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La symbolique

Idée de l'Eglise. — Comment le divin et l'humain se pénètrent en elle. — Visibilité. — Infaillibilité.

On est sans doute surpris que nous n'ayons traité la question de l'Eglise qu'après toutes celles qui ont été examinées jusqu'ici. En effet , avant d'exposer les dogmes d'une confession , il paroît naturel de parler de l'autorité reconnue par elle, et des sources où elle puise sa foi. Ainsi semblet-il quand on considère la chose sous sa face extérieure ; aussi plusieurs n'ont-ils pas suivi d'autre plan. Pour nous , recherchant dans chaque doctrine le lien secret qui rattache les parties au tout, nous nous sommes vu forcé, pour mettre notre sujet dans tout son jour, de sacrifier cet ordre à la connexité logique des matières , c'est-à-dire de placer seulement ici l'article sur l'Eglise.

On peut le démontrer l'histoire à la main : ja- II. 1

mais hors de l'Eglise , depuis les premiers gnosliqiies jusqu'à MM. Roeîir ' et Bretsclmeider % jamais l'Ecriture ne jouit de l'autorité qu'elle doit avoir parmi les clirétiens : jamais ses divins enseignemens ne furent la règle de l'intelligence. Et Lien loin de là , lors même qu'on ne s'est point déclare avec autant de franchise que ces deux écrivains, toujours hors du catholicisme on a jugé de l'autorité de l'Ecriture , de son importance et de son usage , sur des opinions arrêtées d'avance , sur des spéculations purement humaines. Dans les temps modernes , plusieurs sectes religieuses ,

1 Voyez Lettres sur le Rationalisme^ par Roehr, p. 15. Après avoir dit que pour le rationaliste , la raison décide seule en matière religieuse , le Général-superintendant écrit ces paroles : « Pour moi aussi rEcriture n'est pas plus que tout autre livre. Je n'y reconnois d'autorité qu'autant qu'elle s'accorde avec ma propre conviction ; je ne la regarde point comme la règle de ma croyance; mais seulement elle me fournit la preuve que dans l'antiquité , des hommes sages ont pensé comme moi. »

2 Bretsclmeider, Der Simonismns und das Christ enthum, oder heurtheilende Barstelhmg der Simonistichen Religion^ ihres Verhœltniss zur christichen Kirche, und der Lage des Christenthums in unserer Zeit (le Saint-Simonisme et le christianisme, etc. ). Notre évêque protestant dit à la page 200 : " Tels ont été, de nos jours, les progrès de l'intelligence, que non-seulement l'interprétation , mais encore le contenu des Ecritures sont tombés dans le domaine de la science. » Comme on le voit par le contexte , voici ce que signifient ces paroles : toutes les découvertes qu'on a faites et qu'on fera jamais dans les sciences, soit métaphysiques , soit expérimentales , sont et seront le critérium des vérités renfermées dans les Livres saints. Qu'est-ce que Dieu pour M. EreSscimcider ? Que sera-t-il dans vingt ans?

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telles que les anabaptistes , les quakers , les swedenborgiens , etc. , fournissent la preuve de ce que nous avançons.

Quant à Luther, ce ne fut qu'après avoir réformé ce qu'il jugea faux dans notre croyance, qu'il rejeta la doctrine catholique sur l'Eglise ; à plus forte raison ne déduisit-il pas toutes ses nouveautés des principes érigés par lui sur ce dernier point. Et d^abord , ses premières attaques ne furent point dirigées contre la notion de l'Eglise ni contre son autorité. Dans les commencemens , au contraire, il protesta de son obéissance à la Chaire apostolique ; il décrit les pénibles combats qu'il eut à soutenir contre sa conscience , jusqu'à ce qu'il eût enfin remporté une triste victoire , et que l'Esprit centriste se fût éloigné de lui. Si l'Eglise n'eût point condamné sa doctrine, jamais il ne se fût soulevé contre elle. Il eût bien trouvé quelque moyen de concilier deux choses contradictoires , l'Eglise et ses opinions. Mais bientôt ceux qu'éclairoit la lumière céleste, découvrirent qu'il apportoit des élémens dissolvans dans la vie ecclésiastique. Sommé dès lors ou de sortir de l'Eglise, ou de rejeter ses monstrueux enseignemens , Luther sentit qu'il lui falloit devenir le père d'une nouvelle église, comme il l'avoit été d'une nouvelle doctrine ; et puis il lui parut plus honorable de commander en maître que d'obéir avec doci-

