‹ La symboliqueChapitre 50 sur 63 · II · texte numérisé non relu

II

du nouveau Testament , il ne compte que les Evangiles et l'Apocalypse ' .

Qui ne voit les motifs qui déterminèrent le choix du prophète? évidemment c'est d'après ses opinions dogmatiques qu'il fixa le canon des Ecritures. Aussi n'a-t-onti'aité de cette dernière question qu'après avoir parlé de ses autres sentimens. Dès qu'il eut rejeté le péché originel, la satisfaction du Christ, la résurrection de la chair, etc., il lui fallut effacer les épiîres de saint Paul , l'histoire apostolique , en un mot, tous les linges qu'il ne pouvoit concilier avec ses erreurs. Dans les actes des apôtres , la descente du Paraclet sur l'Eglise n'étoit certes pas favorahle à Schwédenhorg. Aussi les disciples de l'homme de Dieu prétendent que leur maître est venu rétablir l'Evangile , évoquer la vraie doctrine du tombeau ; et pour montrer sa mission supérieure , ils se fondent sur la promesse du Saint-Esprit rapportée dans saint Jean. Ces paroles de Saint Paul : L'œil n'a point vu, l'oreille n'a point entendu f l'esprit de l'homme n'a point compris ce que Dieu a préparé à ceux qui l'aiment; ces paroles, disons-nous, dévoient être étranges pour un homme qui avoit vu en personne le ciel et ses habitans ; qui , dans ses écrits , dévoile tous

^Révélations divines, publiées par Schwédentorg, traduit en allemand par Immanuel Tafel , Tubingue, 1824. vol. II. p. 3G.

les mystères, de l'autre monde. Enfin c'est par des raisons semblables que le voyant fut conduit à rejeter l'épître de saint Jacques.

Si , avec tout cela, nous considérons les principes de Schwédenborg sur l'interprétation biblique , nous ne serons plus surpris qu'il ait professé les plus étranges erreurs. Non-seulement, dit-il, le sens littéral contient la vérité divine dans toute sa plénitude , mais encore il caclie un sens mystique et spirituel : de manière que dans chaque mot , et quelquefois même dans chaque syllabe , se trouve renfermée toute la doctrine du salut. Le prophète appuie cette opinion sur les correspondances entre le ciel et la terre ; et pour la démontrer par le fait, il interprète à sa façon plusieurs passages de rApocal^q)se.

En ce qu'il a de fondamental , ce sentiment repose sur une vérité; il est même, jusqu'à certain point, justifié par les rapports de l'ancien et du nouveau Testament. Nous ne pouvons d'ailleurs rejeter en principe l'interprétation mystique : à plusieurs époques elle réveilla le sentiment religieux , protégea l'Ecriture contre le mépris et l'indifférence. Cependant, sous la plume d'un auteur non inspiré , elle ouvre un large champ à l'imagination; et bientôt, quand on veut fonder sur cette base des propositions dogmatiques, elle conduit aux égaremens les plus déploi'ables. Il n'est point

d'erreur qu'avec un peu d'esprit et de ruse on ne puisse appuyer sur l'Ecriture. Et si quelqu'un doutoit de la vérité que nous avançons , il suffîroit, pour s'en convaincre , de feuilleter les écrits du prophète suédois : l'on est étonné de voir tout ce qu'il trouve dans les Livres saints.

Ici encore Schwédenborg fait preuve d'une grossière ignorance : c'est à peine si l'on peut en croire ses yeux. Il ose dire ; « L'interprétation » mystique étoit inconnue parmi les Juifs gros- » siers et charnels , inconnue chez les simples » chrétiens des trois premiers siècles , inconnue » dans les temps suivans, dépravés et corrom- » pus. » Lui Schwédenborg, le premier, a trouvé la clef des Ecritures ; c'est à lui seul que l'Esprit a révélé le sens spirituel.

Biais que sont les différens sens du prophète, sinon le sod , le dérusch et le paschut^ de la cabale ; sinon le o-«w*, la 'pvx/i , et le ttvsvi/.o.'^* que Philon rétro u voit dans l'Ecriture? Et ces correspondances entre le ciel et la terre, nous le demandons encore, en quoi diffèrent-elles tant de 1*avo> 'ispoyo-ciKî^iJt., et du ;£.s6Tcj'is/5ou£r^-Ai)^ de l"l(7"pstMAcr44citao$" et !"!<'■"

* T1D, um, ISUD : mystère, recherche, explication.

** Corps, âme, esprit. Voici les paroles de Schwédenborg, P^era christ, rel... p. 147 : « Sensus spirilualis non apparet in sensu litlerae,sed intus in illo, sicut anma in corpore , sicut eogitatio intellectus inoculis, ac sicut ajfectio amoris in facie. »

punk 'ïïvzvucLTuk * , dont parle également Philon ? Quoi donc ! Texégèse allégorique étoit inconnue dans les premiers siècles , comme si Basilide , Valentin , Origène avoient vécu dans le sixième ! Pour ce qui concerne les temps modernes , Schwédenborg n'avoit donc pas entendu parler de Grégoire le Grand , d'Alcuin , de Richard de Saint-Yictor, de saint Thomas d'Aquin , etc. Mais il ne faut pas demander tant de connoissances dans le restaurateur; et nous n'aurions pas relevé ses prodigieuses ignorances, s'il ne se fût donné comme prophète , comme envoyé de Dieu ; s'il n'eût présenté son livre à la vénération de tous les siècles. Mais ce n'est pas tout encore : Schwédenborg fait de l'Ecriture une espèce de feu d'artifice. Dans l'autre monde , dit-il , la Parole brille comme un grand astre , et quelquefois même comme le soleil ; ses rayons flamboyans forment un superbe arc-en-ciel. Elle est renfermée dans un tabernacle, Un esprit la touche-t-il avec la main ou avec ses vétemens , aussitôt il est environné d'une flamme resplendissante : on le diroit placé dans un astre , tant est vive la lumière qui se répand autour de lui. Au contraire, lorsqu'un homme engagé dans Terreur vient à regarder dans l'arche sainte , alors

* Jérusalem supérieure, Jérusalem inférieure^ Isrûël charnelle; IsraëJ spirituelle. (Note du trad.}

de profondes ténèbres s'épaississent devant ses regards : mais s'il ose porter sur la Parole une main sacrilège, il se fait une violente explosion qui le jette dans un coin de la chambre, et là il reste étendu comme mort pendant une petite heure ^. Si cette vision n'étoit qu'une allégorie , qu'une pure fiction ; si Schwédenborg eût dit: Voyez la vive clarté dont Fâme est pénétrée quand elle cherche dans l'Ecriture sa vie et sa nourriture , nous ne pourrions alors refuser au poète un certain mérite ; mais non, c'est d'un fait qu'il s'agit ici, tout cela se passe réellement dans le ciel. N'est-ce pas là une véritable idolâtrie de la lettre morte ? N'est-ce pas une superstition qui , peut-être , ne trouve son pendant que dans ce point de controverse débattu parmi les mahométans : Le Coran existoit-il avant les siècles y ou bien a-t-il été créé? Et encore les disciples du prophète arabe ne donnent-ils pas tous dans cette absurdité : Moslim dit que les idées contenues dans le divin Livre sont éternelles, il est vrai , mais non point la forme dont elles sont revêtues.

* Loc. cit. p. 155 : « Si autem idem tangit verbum, fit explosio cum fragore , et ille projicitur ad angulum conclavis ( in a corner of a room), et pcr horulam ibi jacet sicut mortiius. »

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