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LXXXII

Doctrine sur les Sacremcns.

La doctrine de Schwédenborg sur les sacremens, si nous en exceptons la forme , ne renferme rien de bien particulier. Il assure que, pour pénétrer l'essence de ces divins symboles, il faut, de nécessité, connoître le sens spirituel ( mystique , allégorique), mais surtout les correspondances entre le ciel et la terre '. Tâchons toutefois de nous élever à la hauteur de ses conceptions.

Il n'admet que le baptême et la cène , dont il exalte la dignité et la vertu , qu'il s'efforce d'entourer de respect et d'hommages.

Le baptême produit trois effets. D'abord il in-

\Loc. cit. p. 367.

troduit dans l'église chrétienne , ensuite il donne la foi en Jésus - Christ ; puis il régénère, transforme le croyant, le fait un homme nouveau. Tout cela n'est au fond qu'une seule et même chose : ces trois usages du baptême ont entre eux les mêmes rapports que la cause, le moyen et l'effet '.

Ecoutons maintenant l'hérésiarque sur l'eucharistie. C'est ici une application des correspondances entre les deux mondes. La chair et le pain, lisons -nous, figurent la honte et l'amour suprême ; le sang et le vin , la vérité et la sagesse infinie, enfin l'usage désigne l'appropriation. De plus la chair et le pain sont le Seigneur aimant; le sang et le vin , le Seigneur sage et vrai. Il y a donc trois principes dans la cène : le Seigneur, sa bonté divine et son éternelle sagesse. En conséquence tous les biens du ciel et de l'Eglise sont renfermés dans cet auguste sacrement ; Dieu , la foi , et la charité , tels sont les dons qu'il communique à l'homme. Enfin l'humanité divinisée est aussi présente sur nos autels, et voilà pourquoi le banquet sacré est la nourriture spirituelle de nos âmes.

' Loc. cit. p. 414 : « Ex ante et nunc dictis, videri polest, quod très usus baptismi cohaercant ut unum, quemadmodum causa prima, causa média quae est efficiens , et causa ultima qute est effectus , et ipse finis proptcr quem prières. «

Mais le fini peut- il être élevé jusqu'à l'infini? l'Etre des êtres peut -il s'abaisser au niveau du foible mortel ? Schwédenborg répond : L'homme peut recevoir la sagesse (la vérité) et la charité; or le Seigneur est la sagesse et l'amour ; donc l'homme peut recevoir Dieu dans son cœur, et lui rester uni pour jamais. D'après cela, qu'estce que la sagesse et l'amour, sinon des émanations de la divinité, sinon Dieu même? Aussi le voyant du nord , après un de ces voyages dans l'autre monde, écrit- il ces paroles : Je vis Dieu sous la forme d'un soleil qui verse incessamment la lumière et la chaleur y c'est à-dire la sagesse et l'amour. Sans doute pour prévenir l'objection de panthéisme, le prophète ajoute : « La divinité peut » bien s'unir à l'homme , mais non point s'iden- » tifier à lui. Ainsi la lumière pénètre l'œil , ainsi » le son frappe l'oreille ; mais ni le son ni la lu- » mière ne s'assimilent à l'organe de l'ouïe ou de » la vue ' . »

* Loc. cit. p. 438 : « Sed usque quia horao finitus est, non potesteiconjungi ipsum divinum,sedsolum adjungi : » Cannotbe conjoined wiîh Mm, but adjoined, dit le traducteur anglais. Le verbe conjungi, observe Schv\'t'denborg à la page 286 , exprime une union semblable à celle qui existe entre l'arbre et son fruit; mais adjungi marque une alliance moins étroite , comme celle de l'arbre avec les fruits qu'on y auroit attachés. Il falloit donc traduire ces deux mots par unir et identifier, ou par d'autres termes équivalens.

Scliwédenborg continue : Si le baptême est la porte de l'Eglise , l'eucharistie est la porte du ciel ; car le Seigneur le donne à ceux qui s'approchent de l'auguste mystère. Il est clair, toutefois , qu'il ne s'agit que de l'homme en commerce avec son auteur, embrasé des feux de la charité. En effet le Rédempteur peut être dans la cène de deux manières : intérieurement , par sa sagesse et par son amour; extérieurement, par son immensité. Or, pour les bons, le Christ est présent des deux manières , mais il ne l'est que de la seconde pour les médians. Si donc le chrétien ne garde pas les préceptes , s'il n'a pas reçu la vérité dans son cœur, c'est en vain qu'il s'approche du céleste banquet : le Fils bien-aimé ne lui ouvre point la porte du ciel.