îité. De ce jour il pose les fondemens de l'église qu'il alloit construire. — Est-ce sur le sable ou sur le roc? nous le verrons dans la suite.

Cependant, que Luther ait formulé sa doctrine sur la justification avant d'avoir conçu la pensée d'édifier une église , ce ne peut être qu'une raison secondaire d'adopter l'ordre suivi par nous. Il arrive souvent , en effet , que la conséquence d'un principe est déjà clairement aperçue par l'intelligence, tandis que le principe lui-même, quoique présent au fond de l'âme , ne se montre que plus tard dans toute sa lumière. 11 seroit donc possible que tout , dans le système de Luther, fût enchaîné à l'article de l'Eglise , bien qu'il n'eût conçu sa doctrine sur ce point qu'après celle de la justification.

Ainsi tout dépend de cette question : Laquelle de ces deux doctrines renferme l'autre dans l'ordre logique ? Or nous verrons dans la suite de nos recherches , que la théorie de Luther, de Zwingle et de Calvin sur l'humanité en général , que leur système sur les rapports du fidèle avec Jésus-Christ ; nous verrons, disons-nous , que ces principes pénètrent toute leur doctrine sur l'Eglise et sur l'Ecriture ; qu'ils en sont la base fondamentale. D'un autre côté, nous ne traitons du dogme catholique que dans son opposition avec le protestantisme ; cette hérésie nous servant de point de comparaison pour

tout ce que nous disons de la vraie doctrine , doit par là même déterminer l'ordre de notre exposition. Ainsi, comme d'une partie dogme catholique est ici purement passif; comme d'autre part, le nouvel enseignement assigne à la doctrine de l'Eglise la place que nous lui avons consacrée , notre méthode, sans parler des raisons données dans le premier paragraphe de cet ouvrage , doit, ce nous semble, être complètement justifiée.

L'Eglise , sur la terre , est la société des fidèles fondée par Jésus-Christ ; société où , par le ministère d'un apostolat perpétuel, dirigé par son Esprit , toutes les œuvres du Sauveur, durant sa vie mortelle , sont continuées jusqu'à la fin du monde, et où tous les peuples, dans la suite des temps , sont ramenés à Dieu.

C'est donc à une société humaine , visible , tombant sous les sens , qu'a été confiée cette mission sublime. Bien plus , la dernière raison de la visibilité de l'Eglise se trouve dans l'incarnation du Verbe divin.

En effet , si le Fils du Très-Haut fût descendu dans le cœur de l'homme sans prendre la figure de l'esclave , sans paroître sous une forme corporelle , on conçoit qu'il eût fondé une église invisible, purement intérieure. Mais le Verbe s'étant fait chair, parla à ses disciples un langage

extérieur et sensible : pour regagner riiomme au royaume des deux, il voulut souffrir et agir comme l'homme.

Ainsi le moyen par lui choisi pour dissiper les ténèbres , répond parfaitement à la méthode d'enseignement que réclament nos besoins et la dualité de notre nature. Enlevé aux regards des hommes , le Sauveur dut encore agir dans le monde et pour le monde. Sa doctrine devoit continuer de prendre une forme visible ; il falloit qu'elle fût confiée à des envoyés parlant et enseignant d'une manière ordinaire ; l'homme enfin devoit parler à l'homme pour lui apporter la parole de Dieu.

