecques et les latines disent que, dans l'Action sainte , Jésus-Christ s'offre lui-même à son Père ; qu'il est tout ensemble la victime et le sacrificateur. Pour nous , reconnoissant dans le Sauveur eucharistique TAgneau de Dieu qui s'est livré pour les péchés du monde , nous nous écrions à l'élévation de l'hostie, dans des sentimens d'à-
mour, de confiance , de repentir et d'humilité z O Jésus, c'est pour vous que je vis, c'est pour vous que je meurs ; je suis à vous à la vie, à la mort ^.
A présent il doit être clair, ce nous semble, que la foi en la présence réelle est le fondement de toute la doctrine catholique sur la messe . Niez que Jésus-Christ soit présent sur nos autels , et la célébration de la cène n*est plus que la commémoraison du sacrifice de la croix ; de même qu'un tableau, un symbole quelconque, rappelle dans notre mémoire une personne qui nous fut chère. Mais si nous admettons , au contraire , que le Sauveur continue d'habiter parmi nous , alors le passé nous devient présent; alors tous les mérites de Jésus-Christ, tout ce qu'il a fait pour nous se trouve uni à sa personne divine ; il est sur l'autel selon tout ce qu'il est et avec toutes ses œuvres , il est en un mot une véritable victime. Que cette croyance parle au cœur un langage touchant! Combien agit-elle plus vivement sur l'esprit et sur la volonté, que si la mémoire devoit nous rendre présent Jésus-Christ éloigné de dix-huit siècles ! Dans notre doctrine , il nous témoigne lui-même son amour, sa bonté, sa miséricorde;
* Cet acte d'offrande se trouve dans tous les livres de prières allemands. (A^o^e du trad. ).