D'après cela, il sembleroit que Schwédenborg partage l'opinion du docteur de Genève ; qu'à son jugement aussi les réprouvés ne reçoivent point le corps du Sauveur. 11 n'en est cependant pas ainsi : le réformateur et le prophète sont diamétralement opposés. D'après Calvin, le pain de la vie n'est point offert à ceux qui sont prédestinés à la mort; selon Schwédenborg, au contraire, la manne divine est présentée aux médians , mais seulement ils ne la reçoivent point dans le fond de leur âme.

Ce qu'ajoute le voyant, que l'eucharistie met

l'homme en commerce avec Dieu , imprime le sceau des enfans de Dieu, fait nouvelle créature devant Dieu ; tout cela est un développement ultérieur des principes exposés jusqu'ici.

EniSn il est un dogme clairement exprimé dans l'Ecriture , c'est que la cène est en rapport intime avec la mort du Sauveur, et qu'elle a le pouvoir d'effacer les péchés; mais on ne trouve de cette vérité aucune trace dans les écrits de Schwédenborg. Ceci ne doit point nous surprendre , après que nous avons vu sa doctrine sur le sacrifice de la croix.

§ LXXXIIÏ.

Révélations de Schwédenborg sur l'autre monde.

Bien que cette matière pût avoir beaucoup d'attrait pour certains lecteurs, nous ne parlerons point de toutes les révélations du prophète touchant l'autre monde ; et si , en passant , nous en disons quelque chose, c'est d'un côté pour donner une idée plus complète de tout le système , c'est d'autre part afin d'éclaircir quelques dogmes de la nouvelle église.

Quand les âmes quittent ce monde inférieur, elles arrivent dans une région placée entre l'enfer

et le ciel. Là , un secret penchant les porte vers les esprits qui partagent leurs pensées et leurs affections. L'époux cherche l'épouse , la mère tend les bras à la fille; tous veulent revoir les compagnons de leur joie et de leurs douleurs. Or c'est ainsi que , de leur propre mouvement , les uns s'élèvent dans le séjour de la lumière , tandis que les autres se précipitent dans l'abîme. Il faut le reconnoître , cette doctrine recèle une grande connoissance du cœur humain.

Les âmes qui ne sont pas encore mûres pour le ciel et qui n'ont point joie dans l'enfer, sont placées sous la direction des anges. Animés d'un zèle ardent, les célestes pasteurs versent le baume sur toutes les plaies, s'efforcent d'éclairer les intelligences , et de ramener l'amour dans tous les cœurs. Leur charité ne fait point acception de personnes : juifs , païens, mahométans, de chaque secte , de chaque religion , tous sont admis à cette école. Lorsque les âmes rentrent dans la. voie droite, elles arrivent au bonheur éternel; mais, si elles s'obstinent dans leur endurcissement, elles sont dévorées par l'enfer.

Sans doute le purgatoire catholique diffère du lieu intermédiaire de Schwédenborg ; mais encore ne voit-on pas comment , à cet égard , le prophète pouvoit se livrer à des attaques si violentes contre la doctrine de l'Eglise.

Les régions supérieures sont en tout semblables à ce monde terrestre ; là aussi, l'on voit des maisons, des palais, des montagnes, des fleuves et des mers. Le temps et l'espace régnent également dans l'empire des intelligences ; les peuples , comme les individus, y conservent leurs mœurs et leurs usages : ainsi , par exemple , les Hollandais s'adonnent encore au commerce après la mort. En un mot, toute la différence entre les deux mondes, c'est que la matière exerce un peu moins d'empire dans l'autre séjour. Les liabitans du ciel ont quitté cette enveloppe mortelle , il est vrai ; mais ils sont revêtus d'un corps tellement semblable à celui-ci , que plusieurs ne s'aperçoivent point du changement.

En 17S7 eut lieu le jugement dernier, et Schwédenborg s'y trouvoit en propre personne. Il faut croire que Dieu juge les nations de temps en temps. Les damnés , alors , pourroient encore être sauvés , s'ils le vouloient. L'homme de Dieu en vit un qui avoit été voleur et adultère , il s'étoit égaré parmi les anges. Quand ceux-ci l'instruisoient de la vraie doctrine , il souscrivoit entièrement à leurs paroles ; mais comme ils l'exhortèrent d'aimer la vérité : Non, dit-il , je ne veux point, et il retourna dans les enfers.

Par cet enseignement, Schwédenborg veut prouver la liberté morale. Ici encore se montre

l'homme d'esprit. Oui, sans doute il est des médians qui ne peuvent plus être sauvés , parce qu'ils ne veulent point l'être. Cette apparition, d'ailleurs , se concilie très Lien avec la doctrine de Schwédenborg, que Dieu agit constamment sur l'homme pour le ramener à lui; mais que ceux qui meurent dans l'endurcissement ne peuvent plus se convertir, parce que leur cœur dés lors est irrévocablement fixé dans le mal.

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