Et comme , dans ce mor.di, tout ce qui se produit de grand n'éclôt et ne se développe que dans l'association , Jésus-Christ posa les fondemens d'une société; puis sa divine parole et l'amour incessant qui en découle unissant ses fidèles , un secret penchant excité dans leurs cœurs correspondit à l'établissement fondé par le Seigneur. Ainsi se forma parmi les siens une alliance intime et vivante ; ainsi l'on put dire : là sont les disciples du Sauveur, là son Eglise , où il continue de vivre, où son esprit agit éternellement, où retentit à jamais la parole qu'il a prononcée.

Considérée sous ce point de vue , l'Eglise est donc Jésus-Christ se renouvelant sans cesse , repa-

roissant continuellement sous une forme humaine; c'est rïncarnation permanente du Fils de Dieu'. Il suit de là que l'Eglise , pour être composée d'hommes, n'est pas une institution purement humaine. Comme , en Jésus-Christ , la divinité et l'humanité, bien que distinctes entre elles , n'en sont pas moins étroitement unies ; de même , dans son Eglise, le Sauveur est continué selon tout ce qu'il est. L'Eglise , sa manifestation permanente , est divine et humaine tout à la fois ; elle est l'unité de ces deux attributs. C'est le Médiateur qui , caché sous des formes humaines , continue d'agir en elle ; donc elle a nécessairement un côté divin et un côté humain. Unies par des liens intimes , ces deux natures , si ce mot peut nous être permis , se pénètrent l'une l'autre , et se communiquent respectivement leurs prérogatives. Sans doute c'est le divin , c'est l'Esprit du Christ qui est infaillible , qui est la vérité éternelle; mais l'homme est aussi infaillible , l'homme aussi est vérité ; car ici le divin n'existe point pour nous sans l'humain. Toutefois l'homme n'est pas infaillible par lui-même ; il l'est seulement comme organe , comme moyen de manifestation de la vérité.

• Aussi , dans l'Ecriture , les fidèles sout-ils appelés le corps de Jésus-Christ ( Ephes. I. 23. ).

C'est de la sorte que nous comprenons comment une mission si grande a pu être confiée à l'homme.

Nous pouvons donc dire de l'Eglise qu'elle est la religion chrétienne devenue objective, qu'elle en est la représentation vivante. Dés que la parole du Christ (nous prenons ce mot dans le sens le plus étendu ) a été reçue par un certain nomhre d'hommes , dès lors elle a pris sang et chair , elle s'est revêtue d'une forme extérieure, et cette forme, c'est l'Eglise. Et puisque le Sauveur a fondé une société dans laquelle il a rendu vivante sa parole divine , c'est donc à cette société qu'il a confié cette même parole. Il l'a déposée en elle , afin que toujours la même , elle fructifiât et s'étendît au loin , incessamment ravivée par une nouvelle vertu. Sa parole est à jamais inséparable de son Eglise , comme son Eglise de sa parole.

Ainsi comment cette parole est-elle conservée et transmise dans la société fondée par Jésus-Christ? comment le fidèle est-il mis en possession de la vérité chrétienne ? Telle est la première et la principale question que nous avons à examiner. D'un autre côté le Seigneur a rattaché la communauté de ses disciples à l'apostolat : nous parlerons donc de celui-ci en second lieu.

Mais d'abord montrons de plus près encore la

base sur laquelle repose fout rédifice. Puis remontons jusqu'aux motifs de la haute vénération que le catholique a pour l'Eglise.

5 xxxvïi.

Exposition plus détaillée de la doctrine catholique sur l'Eglise.

Les temps étant accomplis , l'Esprit saint se communiqua aux apôtres et aux autres disciples du Sauveur. Lorsque le Paraclet descendit sur eux, ils n'étoient point dispersés, mais réunis dans un même lieu et ne formant qu'un même cœur (oy.oQvy.a.S'))v) ; il leur avoit même été formellement ordonné d'attendre le Saint-Esprit à Jérusalem.

