II
d'une manière bien imparfaite , si l'Incarnalion de la vérité n'eût duré qu'un moment. La manifestation du Verbe dev^oit être assez forte pour rendre sa parole toute- puissante, et lui donner ainsi la vertu de créer une société immortelle qui représentât perpétuellement Jésus-Christ vivant et enseignant. Tel est le sens que les catholiques donnent à ces paroles du Sauveur : Comme pion Père m,' a envoyé ^ ainsi je vous envoie; Celui qui vous écoute m'écoute ; Je suis avec vous jusqu'à la fin du monde; Je vous enverrai l'Esprit de vérité qui vous enseignera toute vérité.
Courbé vers la terre , subjugué par les objets sensibles , l'homme ne peut embrasser le monde intérieur, le monde des idées, s'il ne lui est présenté sous un symbole. Bien plus, il faut que ce symbole soit permanent, toujours présent à l'esprit humain , afin de lui rappeler sans cesse la chose figurée. Le Sauveur fit des miracles ( et toute sa vie ne fut qu'un miracle continuel ) non-seulement pour confirmer sa doctrine , mais encore pour figurer les plus hautes vérités , telles que la toute-puissance, la sagesse, la justice infinies , rimmortalité de l'âme , etc. Les miracles de Jésus-Christ, non plus que sa manifestation dans la chair, ne peuvent être conçus sans la visibilité de l'Eglise ; car que sont-ils autre chose que des preuves extérieures d'autorité et des fi-
gures sensibles d'idées éternelles ? Aussi , par une ïWvA conséquence nécessaire , les miracles sont- ils repoussés partout où l'on n'admet qu'une église invisible. Et qui nen voit la raison ? C'est que dans une telle église le fidèle ne doit avoir besoin , pour parvenir à la certitude , que de preuves purement intérieures. L'autorité de l'Eglise , au contraire, transmet l'autorité du Christ et tout ce qui repose sur cette ^^utorité , c'est-à-dire , la religion chrétienne tout entière. Une autorité extérieure , comme celle de Jésus-Christ , ne peut être continuée d'une manière purement spirituelle : autrement il faudroit dire que sa venue même n'avoit pas besoin d'être attestée par un fait extérieur et parlant. Or, comme le Fils de Dieu vouloit être autorité pour tous les temps , il dut créer et il créa quelque chose de semblable à son autorité, quelque chose qui, le représentant et lui rendant témoignage , est destiné à le rapprocher de l'homme dans tous les siècles. Il fonda un établissement digne de foi pour rendre possible la foi en lui. Ecoulement de sa parole et de son divin Esprit , cette institution montre par ^ îe fait de son existence ce qu'il a été sur la terre. Durant sa vie mortelle , il a rendu les plus hautes vérités accessibles. aux sens , si nous osons le dire. Or ainsi fait l'Eglise, puisqu'elle est le prodiiii immédiat de la foi en ces mômes vérités, Jésus- ,
Cirrist â comme rendu visible le monde supérieur. L'Eglise en est l'image et la figure , car ce qu'il a voulu représenter a passé à l'état de fait en elle et par elle (m eâ et per eam ). Niez-vous que l'Eglise soit l'autorité qui remplace Jésus-Christ , à l'instant tout s'écroule , tout disparoit ; dès lors le doute, l'incroyance , la superstition s'emparent ~ des fidèles ; dès lors en un mot la révélation manque son but et nous échappe.
Au reste la vérité que nous défendons repose sur de grands faits historiques et sur une loi ^constante de l'ordre moral. La force de la société dans laquelle vit l'homme est si grande , que toujours elle imprime son cachet à quiconque vit dans son sein. Marche-t-elle à la conquête de la vérité ou à celle de Terreur; poursuit-elle les plus hautes destinées , ou s'est-eîîe fourvoyée dans sa rolite , comme par enchantement elle entraîne ses membres dans sa propre direction. Aussi ,
^f^--^'^' quand le doute a une fois envahi la société, n'estce que par des efforts infinis que l'individu parvient à briser les rets que le scepticisme général
y v/. a jetés autour de lui. Au contraire, la société qui offre la grande image d'une union indissoluble avec Jésus-Christ, la société dont la foi au Sauveur (et par conséquent le Sauveur lui-môme) est devenue la vie impérissable, cette société saisit l'homme et le fixe irrévocablement.
Mais si l'homme religieux vit dans une corporation qui n'est pas affermie dans la vérité par des preuves à la fois visibles et intérieures , il sera de toute nécessité en proie au doute le plus déchirant; sa foi sera toujours chancelante , si même elle ne disparoît bientôt sans retour.
Considérons encore les miracles du Sauveur sous un autre point de vue. Nous ne saurions trop le redire , que l'erreur se soit enracinée , qu'elle soit devenue vivante chez un ou plusieurs peuples , aussitôt elle enchaîne l'homme avec une telle puissance qu'il ne peut en être affranchi que par une force extérieure et venant du ciel. Si Jésus-Christ n'avoit point fait de miracles ; si la prédication des Apôtres n'avoit été accompagnée de signes prodigieux ; si enfin leurs disciples n'avoient hérité de la vertu d'en haut , jamais l'Evangile ne se fût assis à la place du paganisme. Reléguée loin du monde, la vérité ne pouvoit reconquérir ses droits , qu'entourée de signes extérieurs extraordinaires , et ces signes dévoient durer jusqu'à ce qu'elle se fût affermie au milieu d'une grande société. Dans la vie du Fils de Dieu , ces témoignages apparoissent nombreux et éclatans ; car alors il falloit briser tout d'un coup la puissance du monde ancien, il falloit arracher les hommes à sa force magique pour les regagner au royaume de Dieu. A mesure que l'Eglise s'é-
''''-' tablit au loin, que par le miracle même de son établissement et de sa propagation, l'idée de la rédemption s'offrit sous une forme chaque jour plus puissante , les miracles proprement dits allèrent diminuant jusqu'à ce qu'ils eussent achevé de fonder une autre autorité. Mais puisque cette autorité est leur ouvrage, en elle et par elle, ils continuent de rendre un témoignage immortel.
C'est pourquoi l'autorité de l'Eglise ne peut être conçue sans les miracles ; et de là vient , pour le répéter, que ces deux choses sont toujours rejetées par les mêmes hommes. Saint Paul luimême établissoit un rapport si intime entre sa foi et la résurrection du Sauveur, qu'il ne faisoit nulle difficulté de dire : Si le Seigneur nest pas ressuscité, notre foi n'est rien. En effet, dans la religion chrétienne ( religion divine positive ) ,
)f<;- l'idéal et le réel , la doctrine et les faits sont ini JX<X-sA»A*^j séparables. Si les idéalistes du jour rejettent les
'^^ iniracles , c'est qu'ils croient en eux-mêmes et non point en Jésus-Christ. Comment alors faire intervenir la divinité pour confirmer une semblable foi, une foi faite par l'homme? N'est-ce pas également tomber dans un faux spiritualisme que de séparer l'autorité de Jésus-Christ de l'autorité de l'Eglise ?
Ainsi se justifie devant laj^aison le respect que
le catholique porte à l'Eglise. Comme dans le commencement les faits et la doctrine, la vérité intérieure et la vérité extérieure étoient étroitement unies, de même la Religion et l'Eglise sont inséparables , et cela parce que Jésus-Christ s'est fait homme. Si les portes de l'enfer prévaloient contre l'Eglise , le Sauveur seroit vaincu.