De plus, l'Esprit divin prit une forme extérieure, la forme de langues de feu; symbole *de sa vertu qui purifie les cœurs de toute malice , et les réunit dans l'amour. Il ne voulut point venir d'une manière seulement intérieure , comme pour affermir une société invisible ; mais de même que le Verbe s'étoit fait chair, l'Esprit vint à son tour d'une manière accessible aux sens, accompagné d'un grand bruit, semblable à un vent impétueux.

Ainsi , d'une part , chaque disciple ne fat

rempli de la vertu d'en haut que parce que les disciples réunis formoient tous ensemble une unité morale; d'autre part, la consécration par l'Esprit n'eut lieu que sous des formes sensibles.

Or, de même , selon les institutions du Christ , Funion de l'homme avec Dieu ne peut se consommer que sous des conditions extérieures et dans la société des fidèles. Et d'abord sous des conditions extérieures : car que sont les sacremens, sinon des signes sensibles des dons qui y sont attachés ? Puis dans la société des fidèles, puisque nul ne peut se baptiser lui-même , et que tous sont renvoyés à ceux qui sont déjà membres de l'Eglise. Mais , une fois consommée , l'alliance avec les enfans de Dieu doit durer jusqu'au trépas. Le baptême est la porte de FEglise, l'admission dans la société des fidèles : il confère le droit , bien plus , il impose l'obligation de prendre part à toutes leurs joies , à toutes leurs douleurs. D'un autre côté , l'administration des sacremens , aussi bien que celle de la parole , a été identifiée par le Seigneur à l'apostolat ; et , encore à cet égard , les fidèles sont à jamais attachés à la communauté , unis à elle d'une manière indissoluble. Ainsi donc l'union avec Jésus -Christ implique union avec son Eglise. Les liens qui rattachent à Jésus-Christ, enchaînent à l'Eglise : tous deux sont insépa-

rables ; il est en elle et elle en lui ( Ephes. V.

Par ces raisons mêmes , l'Eglise ne peut manquer à la partie de sa tâche qui est de conserver pure la parole de Dieu ; elle n'est point sujette à l'erreur. Comme chaque adorateur du Christ est incorporé à l'Eglise par des liens indissolubles ; comme c'est elle qui le conduit au Sauveur, et qu^il ne reste en Jésus-Christ qu'autant qu'il demeure en elle , c'est l'Eglise aussi qui forme son cœur et s&n intelligence. Il ne peut donc lui refuser sa confiance ; dès lors il faut que cette confiance soit méritée. Il ne faut point que le fidèle qui s'abandonne à l'Eglise puisse être induit en erreur : l'Eglise par conséquent ne peut défaillir de la vraie doctrine.

Néanmoins Tinfaillibilité n'appartient à aucun individu considéré comme tel. Membre d^un tout organique , ce n'est qu'en pensant et voulant dans l'esprit et le cœur de tous qu'il est mis à l'abri du mensonge. Si l'Eglise concevoit autrement le rapport du fidèle avec tout le corps , l'idée de communauté seroit mise au néant : car la seule raison de la nécessité d'une communauté , c'est que l'isolement est la mort de la vraie foi et de la solide piété.

Aussi le catholique a-t-il pour l'Eglise un respect profond, un amour, lyie soumission sans

bornes. La pensée de lui résister, de se révolter contre elle , tout ce qu'il y a de plus intime en lui la réprouve , tout son être la repousse. Opérer un schisme , rompre l'unité , c'est un crime qui le remplit d'épouvante , qui le fait frémir d'horreur. — L'idée de communauté , au contraire , ravit le cœur, satisfait la raison , répond admirablement à toutes nos facultés religieuses et morales.

L Certes rien ne réjouit l'âme , rien ne sourit à l'imagination comme l'idée de mouvemens harmoniques d'intelligences sans nombre^ qui par toute la terre , libres de prendre des directions opposées , forment néanmoins , et tout en conservant leur individualité propre, une grande société de frères, pour s'édifier les uns les autres. Et cette société représente une idée d'amour, l'idée de la rédemption ; car si les hommes sont unis entre eux , c'est qu'ils sont réconciliés avec Dieu. Si la société politique est déjà un ouvrage si merveilleux que les anciens le jugèrent digne des honneurs suprêmes , et qu'ils regardèrent presque partout les devoirs du citoyen comme ce qu'il y a de plus sacré; si, pour nous, l'Etat est déjà une institution si sainte , si divine , que nous frémissons à la pensée des forfaits que commet contre la chose publique une main sacrilège , quel objet d'admiration ne doit pas être l'Eglise qui , par les seuls liens de la persuasion et de

l'amour, réunit des élémens si divers , si opposés ? Franchissant les fleuves , les montagnes , les déserts , les mers , elle embrasse et unifie , qu'on nous passe le terme, les peuples les plus divergens de langage , de mœurs ;, de préjugés ; obstacles invincibles contre lesquels vient expirer la puissance des conquérans. La paix qu'elle apporte du ciel pénètre plus avant dans les cœurs que toutes les discordes de la terre. De tant de peuples si souvent divisés d'intérêts et de passions , elle édifie la maison de Dieu, dans laquelle tous se rassemblent pour clianter les mêmes louanges, comme dans l'humble temple de village amis et ennemis se réunissent au pied du même sanctuaire. Et de même qu'au hameau la paix de Dieu apporte et doit apporter avec elle les biens terrestres , de même elle les apporte aussi dans la société universelle.

Qui donc s'étonnera que le catholique tressaille de joie, qu'il soit transporté d'admiration, à la vue de ce ravissant édifice , de cette immense association dont il est membre ? Les philosophes de l'Art ne nous disent-ils pas que le beau, c'est la vérité se manifestant, se revêtant d'un corps*? Eh bien! c'est le Fils de Dieu qui a construit l'Eglise : transformée en amour infini , la Vérité

* Pulchmm splendor veri ( Platon. ). (Note du trad. )

absolue a pris chair, elle demeure vivante dans la société des fidèles. A une société ainsi constituée la beauté du |)rejnier ordre peut-elle donc manquer ?

C'est de ce point de vue que s'explique la joie ineffable qui a ravi l'Eglise , toutes les fois que la discoi'de a cessé de déchirer son sein. Ici se présente à la mémoire la fin du scliisme des novatiens , de celui des méJétiens , et dans des temps moins reculés , la réunion à Florence de l'Eglise «l'Orient à l'Eglise d'Occident, Voici cojnment Eugène IV exprime les saints transports qui alors inondoient tous les cœurs : « Que les cieux se ré- » jouissent, que la terre tressaille d'allégresse! » Le mur qui séparoit l'Eglise d'Orient de IMvglise » d'Occident est détruit , et la paix et la con- » corde sont revenues ; car Jésus-Christ , la pierre » angulaire, a ramené l'unité. Par les liens les » j)lus forts de paix et d'amour, Jésus-Christ a » uni h^s dt^uv itiurs; il a cimenté entre eux. une » alliance éternelle. Après des douleurs intinies , » pprès de longues , de noires , d'épaisses ténè- » bres, le jour serein, le jour désiré de tous a » l)rillé. Et que notre mère la sainte l'glise )» se réjouisse! Ses enlans divisés jusqu'à ce » moment, elle les voit ramenés à la paix et à N l'unité! Après avoir versé des larmes amères » pendant leur séparation , que transportée d'une

» joie indicihle à la vue de leur accord , elle rende » grâces à Dieu tout-puissant ! Que tous les fidèles, M par toute la terre, la félicitent! Que tous ceux j» qui portent le nom de chrétiens se réjouissent » avec elle ' ! »

II. Mais si la notion catholique de l'Eglise ravit le cœur de ses enfans, d'un autre côté elle n<î satisfait pas moins la raison : car, seule , elle répond à l'idée de l'Eglise chrétienne et au but intime de la révélation.

Et d'abord elle répond à l'idée de l'Eglise chrétienne. Car la vérité est une , immuable , éternelle. De même le Fils de Dieu , notre Sauveur, est un : il est ce qu'il est et non autre ; il reste éternellement semblable à lui-même. Les saintes Ecritures rattachent tout au Médiateur; il nous importe donc infiniment de le connoître tel qu'il est. — En effet toute erreur sur sa personne divine exerce une influence plus ou moins pernicieuse , tandis que la vraie connoissance de ce qu'il est devient le plus solide fondement de la vie chrétienne.

II en est de même de la vraie notion de son ou-

» Hard. Acta Concil. tom. IX. fol. 98a. C'est dans les mêmes transports qu'Eugène IV annonça cette réconciliation aux universités et aux princes chrétiens (loc. cit. fol. lOOO.j; c'est avec la même joie que l'Eglise vit les arméniens et les jacobites rentrer dans son sein (Ibid. fol. i0i6— 1025. ).

vrage. Elle porte dans les cœurs les fruits les plus riches , les plus abondans , comme aussi toute fausse conception à cet égard entraîne les plus grands obstacles à la piété.

Ainsi donc, comme Jésus-Clirist est im, de même l'Eglise , qui est son ouvrage. Comme il n'y a qu'une vérité , Jésus-Christ n'a pu vouloir qu'une Eglise une , puisqu'elle repose sur la foi en lui et qu'elle doit le représenter toujours. D'un autre côté , partout l'esprit humain est le même : il a été créé pour la vérité , et pour la vérité une. Aussi , dans tous les temps , dans tous les lieux , malgré les différences d'éducation , l'intelligence a-t-elle éprouvé les mêmes besoins essentiels. Hélas! nous sommes tous pécheurs , tous nous avons besoin de la grâce , et la foi que le simple et Tenfant reçoivent avec docilité n'est point au-dessous du plus vaste génie , réunît-il toute la science et toute la sagesse humaine. Ainsi est justifiée la doctrine de l'unité de l'Eglise , par cela seul que Tesprit humain est un comme la vérité.

Mais en même temps se justifie le principe de la visibilité de cette même Eglise , en ce que la parole est la seule nourriture des intelligences.

Le but de la révolution chrétienne implique aussi une église telle que la conçoit le catholique, c'est-à-dire une et visible tout ensemble. Comme

l'homme ne pouvoit atteindre par ses propres efforts à la connoissance certaine ni de Dieu , ni de lui-même ; comme d'ailleurs les traditions antiques étoient obscurcies et altérées, l'Incarnation du Verbe eut aussi pour but d'apporter la certitude sur la terre et de faire rayonner les vérités celigieuses d'une vive lumière. Or, nous l'avons dit, la vérité ne saisit vivement l'homme pour l'élever aux choses du ciel , qu'autant qu'elle a trouvé dans sa ra'son un point d'appui, d'où elle peut déployer son activité. Les paroles d'Archimède cTôs- [j-oi ^ov (TTO)'^, sont applicables ici^ surtout ici. Il falloit donc que la vérité s'incarnât dans Jésus - Christ, qu'elle parût sous une forme extérieure et vivante, pour qu'elle devint une autorité décisive. Alors, mais seulement alors elle pouvoit saisir profondément tout l'homme, et par là dissiper les ténèbres et les incertitudes que le péché avoit jetées dans les intelligences'.

Mais ce but de la révélation chrétienne n'eût point été atteint , ou toutefois il ne l'eût été que

* Donne-moi un point d'appui.

1 La préface de la nuit de Noël dit admirablement : « Vere digniim et justum est, œquum et salutare : nos tibi semper et ubique gratias agere, Domine sancte, Pater omnipotens, aeterne Deus. Quia per incarnali Fevhi mysîerium, nova, mentis nosîrœ ocnh's lux tuœ cJaritatis infuîsit, ut dum Jiir .tibililer Deum cognoscimus, per hune in invisibilnitn arnurem rapiamur, etc. »

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